manifs anti-austerite au liban
Des manifestants à Beyrouth ont été déclenchées par l’annonce jeudi d’une décision du gouvernement d’imposer une taxe sur les appels effectués via les applications de messagerie Internet. Les manifestations actuelles sont les plus importantes depuis le mouvement de protestation de 2015 | Photo : Reuters + AFP

Des milliers de Libanais manifestant contre la corruption et les conditions de vie très difficiles ont bloqué vendredi pour le deuxième jour d’affilée des autoroutes principales dans le pays, où les plus importantes manifestations depuis des années menacent la fragile coalition gouvernementale.

Sous le feu des critiques, le premier ministre Saad Hariri doit s’exprimer plus tard dans la journée, alors que les manifestations prennent de l’ampleur dans un contexte de grave crise économique persistante.

Les manifestations ont été déclenchées par l’annonce, jeudi, d’une décision du gouvernement d’imposer une taxe sur les appels effectués via les applications de messagerie Internet.

La décision a été aussitôt annulée sous la pression de la rue, mais les Libanais ont poursuivi leur mouvement pour exprimer leur ras-le-bol d’une classe politique accusée de corruption et d’affairisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence et où la vie est chère.

Arborant des drapeaux libanais et aux cris « dehors, dehors Hariri », ou « le peuple veut la chute du régime », slogan du Printemps arabe, des manifestants se sont rassemblés devant le siège du gouvernement dans le centre-ville de Beyrouth, paralysé par le mouvement de protestation.

Pneus et bennes d’ordures brûlés, routes coupées, forces de sécurité en alerte. Des colonnes épaisses de fumée noire s’élèvent au-dessus de la capitale Beyrouth et de nombreuses villes du pays.

Les banques, les écoles, les universités et les institutions publiques sont restées fermées en raison des craintes de dérapage.

Les manifestants ont bloqué d’importants axes routiers reliant Beyrouth aux autres régions avec des pneus en feu, selon des correspondants de l’AFP sur place. Pour le deuxième jour consécutif, ils ont coupé la route principale menant à l’aéroport international de la capitale.

Yara, une jeune diplômée de 23 ans, a affirmé avoir rejoint ce mouvement non partisan, dans un pays habitué aux rassemblements à caractère politique et confessionnel et où la société est très polarisée politiquement.

À la corruption endémique et aux infrastructures en déliquescence viennent s’ajouter les répercussions économiques de la guerre en Syrie voisine depuis 2011. Outre les divisions au sein de la coalition gouvernementale sur nombre de sujets.

« Je veux de l’électricité, je veux que les rues soient éclairées! Je ne veux plus entendre le bruit des générateurs » qui fournissent du courant à des prix exorbitants durant les heures où l’électricité publique est coupée, dit Dima Hassan 42 ans. « Commencez là … Au moins quelque chose. »

Près de 30 ans après la fin de la guerre civile au Liban (1975-1990), le pays est toujours en pénurie chronique d’électricité et d’eau potable et est miné par les crises politiques à répétition.

« Manifestations spontanées »

Les manifestations actuelles sont les plus importantes depuis le mouvement de protestation de 2015.

Dans les rues de Beyrouth, bennes à ordure calcinées, panneaux de signalisation cassés et éclats de verre brisé des devantures des magasins jonchent le sol après une nuit de manifestations marquées par des heurts entre manifestants et forces de sécurité.

Celles-ci ont tiré des gaz lacrymogènes contre les manifestants qui leur lançaient des bouteilles d’eau ou tentaient de briser leur cordon de sécurité devant les institutions d’État, dont le siège du gouvernement.

Jusqu’ici, 23 manifestants ont été blessés selon la Croix-Rouge libanaise, et 60 membres des forces de sécurité d’après la police.

Sur Twitter, la ministre de l’Intérieur Raya Al-Hassan a mis en garde contre tout « dommage causé aux biens publics et privés » et le blocage des routes, avertissant que les forces de sécurité prendraient « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des civils et de leurs biens ».

M. Nader fait notamment référence au faible pouvoir d’achat et aux taxes en augmentation. Les manifestations sont selon lui « totalement spontanées ».

Ces dernières semaines, la tension est montée au Liban sur fond d’aggravation de la situation économique, avec des craintes d’une dévaluation et d’une pénurie de dollars sur les marchés de change.

Douloureuses réformes

Le pays s’est engagé en avril 2018 à engager des réformes, lors d’une conférence internationale, en contrepartie de promesses de prêts et de dons d’un montant total de 11,6 milliards de dollars.

Depuis plusieurs années, son économie s’est détériorée, souffrant relativement de la guerre en Syrie voisine, dont les répercussions sont venues s’ajouter à une corruption endémique et des infrastructures en déliquescence.

La dette publique culmine à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150 % du PIB, troisième taux le plus élevé au monde après le Japon et la Grèce.

Mettant de l’huile sur le feu, le ministre de l’Information Mohammad Choucair avait annoncé, jeudi soir, que les usagers seraient facturés, à partir de janvier 2020, 20 cents de dollar américain pour chaque appel effectué via des services tels que WhatsApp et Viber, ajoutant que la taxe rapporterait à l’État 200 millions de dollars par an.

Cette nouvelle taxe a provoqué l’ire des Libanais, surtout que le prix de la téléphonie mobile au Liban est déjà parmi les plus élevés. Le gouvernement est ensuite revenu sur cette décision.

Source : AFP + EuroNews