À Gbentchal au Kpendjal dans le nord du Togo, une jeune fille ramasse de l'eau stagnante qui servira à boire et à préparer la nourriture | Photo / Archives: Breezy Baldwin / Flickr
À Gbentchal au Kpendjal dans le nord du Togo, une jeune fille ramasse de l’eau stagnante qui servira à boire et à préparer la nourriture | Photos / Archives: Breezy Baldwin / Flickr

La phase 1 du Projet d’Eau et d’Assainissement du Togo (PEAT 1) a ciblé la ville de Dapaong, Chef-lieu de la Région des Savanes comme une zone prioritaire avec un investissement de 462 540 230 F CFA pour le volet « eau » et 1 520 576 043 F CFA pour le volet « assainissement ». Mais à date, les populations de cette ville ne bénéficient guère de l’impact de cet énorme investissement de l’Union Européenne en raison l’inconséquence, de la complaisance et de la corruption qui caractérisent le régime RPT/Unir.

Pour la ville de Dapaong, les problèmes de l’accès à l’eau potable et d’insalubrité aurait pu être un lointain cauchemar depuis cinq (05) ans. Cependant la complaisance des premiers dirigeants du Togo en complicité avec la corruption entretenue dans le milieu du BTP a mis à mal le Projet d’Eau et d’Assainissement du Togo d’une valeur de 1 983 116 273 F CFA dont plus de 450 millions pour le volet « eau ».

En effet, le PEAT 1 a prévu principalement deux (02) ouvrages afin d’améliorer l’accès des populations de Dapaong à l’eau potable. Il s’agit d’abord de la réhabilitation du barrage de Dalwak et de construction d’ouvrages de franchissement et ensuite de la réalisation de travaux de distribution et d’équipements électromécaniques de la station de production d’eau. Ces deux marchés ont respectivement fait objet des contrats suivants :

* réhabilitation du barrage de Dalwak : contrat FED/2019/408-660 pour un montant de 308 125 260 F CFA attribué à l’entreprise groupement CETA/MRJF. Le contrôle est confié à la société d’Etat SP-EAU (Société Anonyme d’un capital de 10 milliards avec Conseil d’Administration) ;

* travaux de distribution et d’équipements électromécaniques : contrat FED/2019/408-887 pour un montant de 154 414 970 F CFA attribué à l’entreprise GATEC CONSULTING, toujours sous le contrôle de la SP-EAU.

L’audit des travaux réalisés a révélé d’énormes et multiples malfaçons dont certaines handicapent le fonctionnement et la pérennité des ouvrages. Ces manquements et non conformités sont tellement flagrants qu’on se demande comment la SP-EAU et le ministère de tutelle n’ont pu les relever. Au rang des malfaçons, on note :

* une dimension des ouvrages en-deçà des clauses contractuelles et des fonds reçus : caniveau de 105 m au lieu de 120 m, les linéaires de conduites aux diamètres inférieurs, volumes des chambres de vannes non conformes ;

* des ouvrages payés mais non réalisés : sur 13 chambres de vannes payées, seuls 7 sont conformes ; sur 5 débitmètres, il n’y a que 4 ; dallettes de couverture des caniveaux payées mais non construites ;

* des fissures horizontales et verticales sur plus de 60% de la superficie totale du perré maçonné de protection de la digue à Dalwak ;

* un risque d’instabilité.

Somme toute, l’ouvrage financé présente des carences structurelles évidentes dont les conséquences néfastes sur sa durée de vie et sa fonctionnalité sont réelles.

Suivant le rapport d’audit de ces ouvrages censés aboutir à une adduction d’eau potable, les manquements relevés représentent une somme de 37 565 403 F CFA. En d’autres termes, c’est à peu une quarantaine de millions (40 000 000) F CFA qui sont détournés sur le volet « eau » du PEAT 1 à Dapaong.

Mais il est important de noter que l’accès à l’eau potable va de pair avec l’assainissement. C’est pour cette raison que le PEAT 1 a associé un contrat d’assainissement de 1,5 milliards F CFA (FED/2019/408-221) au volet « eau ». Ce marché attribué à l’entreprise CENTRO SA, sous le contrôle du cabinet AGECET-BTP n’a pas échappé aux malfaçons dont le montant est estimé à 47 millions.

Au total, sur le PEAT 1 pour le compte de Dapaong le détournement orchestré s’élève à peu près à 84 944 815 F CFA

Il faut se rendre à l’évidence. Si à l’heure actuelle, les populations de Dapaong et des contrées environnantes sont encore obligées de boire de l’eau aux couleurs de la boue, c’est bien parce que le régime Rpt/Unir est incompétent pour exécuter proprement des projets comme le PEAT 1.

Au cours de leur mission, les auditeurs ont relevé la non coopération de certains acteurs comme les collaborateurs de l’entreprise CENTRO SA et l’absence du contrôleur AGECET BTP.

Pourquoi des entreprises payées pour exécuter des travaux publics peuvent-elles se soustraire à un audit technique des ouvrages réalisés ? La réponse évidente est que les travaux n’ont pas été exécutés dans les règles de l’art.

Cette attitude qui frise le défi à l’autorité est révélatrice d’une seule chose : la corruption et la collusion existante à tous les niveaux, notamment des entrepreneurs aux gouvernants. Malgré les preuves tangibles de non-respect des contrats, aucune procédure judiciaire n’est initiée contre qui que ce soit. Et les populations de Dapaong continuent de souffrir le martyr.

En lieu et place du folklore organisé ces derniers jours par Faure Gnassingbé et ses ministres face à la crise d’eau potable au nord du pays, il aurait fallu que les dirigeants togolais s’assurent de la réussite de la phase 1 du PEAT à Dapaong.

EnvironCeci aurait pu amener les partenaires internationaux comme l’UE à reconduire ce genre de projet dans d’autres villes comme Kara.

Kossi Lamba

Source: Lalternative.info