Illustration seulement | Source: SAPA-USA

Au Togo, chez nous, c’est le carême permanent. Dormir à jeun est la norme et manger est l’exception.

Vous voici donc un peuple qui s’accommode d’avec la misère au point de trouver normal la vie d’esclave que lui font subir, depuis des décennies, les tenants de l’ordre : «tout pour le clan et rien pour les autres ». Oui, les religions, (chrétienne et musulmane), n’avaient donc plus besoin de décréter des jours de jeûne dans notre pays car, les Togolais et les Togolaises y sont contraints chaque jour par la volonté des gouvernants qui ont érigé la paupérisation du peuple comme mode de gouvernance aux fins d’accaparer toutes les richesses du pays à leurs seuls profits parce qu’un peuple qui a faim, n’a ni le temps de réfléchir, ni le temps de revendiquer ses droits.

Observez dans la rue, le nombre de personnes qui vous apostrophent tous les jours quémandant quelques pistoles pour payer du haricot cuit (vèyi) ? Rentrez dans les maisons, dans les quartiers, dans les villages et dans les villes de notre pays et voyez ce que souffrent les ménages dont les rejetons sont gravement atteints de la malnutrition. Allez dans l’administration nationale et sur toute l’étendue du territoire national pour voir l’état des fonctionnaires, de véritables loques humaines et même dans le privé où les patrons surtout les étrangers ont sacralisé l’indignité humaine comme système de gestion du personnel ?

Le constat le plus révulsant et dégradant est la recrudescence de la prostitution à l’échelle endémique et systémique. Les élèves filles, les étudiantes, les filles de ménage, de jeunes femmes et mêmes des dames au foyer sans compter celles qui ont été abandonnées avec des enfants en charge, n’ont qu’un recours : vendre leur corps pour la pitance. Nous sommes en face d’un mélodrame qui se joue presque quotidiennement devant nous, dans l’indifférence de ceux qui ont mis les grappins sur notre pays et qui s’y plaisent d’ailleurs car, cela sert leur politique de maintien des populations dans l’état de dépendance absolue.

On dira peut-être que j’exagère et je voudrais bien être contredit mais les chiffres parlent d’eux-mêmes, en exemple : Le taux de pauvreté monétaire, est estimé à 47 % en 2024, tandis que l’indice de pauvreté multidimensionnel est parmi les plus mauvais de l’UEMOA, (0,21), sans compter les disparités qui persistent en milieu rural. La région des Savanes est la plus touchée, avec une vulnérabilité des ménages atteignant 92,3%. Ces chiffres qui sont souvent arrangés sont réellement plus élevés.

En 2025, le Togo se classe au 127ème rang mondial du World Happiness Report (indice de bonheur) et parmi les pays les moins bien classés en Afrique (environ 26ème sur le continent), devancé par ses voisins du Ghana, du Bénin et du Burkina Faso. C’est donc un secret de polichinelle que partout au Togo, la misère prend le nez. Il n’y a qu’à circuler dans les quartiers de Lomé la Capitale pour se trouver nez à nez avec la misère révulsant et abjecte. Et pourtant, le Togo croule sous des richesses écrasantes de par son sous-sol et de par ses régies financières embrigadées dans une gestion aussi équivoque qu’opaque. Tenez, nul ne sait ce qu’on fait de l’argent qu’on collecte au grand marché Adawlato de Lomé qui génère des milliards de francs par an. Les fonds routiers, le port autonome de Lomé, la SNPT, TOGO TELECOM, devenu YAS, la LONATO, l’Aéroport de Lomé, la CEET, pour ne citer que celles-là, sont des vaches à lait qui n’engraissent que la minorité pilleuse au sommet de l’État. Le drame c’est que nul ne doit en parler. Celui qui ose sait ce qui l’attend : il est bon pour la potence, la prison où l’exil tandis que le pays, lui, continue sa descente aux enfers et devient chaque jour plus déliquescent que l’autre qui est passé.

J’avoue qu’il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas réagir face à une telle déchéance de notre pays dont la chute logique réside dans l’embrigadement du pouvoir d’État par un groupe d’individus peu soucieux de l’avenir du peuple; les Gnassingbé et leurs acolytes. En effet, lorsque les gouvernants deviennent des bourreaux du peuple, il n’y a point d’humanisme, tout fonctionne comme dans une jungle où le plus fort écrase le plus faible.

Le Togo notre pays fait office, à n’en point douter, d’une jungle qui broie et qui confine le peuple souverain à demeurer misérable via des stratagèmes de caporalisation de la République.

Sur tous les plans, les Togolais sont tenus en laisse, seule compte la volonté manifeste des dirigeants qui se sont imposés au peuple par le glaive et la baïonnette, un dirigisme emmailloté finalement dans une constitution imposée dite de la 5ème République et dont les relents pestilentiels détonnent partout dans le monde. Encore que ces dirigeants de fait, n’ont aucune pitié. Ils grèvent le panier de la ménagère par le coût prohibitif du courant électrique, de l’eau, et des produits pétroliers, la TVA sur tous les produits y compris les produits de premières nécessités, la hausse exponentielle des tarifs des paysages et des titres de voyage à l’aéroport. C’est un mécanisme méchamment engrangé pour pressurer, laminer et réduire les populations togolaises à la simple expression de pauvres hères. C’est bien ceux qui sont au cénacle du pouvoir qui sont derrière tout le commerce du pays et qui s’adjugent aussi tous les marchés publics de l’État. Bien sûr que les signaux vitaux de la chère Patrie, Togo, sont au rouge.

Bien sûr qu’en sortir, paraît une entreprise délicate. Mais il faut en sortir coûte-que-coûte. Il faut que ceux qui dirigent le Togo en s’adossant à l’armée, en captant toutes les richesses pour eux seuls, en empêchant par tous les moyens le peuple de s’exprimer, en instrumentalisent les institutions de la République et en dévoyant les élections, se le disent : « la roue tourne et rien n’est éternel sur terre ».

Que tous ceux qui observent le jeûne religieux en ce moment (chrétiens comme musulmans), prient véritablement pour le Togo, notre chère Patrie.

Francis Pedro Amuzun
16 mars 2026

Francis Pedro Amuzun | Infog: 27avril.com