
« Depuis l’adoption unilatérale de cette réforme constitutionnelle par le régime togolais, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), aux côtés d’autres partis politiques de l’opposition démocratique et d’organisations de la société civile, n’a cessé de dénoncer une manœuvre politique visant à permettre au chef de l’Etat de se maintenir au pouvoir en contournant les limitations de mandat prévues par la Constitution antérieure. Aujourd’hui, les motifs développés par la Cour de Justice de la CEDEAO viennent confirmer avec force la pertinence et le sérieux de ces contestations » Alliance Nationale pour le Changement (ANC), 21 juin 2026.
Nous n’allons pas tourner autour du pot pour reconnaître que les Togolais, dans leur situation de désespoir, dans leur détresse, exactement comme quelqu’un qui se noie, essaient de s’accrocher à la moindre brindille pour espérer rester en vie. Sinon, par rapport à la dramatique situation politique de notre pays le Togo, et plus particulièrement après la révision unilatérale de la constitution qui catapulta les Togolais, à leur corps défendant, dans une prétendue 5e république, ce ne sont pas les condamnations, de part et d’autre, qui ont manqué. Nous comprenons bien sûr l’euphorie qui est aujourd’hui celle de la classe politique de l’opposition après cet arrêt de la cour de justice de la CEDEAO, suite à la saisine contre le changement de constitution initiée par plusieurs partis politiques et organisations de la société civile et des droits de l’homme. Et une suite favorable à cette saisine, sous forme de reconnaissance du caractère illégal du changement de la constitution par le régime togolais autour de Faure Gnassingbé, par l’organisation sous-régionale, mérite d’être saluée et fêtée par l’opposition togolaise comme une victoire d’étape.
Oui, une petite victoire d’étape, une reconnaissance de la légitimité du combat que mène l’opposition togolaise depuis le passage au forceps de notre pays à la 5e république. Mais pas plus! Nous n’avons ni le droit d’avoir la mémoire courte, ni de faire preuve d’une certaine naïveté en croyant ou en faisant croire que la CEDEAO vient de délivrer le Togo de la dictature des Gnassingbé une fois pour toutes. Il n’en est rien. Les décisions de la part de la cour de justice de l’organisation Ouest-africaine condamnant l’état togolais, depuis la prise du pouvoir dans le sang par Faure Gnassingbé en 2005, pointant le caractère anti-démocratique et dictatorial de son régime, demandant la libération des prisonniers politiques, à commencer par Kpatcha Gnassingbé, sont légion et n’ont jamais été prises sérieusement en compte par l’état voyou de Lomé. Nous lisons par ailleurs que le pouvoir togolais n’a même pas pris la peine d’essayer de se défendre auprès de la cour de justice de la CEDEAO après la saisine des partis politiques et de la société civile. Ce qui pourrait faire conclure que le régime incarné par Faure Gnassingbé considère, comme à son habitude, qu’il n’a de comptes à rendre à personne et se comporte avec mépris vis-à-vis de son peuple, selon la formule: « le chien aboie, la caravane passe ».
Qu’a pu faire la CEDEAO quand Faure Gnassingbé a refusé d’appliquer ses sanctions contre les pays de l’AES, avec lesquels il a continué à avoir de bonnes relations comme s’il était le dirigeant le plus propre, alors qu’à cause de lui notre pays est aujourd’hui un îlot de terreur dans la sous-région? Ce serait malheureusement avec la même haine et le même mépris contre ses compatriotes, que d’ailleurs des anciens militaires togolais n’ont pas hésité à qualifier d’ennemis, que Faure Gnassingbé va ignorer, du revers de la main, le jugement rendu par la cour de justice de l’organisation sous-régionale, et continuer à faire ce qu’il veut; parce que, de toutes les façons, il ne compte que sur la force et non sur une quelconque volonté du peuple, ou moins encore, sur le droit, pour s’éterniser au pouvoir, et remettre plus tard le témoin à son demi-frère Mey Gnassingbé. Contre cette volonté de monarchisation du Togo par le clan au pouvoir la CEDEAO ne peut et ne pourra rien. Il revient aux Togolais, et à eux seuls, de s’organiser, comme ils le font depuis plusieurs décennies, pour éviter à leur pays un destin aussi cruel.
Nous pouvons ajouter que les Togolais et leur opposition n’ont pas attendu un quelconque jugement rendu par la cour de justice de la CEDEAO pour se mettre à combattre le régime Gnassingbé depuis le père. C’est pourquoi il serait exagéré de considérer ce qui vient de se passer du côté d’Abuja comme la clé qui ouvrirait toutes les portes et mettrait immédiatement fin au régime de dictature auquel les Togolais font face depuis plus d’un demi-siècle. «Peuple togolais, la lutte que nous menons contre l’arbitraire est légitime. Elle vient de recevoir un soutien de taille qui émane de la Cour de justice sous-régionale. Mobilisons-nous encore plus dans la persévérance, pour en finir avec la dictature et pour ouvrir un nouveau chapitre à notre histoire nationale. La transition est la seule voie pacifique, elle s’impose!». Oui, comme le dit si bien cette conclusion de la déclaration liminaire du 25 juin dernier d’un regroupement des partis politiques et associations de la société civile de l’opposition, cet arrêt de la cour de justice de la CEDEAO devrait servir de rappel et d’encouragement aux Togolais qui n’ont absolument pas le droit de dormir sur leurs lauriers et devraient, au contraire, poursuivre la mobilisation, aussi bien au pays que dans la diaspora, pour bouter hors du pouvoir ce régime Gnassingbé qui a montré ses limites sur tous les plans.
Samari Tchadjobo
Allemagne
























