Le Port Autonome de Lomé (PAL) déserté par les agents en grève, 11 août 2026 | Photos: I.K. / Lalternative.info
Le Port Autonome de Lomé (PAL) déserté par les agents en grève, 11 août 2026 | Photos: I.K. / Lalternative.info

Après un préavis de grève déposé à la direction générale le 27 juillet dernier par le Syndicat des agents du port autonome de Lomé (SYAPAL), les travailleurs sont entrés en grève. Le port est désert ce matin, sans dockers ni les autres agents qui animent le quotidien de ce qu’on appelle le poumon de l’économie togolaise. Les travailleurs dénoncent une mauvaise foi et un simulacre de dialogue de la direction générale du port qu’ils comptent en outre poursuivre en justice pour demander réparation collective et individuelle des préjudices subis.

« La grève a bien démarré. Ce matin, aucun docker n’a fait équipe pour se rendre au quai », confie un travailleur à notre Rédaction. Selon les informations, le chef du Service de main d’œuvre portuaire (SMOP) tente d’appeler ses proches et d’autres individus externes pour faire des équipes et travailler à la place des agents qualifiés.

Cette grève qui a commencé ce matin se poursuivra jusqu’à jeudi 13 août à 23h59, selon le préavis de grève.

Le 08 juin 2026, le syndicat avait déposé un préavis de grève. Mais la direction générale a déclaré sa ferme détermination à maintenir un dialogue social constructif lors des séances des 10 et 16 juin 2026, sanctionnées par le procès-verbal du 16 juin 2026. Les travailleurs ont donc cru en cette promesse.

« Depuis, aucune réaction officielle de la direction générale du port concernant les 12 points de revendications du SYAPAL malgré la levée du préavis de la grève sous réserve de discussions notifiée à notre employeur le 22 juin 2026, la demande de poursuites de discussions adressée à notre employeur le 25 juin 2026, le rappel fait le 09 juillet 2026, le rappel réitéré le 20 juillet 2026 », regrette le syndicat.

Ce dernier indique par ailleurs que la direction générale du port autonome de Lomé a utilisé la conciliation pour faire échec à la grève, sans aucune intention de négocier.

D’autres syndicats du port font pression sur SYAPAL pour arrêter la grève

Le calme apparent observé sur le site du Port autonome de Lomé depuis ce matin, dû à la grève des agents, n’est que la partie visible d’un scénario que ne supportent pas les grévistes. Non loin du quai silencieux et des grues immobiles se déroulent des machinations dans des bureaux climatisés pour obliger les travailleurs à reprendre le travail. Ce qui choque dans tout cela, c’est le soutien de certains syndicats du secteur, notamment ceux des dockers, à la direction générale du Port autonome de Lomé au détriment de leur camarade Syndicat des agents du port autonome de Lomé (SYAPAL).

Photo: I.K. / Lalternative.info
Photo: I.K. / Lalternative.info

Une pression énorme est exercée actuellement sur le SYAPAL pour arrêter la grève. Lors d’une réunion en pleine grève ce matin au port, des responsables de SYNADOCKTO, SYNLIDOCKTO, SYNREDOCTO, SYDOCKT (tous des syndicats des dockers du Togo) prennent fait et cause pour la direction générale.

Au cours de la réunion en présence du chef service du port, ces syndicats ont indiqué aux grévistes qu’ils jouent avec le feu. Ils ont surtout adressé leurs menaces à l’endroit des travailleurs professionnels qui, selon eux, ne doivent pas se mêler de cette grève parce qu’ils auraient un contrat particulier.

« Ce que notre confrère (Ndlr, SYAPAL) demande, nous savons tous que c’est de bonne guerre, c’est bon pour nous tous. Mais nous sommes toujours dans les négociations. Et si j’ai quelque chose à vous dire, c’est que je préfère qu’on fasse profil bas. Nous allons à ces négociations et on vous reviendra avec de meilleur message qui pourra nous soulager tous. Mais si nous devons faire notre volonté, parce qu’une organisation syndicale qui est notre confrère a lancé une grève et que nous, nous ne sommes pas signataires, nous ne voulons pas que lorsque les conséquences vont arriver, vous serez les mêmes personnes à venir demander pardon », a indiqué au cours de la réunion un des responsables de ces syndicats que les agents du port taxent de vendus.

Selon lui, les discussions avec les autorités portuaires ont avancé et ils sont confiants d’un dénouement heureux. Un argument sur lequel a bondi un des gréviste en lui demandant pourquoi cette avancée dans les discussions n’ont pas été communiquées aux travailleurs ou à SYAPAL qui a lancé la grève. La réponse n’a été qu’un alignement de subterfuges de la part de ces syndicats qui tentent de couper l’herbe au pied de leurs camarades.

« Nous ne savons pas que la grève allait prendre cette ampleur. L’émotion a pris le dessus », répond l’un des responsables des « syndicats vendus ». Et un autre de renchérir en déclarant aux grévistes qu’ils (Ndlr, les responsables syndicaux) ne peuvent pas tout le temps leur parler de ce qu’ils discutent avec la direction générale.

Mais ce que les travailleurs ne comprennent pas, c’est pourquoi ces syndicats n’associent pas le SYAPAL dans leurs démarches au point où fatigué du dilatoire de la direction générale, ce dernier a fini par lancer la grève. Selon les travailleurs, ces autres syndicats sont manipulés par la direction générale pour saboter la grève. « Cela a été toujours le cas au port autonome de Lomé. C’est triste », regrette un travailleur.

Actuellement, les agents grévistes sont sur le site et attendent de voir lequel de leurs collègues va outrepasser le mot d’ordre et accepter d’aller travailler. « Nous sommes là, nous surveillons ».

Pour le chef service du port, il n’est pas question que les agents restent sur le site tout en refusant de travailler. « Ceux qui veulent travailler, vous pouvez aller travailler. Mais ceux qui ne veulent pas travailler peuvent partir. Vous ne pouvez pas rester ici et envoyer des messages d’intoxication dehors », menace le chef service qui accuse les agents d’envoyer des vidéos et images aux journalistes, notamment à Ferdinand Ayité.

Les agents grévistes, de leur côté, refusent de quitter le site. « Nous attendons nos collègues qui vont prendre le service à 14 heures pour voir s’ils vont respecter le mot d’ordre grève. Ils ont l’obligation de maintenir la dynamique ».

Isidore Kouwonou

Source: Lalternative.info

Note / Raison pratique: 2 articles du même auteur traitant du même sujet sous 2 angles légèrement différents mis l’un à la suite de l’autre.