
C’est purement et simplement l’aveu d’une barbarie d’État qui exhibe la santé comme instrument de répression.
Dans un système politique sain, la prise de parole publique d’une haute responsable de l’État vise à rassurer, à unir et à garantir le respect des principes constitutionnels fondamentaux. Au Togo, sous la férule du RPT-UNIR, la parole institutionnelle est devenue le véhicule d’une violence symbolique et matérielle inouïe. La récente déclaration de Myriam Dossou D’Almeida, figure de proue du régime et Vice-présidente de l’Assemblée nationale issue des récentes manœuvres constitutionnelles controversées, marque un point de non-retour dans l’indécence politique et l’effondrement éthique du pouvoir en place.
En suggérant publiquement que les jeunes et les citoyens usant de leur liberté d’expression sur les réseaux sociaux pour critiquer la gestion du gouvernement ne devraient pas s’étonner d’être abandonnés à leur sort par le personnel soignant dans les hôpitaux et centres de santé, Myriam Dossou D’Almeida n’a pas commis un simple dérapage. Elle a formulé avec une brutalité désarmante la doctrine profonde du système RPT-UNIR : la subordination de la vie humaine à la loyauté politique.
Cette sortie chirurgicale constitue une preuve palpable et terrifiante : elle confirme que l’assassinat à petit feu et la neutralisation des voix critiques lors de leur admission pour raison de santé au sein des structures médicales ne relèvent pas d’un hasard ou d’un dysfonctionnement. L’aveu de cette haute responsable révèle en filigrane l’existence et l’opérationnalité d’un véritable réseau de tueurs à gages sous blouse blanche, tapis dans l’ombre des centres de santé publics et privés du pays, prêts à exécuter la sentence d’un pouvoir ivre de sa propre impunité. L’accès aux soins, garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme, est ainsi ouvertement transformé en une arme d’élimination sélective.
L’effondrement éthique du système sanitaire et l’insulte au corps médical
En conditionnant la prise en charge médicale des citoyens à leur posture politique, le régime RPT-UNIR commet une double faute lourde. D’une part, il formalise la déchéance d’un secteur de la santé publique à l’abandon dans un état de décrépitude avancé depuis des décennies. Si le personnel soignant est aujourd’hui instrumentalisé dans les discours officiels comme un bras armé de la répression passive, c’est parce que les structures hospitalières du pays ont été méthodiquement privées de moyens, réduites à des mouroirs où le manque d’équipements de base rivalise avec la précarité des conditions de travail et la mise sous coupe des syndicats de praticiens hospitaliers.
D’autre part, cette déclaration constitue une insulte grave à l’éthique médicale et au serment d’Hippocrate. Ce serment millénaire exige de tout soignant qu’il intervienne pour préserver la vie sans distinction d’origine, de religion, ou d’opinion politique. En insinuant que les praticiens de santé se feraient les exécuteurs des vengeances militantes du RPT-UNIR, le pouvoir cherche à corrompre le lien de confiance sacré entre le médecin et son patient.
Face aux garanties théoriques relatives aux droits humains, la réalité quotidienne sous la gouvernance usurpée du RPT-UNIR révèle un fossé béant :
– l’inviolabilité de la vie humaine, pourtant consacrée au niveau international, est directement bafouée par des menaces explicites de non-assistance à personne en danger au sein même des hôpitaux publics.
– la neutralité des services publics, pilier de tout État de droit, s’efface au profit d’un conditionnement strict des soins à l’allégeance politique et à l’absence de toute critique.
– la liberté d’expression et d’opinion, droit fondamental inaliénable, est désormais assimilée à un délit grave entraînant la privation pure et simple du droit à la santé.
– la protection des vulnérables, devoir moral de toute collectivité, fait place à un abandon programmé des malades et des blessés identifiés comme critiques envers le pouvoir.
Ce chantage à la survie révèle une incompétence systémique : faute de pouvoir répondre aux aspirations de la jeunesse par des politiques publiques efficaces, des infrastructures modernes ou des emplois dignes, le RPT-UNIR privilégie la terreur psychologique et le mépris de la dignité humaine.
La matérialisation macabre des menaces : les principaux cas de disparitions et le calvaire du « Cabanon »
Les déclarations de Myriam Dossou D’Almeida ne font que solder des décennies de pratiques d’élimination silencieuse. L’histoire du Togo regorge de cas emblématiques où des structures de santé, tant publiques que privées, sont devenues le théâtre de disparitions mystérieuses et de morts suspects, de refus prémédités de soin ou d’empoisonnements présumés d’acteurs dérangeants.
– Le cabanon (centre d’accueil et d’hospitalisation réservé aux détenus malades) du CHU Sylvanus Olympio (Tokoin) : l’antichambre de la mort pour les prisonniers politiques
Pendant des années, le cabanon médical du CHU Tokoin a servi de mouroir officiel pour les détenus d’opinion. Victimes de tortures préalables dans les camps de détention (notamment le SCRIC ; DCPJ ; Groupement de Djidjolé (Anti-Gangs) ; Camp GIPN d’Agoè Logopé), de nombreux prisonniers politiques, à l’instar d’Alassani Issaka, Saïbou Moussa, Soulemane Djalilou ou encore Yakoubou Abdoul-Moutawakilou, y ont été transférés in extremis, exsangues ou malades. Abandonnés sans traitements appropriés dans ce couloir de la mort sous surveillance policière stricte, ils y ont rendu l’âme dans un mutisme médical complice et prémédité.
– Le drame emblématique d’Étienne Yakanou : En mai 2013, ce militant de premier plan de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), arbitrairement incarcéré dans le dossier monté de toutes pièces des incendies des grands marchés, a été laissé mourir en détention. Malgré des crises de santé aiguës répétées, l’accès aux soins d’urgence lui a été cyniquement refusé jusqu’à ce que mort s’ensuive. Son décès par abandon médical est le modèle type du meurtre à petit feu orchestré par le régime.
– L’affaire troublante d’Atsutsè Kokouvi Agbobli : En août 2008, l’ancien ministre, historien et opposant a été retrouvé mort dans des circonstances hautement suspectes au bord de la plage de Lomé, peu après son passage et sa séquestration présumée dans une structure sanitaire sous étroite surveillance sécuritaire. Les zones d’ombre de son autopsie et les falsifications médicales entourant sa prise en charge restent la preuve que le système sait instrumentaliser les enceintes médicales pour accomplir ou maquiller des éliminations politiques.
– Le sort mystérieux des blessés de manifestations dans les cliniques et⁸ hôpitaux : Au fil des crises politiques, de nombreux citoyens et jeunes manifestants blessés par balle, passés à tabac ou torturés ont été ciblés directement jusque sur leurs lits d’hôpital. Plusieurs témoignages font état d’enlèvements nocturnes de patients au sein même des urgences ou de cliniques privées sous pression, suivis de disparitions définitives ou de décès classés mystérieusement sans autopsie indépendante.
Une continuité systémique : de la menace militaire au terrorisme d’État
Ces faits factuels s’articulent directement avec la rhétorique guerrière du régime. La sortie de Myriam Dossou D’Almeida s’inscrit en parfaite continuité avec d’autres déclarations explicites émanant de miliciens et de hauts gradés retraités des forces armées, affirmant sans détours que quiconque critique Faure Gnassingbé constitue un « ennemi à abattre ».
Il existe une cohérence terrifiante dans cette stratégie globale :
– la menace armée dans la rue par les milices et la soldatesque pour matraquer la contestation.
– la menace biologique et le réseau d’élimination dans l’hôpital, où la baïonnette est remplacée par le refus de soin, l’injection létale ou la négligence criminelle programmée.
Dans un cas comme dans l’autre, la logique reste la même : le citoyen togolais n’a plus de droits, seulement le devoir de se taire et de subir. Cette convergence des discours civils et militaires démontre la militarisation des esprits au sommet de l’État. Le régime ne cherche plus à convaincre : il gère une population perçue comme des adversaires à soumettre ou à éliminer.
Cette rhétorique déshumanisante prépare le terrain aux traitements inhumains et dégradants réservés quotidiennement aux journalistes d’investigation, aux défenseurs des droits humains et aux militants d’opposition qui refusent la confiscation du pouvoir et les révisionnismes constitutionnels illégitimes.
Appel solennel à l’opinion nationale et internationale : exiger justice et mettre fin à l’impunité
Devant la gravité inédite de ces propos qui constituent une incitation explicite à la non-assistance à personne en danger et la confirmation d’un système d’élimination en milieu hospitalier, le silence équivaudrait à de la complicité.
L’urgence de diligenter des enquêtes indépendantes
Ces déclarations officielles et ces antécédents dramatiques (cas Agbobli, Yakanou, victimes du cabanon du CHU Tokoin) imposent que toute la lumière soit faite :
– la mise en place immédiate d’une commission d’enquête internationale indépendante, sous l’égide des Nations-Unies et de l’Union Africaine, pour faire toute la lumière sur le réseau d’assassinats déguisés, le tri politique, les exécutions au cabanon du CHU Sylvanus Olympio et le refus de soin prémédité dans les structures sanitaires publiques et privées du Togo.
– la saisine des juridictions compétentes pour poursuivre les auteurs moraux et matériels de ces directives criminelles afin qu’ils répondent de leurs actes devant la justice internationale.
Le devoir d’action de la communauté internationale
L’opinion internationale et les bailleurs de fonds du secteur de la santé au Togo ne peuvent continuer à financer des infrastructures sanitaires reconverties en instruments de tri politique, de chantage vital et d’exécutions silencieuses. Les diplomaties étrangères doivent cesser toute complaisance face à un régime qui foule aux pieds le droit absolu à la vie.
Le sursaut patriotique du peuple togolais
Au peuple togolais, à la jeunesse, aux professionnels de santé fidèles au serment d’Hippocrate : l’heure est au refus de la servitude. Accepter que le pouvoir régente notre accès aux soins et notre droit à la vie, c’est signer l’arrêt de mort de nos libertés. Il est urgent de se mobiliser et de se lever pour mettre fin à la confiscation du pouvoir par le régime des Gnassingbé et bâtir un Togo démocratique où la dignité et la vie humaine sont sacrément préservées.
Pour un éclairage historique sur les violences politiques et le climat d’impunité instauré au Togo, cette analyse sur l’assassinat de Sylvanus Olympio revient sur les origines de la crise de gouvernance dans le pays
Rodrigue Ahégo,
La Voix des Sans Voix























