
«…Le putschiste n’est pas seulement celui qui prend les armes, qui renverse le régime; les vrais putschistes, les plus nombreux qui ne font l’objet d’aucune condamnation, c’est aussi ceux qui manigancent, qui utilisent la fourberie, qui trichent pour manipuler les textes de la constitution, afin de se maintenir éternellement au pouvoir. Voilà les putschistes les plus nombreux…» Mamadi Doumbouya, président de la république de Guinée
Aujourd’hui en Afrique, les méthodes politiques les plus répandues pour diriger les peuples sont des méthodes totalitaires, dictatoriales. Les pays africains où les citoyens se sont entendus pour organiser, sans grands dégâts et de façon démocratique, l’alternance au sommet de leurs états, se comptent sur les cinq doigts de la main. Et comme le dit si bien celui qui sait de quoi il parle, Mamadi Doumbouya, à la tribune des Nations Unies, à New-York, la semaine passée, il n’y a pas de coups d’états sans causes. Bien sûr, il peut y avoir des prises de pouvoir, ou des tentatives de prise de pouvoir par la force, stupides, fantaisistes, comme par exemple la tentative de coup d’état au Bénin le 7 décembre 2025 dirigée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, et heureusement déjouée. Le Bénin, le Sénégal, le Ghana ou encore le Nigeria, pour ne citer que ces pays-là, n’ont pas besoin du renversement de leurs institutions politiques par la force, parce qu’au moins, même si tout n’y est pas encore parfait, les vies humaines et les libertés publiques ne sont plus bafouées pour le pouvoir d’un seul.
Revenant sur Mamadi Doumbouya, nous pouvons dire qu’il n’est pas forcément un parangon de la démocratie et du respect des droits de l’homme, vu tout ce qui nous revient comme informations de son pays, la Guinée. Mais il serait malhonnête de ne pas mentionner que son coup d’état qui renversa Alfa Condé en 2021, était très loin d’être fantaisiste ou superflu. Il y avait beaucoup de raisons à cela, comme d’ailleurs c’est le cas dans beaucoup de pays où la malgouvernance, avec toutes les dérives, comme le pillage des ressources du pays ou les violations massives des droits humains qui vont avec. Et en notre qualité de Togolais, l’un des peuples à souffrir des travers d’une gouvernance politique totalitaire depuis au moins six décennies, nous avons le droit et le devoir de nous apesantir sur l’allocution du président guinéen à l’ONU, pour exprimer notre accord quant à son point de vue selon lequel les coups d’état viendraient répondre, la plupart du temps, à l’appel tacite des peuples pour les sauver des situations politiques qui les humilient. Donc, pour changer une situation politique inextricable comme les Togolais la connaissent si bien et en souffrent, il faudrait une thérapie de choc. C’est quand les tentatives de la part de l’opposition et des différents partenaires, pour ramener le dictateur et son régime à la raison, ont toutes échoué, que les plus radicaux passent à l’action; alors que s’il y avait la bonne volonté et l’amour du peuple de la part de ceux qui sont au pouvoir, les choses pourraient se régler dans le respect mutuel, en ayant comme seule priorité les intérêts des citoyens pour lesquels ils sont supposés être là.
Et pour rester fidèle au titre de notre texte, nous n’oublierons pas d’insister sur la partie de l’allocution de Mamadi Doumbouya qui pointe du doigt l’hypocrisie d’une certaine communauté internationale qui semble se mélanger les pédales, en condamnant une situation politique, pas forcément mauvaise dans un pays, pendant qu’elle supporte en même temps un autre pouvoir, encore plus cruel pour son peuple, ailleurs. Le tombeur d’Alfa Condé fut très clair en ne voyant pas de différence entre des putschistes qui prennent les armes pour renverser un régime politique, et ceux qui trichent à travers la fourberie et la manipulation des constitutions de leurs pays, pour ne pas quitter le pouvoir. Et les Togolais sont aux premiers rangs des peuples en Afrique qui devraient se sentir concernés par ce clin d’oeil du «révolutionnaire» guinéen en direction de ces dirigeants fourbes, tricheurs et manipulateurs des textes fondamentaux dans le bus de s’éterniser au pouvoir.
Et Faure Gnassingbé fait bel et bien partie de ces dirigeants indélicats et est normalement disqualifié, à bien des égards, pour être le premier responsable du Togo; premièrement, la manière sanglante par laquelle il s’est imposé à ses compatriotes en 2005, à la mort de son père, et deuxièmement, les méthodes répressives utilisées pour s’y maintenir. Et plus grave, la fourberie, la triche, la manipulation de la constitution, comme l’explique si bien Mamadi Doumbouya, ajoutées au crime, le tout courronné par une impunité totale. Au lieu donc d’être traité comme un paria, isolé et rejeté par ses collégues de la sous-région et des acteurs de la communauté internationale, d’habitude prompts à donner des leçons de démocratie et des droits de l’homme, le dictateur togolais, Faure Gnassingbé est devenu le chouchou «incontournable» des trois pays de l’AES et de certains partenaires, comme la France, qui ne se gênent plus pour dénoncer les dérives d’un régime togolais désormais aux abois.
Aujourd’hui où la cour de justice de la CEDEAO a reconnu le caractère illégal du changement de constitution togolaise par Faure Gnassingbé en 2024 et que ce dernier continue sa fuite en avant en faisant la sourde oreille, maintenant où le président guinéen, Mamadi Doumbouya a classé Faure Gnassingbé et ses semblables parmi les vrais putschistes, et que le message est bien passé dans les arcanes du pouvoir togolais, le régime RPT-UNIR va-t-il continuer à foncer dans le mur, ou va-t-il revenir à la raison, en considérant surtout ce qui se passe de positif autour de nous, pour éviter aux Togolais des lendemains douloureux?
That is the question!
Samari Tchadjobo
Allemagne
























