Scène de rue, Lomé, Togo | Photo: DR
Scène de rue, Lomé, Togo | Photo: DR

A l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, célébrée ce lundi 2 novembre 2026, l’ONU rappelle l’urgence de protéger les professionnels des médias. Au Togo, des menaces contre des journalistes et des agressions dont les suites judiciaires restent incertaines ravivent le débat sur la sécurité de la presse et la responsabilité des auteurs de violences.

Informer, enquêter, révéler et demander des comptes : un métier essentiel à la démocratie, mais qui expose ceux qui l’exercent à des menaces, des intimidations et des violences. A travers le monde, les journalistes continuent de payer un lourd tribut pour avoir voulu informer le public.

Au Togo, la question de leur protection demeure une préoccupation majeure, alors que plusieurs affaires rappellent que l’exercice du journalisme ne devrait jamais constituer un motif d’insécurité.

Protéger la liberté de la presse ne consiste pas seulement à reconnaître ce droit dans les textes. Il faut également garantir aux professionnels des médias les conditions nécessaires pour travailler sans peur et veiller à ce que toute violence commise contre eux fasse l’objet d’une enquête sérieuse.

34 journalistes tués en un an : l’alerte de l’ONU

Le constat dressé par le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, est alarmant. Dans son message pour cette édition 2026, il indique qu’au moins 34 journalistes ont perdu la vie au cours de l’année écoulée. Six assassinats de journalistes sur sept restent impunis et, dans les situations de conflit, le taux d’impunité avoisine les 100 %.

Pour le chef de l’ONU, rien ne devrait entraver le travail des journalistes, indispensable au respect des droits humains, à la démocratie et à l’État de droit. Il appelle à enquêter sur chaque affaire, à poursuivre les responsables et à mettre fin aux attaques en ligne visant les professionnels des médias.

Derrière ces chiffres, une réalité persiste : lorsque les auteurs de violences échappent à la justice, le risque de récidive demeure. L’impunité ne constitue donc pas uniquement une injustice envers les victimes et leurs familles. Elle fragilise également le droit des citoyens à accéder à une information libre et fiable.

Au Togo, des affaires qui interpellent

Au Togo, les inquiétudes relatives à la sécurité des journalistes se sont notamment illustrées par l’agression de six professionnels des médias, le 29 septembre 2024, au siège de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), à Lomé.

Venus couvrir une rencontre citoyenne à laquelle participait le député sénégalais Guy Marius Sagna, Yvette Sossou, Godfrey Akpa, Hyacinthe Gbloédjro, Yawo Klousse, Romuald Koffi Lansou et Albert Agbeko avaient été pris à partie.

Selon des informations rapportées par la presse togolaise, leur matériel professionnel avait été arraché puis jeté dans un puits.

Deux ans après les faits, le Patronat de la presse togolaise (PPT) dénonçait encore, en septembre 2026, l’absence d’interpellations et le manque d’informations officielles sur l’évolution des enquêtes annoncées. Cette situation soulève une interrogation fondamentale : quelle portée donner aux engagements en faveur de la liberté de la presse lorsque des agressions visant des journalistes restent sans réponse judiciaire connue ?

Autre cas préoccupant : en février 2026, le journaliste Roger Amemavoh, promoteur du média en ligne Capture Média, a fait l’objet de menaces anonymes après la diffusion d’un reportage sur un litige foncier à Latékopé, dans la commune d’Agoè-Nyivé 6. Des organisations professionnelles, dont l’Observatoire togolais des médias (OTM), le Syndicat des journalistes indépendants du Togo (SYNJIT) et le PPT, avaient appelé à prendre ces menaces au sérieux et à assurer sa protection.

Ces affaires, différentes dans leurs circonstances, mettent en évidence un même impératif : permettre aux journalistes de travailler sans être exposés à des représailles en raison de leurs enquêtes ou des sujets qu’ils traitent.

Informer sans peur : une exigence démocratique

La sécurité des journalistes ne se limite pas à la prévention des agressions physiques. Elle concerne aussi les menaces de mort, les intimidations, le harcèlement numérique, les pressions liées aux enquêtes et les procédures susceptibles de devenir des instruments de dissuasion.

Lutter contre l’impunité, au-delà des déclarations

Mettre fin à l’impunité exige des actes concrets. Il faut rechercher les auteurs, établir les responsabilités, poursuivre les personnes mises en cause lorsque les preuves le justifient et garantir aux victimes l’accès à la justice. La transparence sur l’état d’avancement des enquêtes constitue également un élément important pour restaurer la confiance.

La Journée internationale du 2 novembre ne doit donc pas se réduire à une commémoration. Elle doit être l’occasion d’évaluer les engagements pris, de rappeler les affaires non élucidées et d’exiger des réponses précises aux victimes et à leurs confrères.

Protéger les journalistes, c’est protéger le droit à l’information

Au Togo comme ailleurs, la liberté de la presse se mesure aussi à la capacité des journalistes à enquêter sur les sujets sensibles sans craindre pour leur intégrité physique ou leur liberté. Elle se mesure à la réaction des institutions lorsqu’ils sont attaqués et à la détermination de la justice à établir les responsabilités.

Et lorsqu’un crime contre un journaliste reste sans réponse, c’est la confiance dans la justice et dans l’État de droit qui s’en trouve fragilisée.

Dzigbodi Afi

Source: Lalternative.info