
Le tout premier prisonnier politique du Sergent Etienne Eyadéma, quelques mois seulement après sa prise du pouvoir le 14 avril 1967 qui va ouvrir un règne de 38 ans, s’appelle Grégoire Kinvi Kouessan.
Syndicaliste, ancien Secrétaire général de l’UNTT, ancien député sous le régime de Grunytzky, Grégoire Kinvi Kouessan fut arrêté et détenu en 1967 à la Gendarmerie nationale puis à la prison civile de Lomé. Il fut empoisonné en détention par l’injection d’une piqûre toxique. Il rendit l’âme après sa libération par « grâce présidentielle » des suites de cet empoisonnement.
Responsable syndical très populaire dans le monde du travail et redouté par tous les gouvernements depuis l’époque coloniale, il a été faussement accusé de détention d’arme, de complot contre la sûreté de l’Etat et de préparation de l’assassinat du Commandant Kléber Dadjo et de deux officiers de l’armée togolaise. Le pistolet que détenait le sieur Kouessan à son domicile était pourtant bien connu des autorités d’alors bien avant la prise du pouvoir d’Etienne Eyadéma. Mais aussitôt monté au trône, le Sergent prit sur lui de l’arrêter.
C’est ainsi qu’Eyadéma envoya des hommes en civil roder autour de son domicile. Et dès que l’un des garçons de Grégoire Kinvi Kouessan était sorti de la maison, il fut abordé par l’un des agents qui lui demanda d’aller lui ramener le pistolet de son père en échange de bonbons. Naïvement, l’enfant est parti prendre le pistolet et le remettre à l’homme, et celui-ci lui donna des bonbons. Voilà comment était partie l’arrestation de Grégoire Kinvi Kouessan.
Détenu dans un premier temps à la Gendarmerie nationale à Lomé, dans une cellule exiguë, il a ensuite été déféré à la prison civile de Lomé. Il fut plus tard jugé pour détention d’un pistolet automatique qu’on fit passer pour une arme de guerre, alors qu’il l’avait depuis son exil au Ghana pour assurer sa sécurité personnelle, et condamné en première instance à une peine de trois mois de détention pleine qui fut portée, après appel du parquet, à sept mois.
Après quelques mois de détention, on lui injecta une substance inconnue qui lui faisait aboyer comme un chien jusqu’à ce qu’il perde connaissance et tombe malade par la suite. Il s’agissait manifestement d’un poison lent. Peu de temps après que cette piqûre, il fut « gracié » par le Sergent Etienne Eyadéma en novembre 1967, sachant bien qu’il devrait en mourir plus tard. Au terme d’atroces souffrances, il décéda le 7 mars 1968, laissant derrière lui une épouse et des enfants de bas âge.
Il est à noter que Dr Georges Kouessan, président du Parti Santé du Peuple, est l’un des enfants de Grégoire Kinvi Kouessan.
Source : [03/01/2016] La Nouvelle























