Tous ceux qui ont pris les vols à destination de Lomé, que ce soit avec Air France ou Royal Air Maroc pour ne citer que ces deux compagnies, ont fait le même constat : les tarifs des vols sont hors prix. Conséquence, beaucoup de voyageurs préfèrent prendre des vols à partir d’autres pays limitrophes du Togo. Mais même avec les autres vols, il nous revient que les taxes que prélèvent les autorités sont telles que l’avenir de ce pan de l’économie togolaise est sombre, à moins d’un retournement de situation.

Les vols vers ou de Lomé sont les plus chers en Afrique de l'Ouest | Infog : Daniel Hayduk + 27avril.com
Les vols vers ou de Lomé sont les plus chers en Afrique de l’Ouest | Infog : Daniel Hayduk + 27avril.com

La voie aéroportuaire du Togo est-elle parmi les plus attractives de la région ouest-africaine ? S’il est vrai que le pays doit faire en sorte à engranger des recettes pour financer son développement, il n’en demeure pas moins vrai qu’une politique agressive vis-à-vis des clients qui passent par l’Aéroport International Gnassingbé Eyadema (AIGE) risque de les faire fuir vers d’autres horizons, comme l’établit le constat actuel.

Selon une source au sein de la Société aéroportuaire de Lomé Tokoin (SALT), depuis bientôt vingt ans, une taxe dont le montant a été tu, est prélevée sur tous les billets d’avion des passagers qui quittent Lomé. A en croire la source, ce serait dans l’optique de soutenir la construction de la nouvelle aérogare dont les coûts de construction varient au gré des humeurs de l’entrepreneur. Et ce n’est pas fini.

Savez-vous que d’autres taxes perçues sur les billets détruisent l’image du Togo ? Dans un passé récent, les taxes sont détaillées sur les billets d’avion, ce qui permettait de déterminer quelle taxe sert à quoi. Mais depuis peu, et pour ne pas éveiller les soupçons sur certaines incongruités, les autorités ont exigé du « melting pot », c’est-à-dire que sous la dénomination de diverses taxes, on mélange tout en une seule taxe. C’est ainsi que mi-janvier dernier, un passager nous a rapporté que sur son billet d’avion Lomé-Paris d’une valeur de 520.000 FCFA, le cumul des taxes s’élevait à…305.000 FCFA. Il ne reste à la compagnie, Bruxels Airlines dans le cas présent, que 215.000 FCFA TTC. Ne serait-ce pas pour cette raison que les prix des billets entre l’Europe et Lomé sont plus chers par rapport aux autres pays ouest-africains ?

Source : Liberté
Source : Liberté

En effet, afin de démontrer que ces prix ne répondent à aucune logique, sinon à celle qui consiste à spolier les citoyens sans vergogne, nous nous sommes appliqués à comparer les tarifs des vols qui quittent Paris vers Dakar, Abidjan, Ouagadougou, Bamako, Cotonou, Lagos et Lomé. Le résultat consigné dans le tableau indique par exemple que les tarifs d’Air France et de Royal Air Maroc entre Paris et les capitales indiquées sont plus chers lorsqu’il s’agit de Lomé.

Que ce soit avec Royal Air Maroc ou Air France, les tarifs sont au superlatif lorsqu’il s’agit du Togo. Et pourtant, la distance entre Paris et Lomé n’est pas la plus longue entre toutes les autres villes. Le service offert à l’aéroport de Lomé n’est pas ce qu’on peut espérer de mieux dans la région ouest-africaine. Les services au sol ne sont pas les meilleurs parmi toutes ces capitales. Qu’est-ce qui peut donc expliquer la cherté des coûts des billets pour Lomé ? Il nous revient que le service au sol est assuré par la société Handling qui serait la propriété de la « famille royale » au Togo. Si l’Office togolais des recettes (OTR) est ce qu’il dit être, c’est-à-dire une institution chargée de recouvrer les taxes sans distinction dans le pays, la société Handling devrait être redressée, et de la plus belle des manières. Mais sa nonchalance à s’aventurer sur cette piste montrerait qu’il ne maitrise pas tous les arcanes des recettes fiscales au Togo.

Nous avons par ailleurs appris que les autorités feraient de la résistance à ouvrir le ciel togolais à d’autres compagnies comme Turkey Airlines, Fly Emirates, Corsair et autres. S’agissant de la dernière compagnie, Corsair, les voyageurs en provenance et en partance du Togo ont eu à profiter de ses services « low cost » (moins cher), bien que ses vols fussent à des heures tardives. Que s’est-il passé pour que la porte lui soit aujourd’hui fermée au nez ?

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Le secteur aéroportuaire souffre d’un déficit de concurrence, tout comme celui des télécommunications. Mais ce faisant, ce sont les recettes du pays qui en pâtissent, et par ricochet le budget. Les recettes du Port autonome de Lomé (PAL) a déjà commencé à montrer des signes de fébrilité financière du fait du drainage d’armateurs vers des ports voisins, parce que les conditions fiscales imposées asphyxient les opérateurs économiques. Se prépare-t-on à paralyser aussi économiquement l’aéroport ? Quand il faut débourser plus de 154.000 FCFA supplémentaires par rapport au tarif de Cotonou pour faire l’aller-retour entre Paris et Lomé, on comprend tous les Togolais du pays et de la diaspora et tous ceux qui, après leur séjour à Lomé, préfèrent faire le voyage entre Lomé et Cotonou par voie terrestre pour voir le prix du billet réduit de façon drastique.

En rappel, l’ancien Premier ministre togolais Arthème Ahoomey-Zunu, lors de la déclaration de politique générale faite devant l’Assemblée nationale le 18 septembre 2013, avait fait la promesse concernant le prix des transports aériens sur Lomé. M. Arthème Ahoomey-Zunu s’était engagé en ce temps à travailler avec tous les acteurs sur les mesures permettant une baisse des tarifs des transports aériens. Cet engagement sonnait comme une reconnaissance d’une anomalie propre aux vols à destination de la capitale togolaise. C’est dire que le mal ne date pas d’hier, mais que les autorités s’en accommodent parce que personne n’en parle et peut-être aussi du fait que les premiers consommateurs que sont les passagers, trouvent cette aberration normale. Si nous n’avons pas inclus la destination d’Accra, c’est pour ne pas indigner davantage les lecteurs, car la comparaison n’est pas tenable sur ce côté-là non plus.

Source : [04/03/2016] Abbé Faria, Liberté