Des bâtiments éventrés sur le point de s’écrouler, des vestiges de fondations visibles au loin dans la mer, des ossements humains rejetés par les vagues…

Erosion côtière, ce phénomène qui voit la mer avancer et éroder les côtes se vit aussi au Togo. On en parle depuis des années, mais aucune solution pérenne n’est envisagée par les pouvoirs publics pour arrêter les dégâts. L’océan avance donc paisiblement et menace l’existence même des localités situées tout le long de la côte togolaise. Illustrations palpables avec la localité de Kossi Agbavi sise sur la route Lomé-Aného où les fondations de bien de bâtiments sont creusées par l’océan, les condamnant à l’écroulement, des vestiges de maisons englouties par la mer sont visibles…
Kossi Agbavi, le début de la fin
Dessous de fondations de maisons creusés par l’océan, bâtiments éventrés avec des pans entiers de murs inexistant : maisons décoiffées et vidées de leurs occupants…c’est le triste décor qu’offre la façade maritime de Kossi Agbavi, l’une des localités côtières du Togo située sur la route Lomé-Aného. Devant nous ce vendredi 19 février 2016, et sans aucune pitié, les vagues de l’océan, insatiables, continuaient de frapper et creuser sous ces maisons dont la plupart sont déjà vidées de leurs habitants, sans armes devant l’avancée de la mer. Ces bâtiments tiendront encore debout à peine quelques mois, semaines ou même jours. Ils sont condamnés à s’écrouler sous peu.
Dans l’une de ces maisons d’habitation, un homme de la quarantaine s’apprêtait à préparer de quoi mettre sous la dent. Il s’étonnait presque de notre émotion devant le spectacle apocalyptique que l’on voyait.
« Que voulez-vous ? Je suis condamné à rester ici jusqu’à ce que la mer finisse de faire tomber la dernière brique. Je n’ai nulle part où aller (…) », nous dit-il, sourire aux levres. « Avant, de là où je me tiens, il fallait marcher des centaines de mètres avant d’atteindre la mer. Notre maison que vous voyez ici n’était pas la première plus proche de l’océan, plusieurs sont déjà englouties par la mer. On était donc loin de l’océan. Nos mamans et nos sœurs qui allaient acheter du poisson devraient parfois recourir aux services des hommes transporteurs qu’on appelle communément « agbanté » lorsque la pêche est bonne pour rallier le village », témoigne un septuagénaire habitant une maison mitoyenne dont le bâtiment est à peine à cinq mètres du trait de côte et semble tenir encore debout. Mais la cour a commencé à être avalée depuis bien longtemps, et avec de fortes vagues, les eaux montent dans la maison.
Ce qui se passe très souvent, c’est que les vagues de l’océan enlèvent et emportent le sable sous ces maisons, les mettant ainsi en porte-à-faux. Et avec le temps, elles finissent par s’écrouler.
Comme témoin de la rage de l’océan, il nous a été par ailleurs donné d’apercevoir au loin dans la mer lorsque les vagues se retirent, des vestiges des fondations de bâtiments au sol. Signe, si besoin en était encore, que des maisons ont été déjà englouties. Le danger y relatif, c’est de voir les enfants se baigner à ces endroits et se blesser s’ils ont le malheur de chuter sur ces blocs de ciment.

Au regard des dégâts constatés à Kossi Agbavi, et considérant la vitesse de l’avancée de la mer et l’accélération du phénomène annoncée, c’est l’existence même de la localité qui est en question. Après l’effondrement de ces maisons aux fondations éventrées, plusieurs autres passeront aussi à la trappe. Le cimetière, en fait l’un des nombreux, qui se trouve encore à une quarantaine de mètres du trait de côte est aussi menacé. A en croire les témoignages des habitants du village, le chef du village, chaque matin, les gens ramassent des ossements humains rejetés par la mer, en fait des restes de corps enterrés dans un premier cimetière englouti par la mer.
Vidéo : LeTogovi
C’est le même désastre que vivent toutes les localités côtières. A Agbodrafo, l’église catholique est condamnée à être emportée par les eaux d’ici 2017, dans un an donc, si rien n’est fait. « Il y a plusieurs dizaines d’années, on marchait beaucoup avant d’aller à la mer. Maintenant elle arrive même dans les maisons(..) Quand tu te laves, à peine une heure après, tu constates que ta peau est salée », a témoigné une nonagénaire, preuve de la proximité de la mer. Le chef Toudeka de Kpogan Agbetiko confie que le cimetière de la localité a été déplacé déjà à plusieurs reprises. A Aného, il a fallu poser des épis de protection tout autour de la Préfecture pour arrêter l’avancée de l’océan et ainsi la sauver. A cet endroit, l’océan et le lac qui étaient séparés il y a quelques années par une bande de terre, sont reliés aujourd’hui. C’est toute la côte togolaise, de Kodjoviakopé à Aného qui est menacée par le phénomène de l’érosion côtière.























