Après des mois de chaleur étouffante, la grande saison pluvieuse a débuté. Les premières pluies diluviennes accompagnées de vents violents par endroits ont été enregistrées le week-end dernier et dans le courant de la semaine, avec leur lot d’inondations et de dégâts matériels. Et le gouvernement aussi a repris l’une de ses pratiques prisées en ces moments : l’assistanat. On ne change pas une méthode qui ne gêne personne, dira-t-on.

Début de la saison des pluies et ses dégâts
Mardi dernier, la ville de Lomé a connu dans la matinée une très forte pluie. Elle n’a pas trop duré, mais elle est tombée avec intensité. Cette pluie était a priori la bienvenue, au regard de la chaleur étouffante qui sévissait depuis quelque temps. Cela devrait soulager beaucoup de gens qui souhaitaient vivement le début de la saison pluvieuse et le retour de la fraicheur, afin de passer des jours et surtout des nuits agréables, conditions d’un sommeil plus reposant. Mais les dommages collatéraux engendrés sont assez importants et empêchent la jouissance optimale de la fraicheur.
Comme toujours, c’étaient les inondations dans bien de quartiers de la capitale, notamment dans la basse ville. A Hanoukopé, Nyékonakpoè, Cassablanca et autres, les maisons et rues étaient envahies par les eaux. La plupart des artères étaient englouties, la chaussée invisible. L’illustration notoire était le carrefour Fiata. Dans certains quartiers, c’est la mauvaise exécution des travaux de réhabilitation des routes qui est à la base des malheurs des riverains. Le cas palpable, c’est Cassablanca, comme on le rapportait hier, avec les dommages collatéraux des travaux exécutés par l’entreprise multinationale Sogea-Satom.
Ce n’était pourtant pas la première pluie. La saison pluvieuse avait été inaugurée quelques jours plus tôt, samedi notamment, avec une pluie fine mais accompagnée de beaucoup de vent. Un vent qui a aussi créé des dégâts. Il est même signalé des écroulements d’antennes émetteurs de certaines radios à Lomé. Les habitants de la capitale, surtout les quartiers habituellement inondés et ceux qui abritent les travaux de rénovation d’infrastructures approximatifs doivent s’attendre peut-être à vivre pis.
Les populations de l’intérieur aussi ont connu les intempéries de samedi dernier accompagnées de vents violents et de dégats. Ce sont notamment les localités de Kolo-Kpando et de Kologan dans la préfecture d’Agou qui en ont été l’épicentre. On signale des dégâts matériels importants et même des blessés. Selon les informations, ce sont en tout trente-six (36) cases qui se sont effondrées dans la localité de Kologan, 78 à Kolo-Kpando, et six (6) blessés qui ont été enregistrés. C’est la désolation dans les ménages.
Il faut le relever, les populations ne sont pas au bout de leurs peines. La saison des pluies ne fait que commencer, et elles devront s’attendre à subir les dommages des pluies. Si par endroits ce sont les vents qui sont sources de désolations, ailleurs ce sont les eaux. Toute leur prière devra être que le ciel soit clément à leur égard.
Vers le retour de l’assistanat
C’est un rituel institué au Togo depuis l’avènement au pouvoir de Faure Gnassingbé. La pratique consiste à attendre, ne rien prévoir ou entreprendre pour anticiper les dommages des pluies et voler au secours des populations victimes à leur survenue. L’assistanat voit les émissaires du gouvernement, souvent des ministres, déployés sur le terrain à la rencontre des victimes, simulant une certaine compassion des gouvernants à leur égard. Le plus souvent, ils y vont avec des dons de denrées alimentaires et non alimentaires divers, sur instructions personnelles du chef de l’Etat (sic). « (…) Le chef de l’Etat nous a personnellement instruits de venir vous voir et de vous transmettre toute la compassion du gouvernement », voilà de ces genres de propos souvent débités par les ministres, qui distribuent les présents, sous l’œil des caméras et micros des médias d’Etat. Riz, sucre, maïs, tôles, pates alimentaires, nattes…voilà quelques-uns des présents souvent offerts aux populations victimes. Le scénario devrait reprendre sous peu, avec les pluies diluviennes.
Une délégation à la tête de laquelle se trouvait le ministre de la Communication, Guy Madjé Lorenzo était dimanche dans les localités de Kologan et de Kolo-Kpando aux côtés des victimes des intempéries. Les émissaires ont écouté les doléances des populations et promis revenir de si tôt pour les soutenir. « Maintenant que nous avons fait le point avec les responsables de l’Action sociale, nous allons rendre compte et voir les mesures qui seront prises pour venir rapidement en aide aux sinistrés », a déclaré M. Lorenzo. Ces propos devront être suivis sous peu de gestes divers, à la grande satisfaction des populations qui ont vraiment besoin d’aide urgente et conséquente pour se soulager. Et il faut s’attendre sous peu à voir la ministre de l’Action sociale, de la Promotion de la Femme et de l’Alphabétisation, Mme Tchabinandi Kolani-Yentcharé, entrer en scène, pour faire parler ce qu’il convient d’appeler la générosité saisonnière du gouvernement. Tant mieux si cela devrait lui permettre de montrer aux Togolais qu’elle aussi existe au gouvernement et « fait quelque chose ». Dans ce rôle, on ne saurait oublier de rappeler des ministres qui s’étaient beaucoup illustrées dans ce folklore, Méimounatou Ibrahima et Dédé Ahoéfa Ekoué. On pouvait même parler de spécialistes en la matière.
Il n’y a aucun mal à venir au secours des populations victimes d’une catastrophe naturelle. Mais lorsque cela remplace les vraies actions devant être entreprises pour mettre les populations à l’abri de certaines situations, cela laisse à désirer. Dans le cas des inondations dans certains quartiers de Lomé et des dégâts entrainés, c’est généralement le manque de volonté de trouver des solutions pérennes aux problèmes posés et l’amour des panacées qui justifient l’assistanat. Certains quartiers de la capitale connaissent les mêmes problèmes depuis des décennies, du moins depuis l’avènement de Faure Gnassingbé au pouvoir. C’est le cas notamment d’Adakpamé, Kagomé, Kanyi-kopé et consorts. Mais le régime n’a jamais daigné y trouver de solution pérenne. Sous d’autres cieux, des politiques sont mises en place pour anticiper et contenir les dommages créés par la pluie. Mais au Togo, on s’abrite derrière le prétexte de phénomènes naturels, qui frappent même les Etats-Unis d’Amérique, pour se soustraire aux responsabilités du gouvernement. On préfère l’assistanat, simplement à cause des dividendes politiques à en tirer. En effet, c’est à cause des retours politiques recherchés que le pouvoir privilégie ces gestes folkloriques, sous l’œil bienveillant des caméras et micros des médias d’Etat, avec souvent l’emphase des émissaires ou distributeurs de biens dans leurs propos selon lesquels c’est « sur instructions personnelles du chef de l’Etat » qu’ils sont là. Un message indirect envoyé aux populations, comme quoi, le gars prend bien soin d’eux, et elles devront le lui rendre bien le moment venu…
On devrait bientôt s’attendre à la réactivation du fameux plan Orsec (Organisation de secours) institué, apprêter le centre des sinistrés du côté d’Agoè-Logopé, entre autres gestes. Au demeurant, il ne reste qu’à institutionnaliser l’assistanat au Togo, en faire une science étudiable aux universités du pays, lui tailler pourquoi pas un statut spécial comme on l’a fait pour le volontariat, avec la création du machin-truc de Provonat, sa transformation en agence avec dotation d’un budget spécial.
Source : [10/03/2016] Tino Kossi, Liberté























