Le 20 juillet dernier, le Togo a fait comme d’autres pays : lancer un emprunt obligataire pour financer des projets. Si l’opération en soit n’a rien d’extraordinaire, c’est la manière qui interpelle. Car non seulement le ministre Sani Yaya a omis de communiquer sur la valeur individuelle de chacun des actifs mis en garantie pour rassurer le créditeur, ce qui pose le problème de la valeur réelle des actifs du Togo. Douze actifs pour se faire prêter 150 milliards alors que d’autres pays n’engagent que trois actifs, ça fait un peu beaucoup.

A l’instar du Sénégal, de l’Afrique du Sud et de la Côte d’Ivoire, le Togo s’est lancé le 20 juillet dernier dans une opération d’emprunts sukuk, cette autre forme d’instruments de financement de marché, qui sont une alternative aux instruments classiques qui, portant intérêt, sont illicites selon l’islam. Ils sont adossés a un actif sous-jacent (et obligatoirement licite aux yeux de l’islam) dont le rendement est généralement utilisé pour rémunérer les investisseurs, renseigne JeuneAfrique.com. C’est ainsi que
« dans une correspondance adressée à la société Taiba Titrisation, en sa qualité de société de gestion du Fonds commun de titrisation de créances (FCTC), et à la Banque islamique du Sénégal, dépositaire des actifs du FCTC, Sani Yaya, le ministre délégué du Budget du Togo, fait l’inventaire des biens de l’État qui serviront de garantie à l’opération : douze actifs de l’État, dont les sièges de Togo Telecom, de l’Office togolais des recettes, de la Loterie nationale togolaise ou encore de l’Union togolaise de banque. Guy Madjri, expert-comptable du cabinet Deloitte Togo, a été désigné commissaire aux comptes de cette opération »,
nous apprend le journal panafricain dans sa parution de vendredi dernier. Mais à travers l’acte posé par le ministre Sani Yaya, il transparaît une forme de rétention d’information.
En effet, le Togo n’est pas le premier pays à se lancer dans cette forme d’emprunt. Pour la Côte d’Ivoire, c’est la seconde fois, après une première opération lancée en novembre 2015 pour le même montant. A cette occasion, la ministre ivoirienne Kaba Nialé avait fait les choses dans les normes et une cérémonie avait été organisée à propos. Au cours de la deuxième opération, une partie du patrimoine immobilier de l’Etat de Côte d’Ivoire a été mise en garantie : l’immeuble du Centre de commerce international d’Abidjan (CCIA), dans le quartier du Plateau et les tours administratives A et B qui sont le siège de plusieurs ministères. Et, obligation de transparence et de reddition de comptes, les valeurs de ces actifs ont été rendues publiques pour prendre à témoin les contribuables. 98 milliards de FCFA pour le premier et 67 milliards pour les deux derniers. Soit au total 165 milliards de FCFA.
Au Togo, non seulement le ministre n’a pas publiquement communiqué sur l’opération, encore moins le site du gouvernement qui a pris soin de taire les actifs mis en garantie, mais aussi et surtout, rien n’a filtré sur la valeur des douze actifs. Les sièges de Togo Télécom, de l’Office togolais des recettes (OTR), de la Loterie nationale togolaise (LONATO) et de l’Union togolaise de banque (UTB) sont les quatre actifs dont JeuneAfrique a eu connaissance. Que valent ces quatre actifs ?
A quoi servira cet emprunt ? « Cet emprunt, conforme aux règles de la finance islamique, permettra au gouvernement ivoirien de poursuivre les investissements et d’apurer certaines créances de l’État », lit-on. « Le Togo a lancé mercredi un appel public à l’épargne sur 10 ans. La marge de profit est de 6,5% par an et totalement exonéré d’impôts pour les résidents togolais. Le montant total de l’opération est de 150 milliards de Fcfa et le prix d’émission est de 10.000 F », selon le site du gouvernement. Rien sur les objectifs pour lesquels l’emprunt est lancé. Comment veut-on fédérer le peuple autour de cette démarche s’il n’y a pas de communication qui explique dans les détails les tenants et aboutissants ?
L’opération va clôturer demain 10 août. Les émissions dépasseront-elles les espérances ou assistera-t-on à un fiasco ? Le ministre Sani Yaya vient d’être propulsé à la tête du ministère de l’Economie et des Finances. On veut bien croire que s’il n’a rien dit sur la valeur des actifs immobiliers mis en garantie, c’est peut-être par crainte de celui qui, hier, faisait la pluie et le beau temps à la tête des finances du Togo. Maintenant qu’il lui a été donné un congé d’aller voir ailleurs, en attendant certainement l’heure de la reddition des comptes, il n’est pas impossible que les députés demandent au nouveau locataire dudit ministère des éclaircissements sur tous les actifs ainsi que leur valeur.
Source : Abbé Faria, Liberté























