Face à une médiation conduite par l’ex-secrétaire général de l’OUA, Edem KODZO et qui a du plomb dans l’aile, le Conseil de Sécurité de l’ONU, a lors de sa mission de bons offices en RDC, appelé à une transition pacifique et inclusive. Cette transition voulue pour être « pacifique et inclusive » inclura-t-elle Joseph Kabila ? Qui pourrait la conduire ?

La délégation du conseil de sécurité en visite en RDC s’est penchée essentiellement sur la crise politico-constitutionnelle qui prévaut dans ce pays et qui perdure en dépit de la médiation menée par Edem KODZO. Elle a rencontré les acteurs politiques des deux bords qui s’affrontent : ceux de la majorité présidentielle et ceux de l’opposition, notamment du « Rassemblement », la plus grande plateforme de l’opposition. Cette composante de l’opposition, pour rappel, avait opposé une fin de non-recevoir à la médiation d’Edem Kodzo, taxé à tort ou à raison de rouler pour le pouvoir. Elle fait du départ de Kabila, un casus belli. Ses figures de proue sont Etienne Tsisekedi, Moïse Katumbi et Jean Pierre Bemba, détenu à la Haye. A noter que les responsables de l’église catholique ont aussi été entendus par la délégation onusienne.
A l’issue de ces séances de travail avec les protagonistes à la crise, les ambassadeurs onusiens ont demandé une « transition pacifique et inclusive ». Ils excluent, en des termes diplomatiques évidemment, un troisième mandat au profit de Kabila 2nd, estimant qu’elle ne saurait être « la solution ».
Cette position de la délégation onusienne a, bien entendu, rencontré l’adhésion totale de la plateforme des 7 partis politiques : « nous sommes tous d’accord sur le fait que le processus de recherche de solutions à la crise doit être un processus inclusif et crédible », a-t-elle déclaré. Et d’ajouter : « Il faut donc des solutions concertées et consensuelles à la crise ».
S’achemine-t-on vers une transition en RDC sans Joseph Kabila, actuellement au pouvoir ?
Il est sans doute trop tôt d’envisager une telle perspective. D’abord parce que Kabila 2nd n’a nullement l’intention de lâcher le pouvoir au soir du 19 décembre 2016, au terme de son second et dernier mandat en principe. Et il n’hésite pas à se servir de son arsenal répressif pour se faire entendre ou comprendre. A preuve, les répressions sanglantes des manifestations contre son maintien au pouvoir au-delà du 20 décembre 2016. Et sa tendance à rester de marbre devant le tollé que son attitude suscite çà et là.
Ensuite et c’est presqu’une constance ou presque des cours ou conseils constitutionnels en Afrique, Kabila Fils a eu carte blanche des hauts magistrats pour prolonger son bail au pouvoir en RDC. Jusqu’à l’élection du nouveau Président, suivant une interprétation bien tendancieuse de la constitution.
Enfin, rien de ce qu’ont affirmé les ambassadeurs onusiens à l’issue de leurs consultations avec les principaux protagonistes de la crise ne laisse entrevoir cette possibilité. Au surplus, il est question d’une transition pacifique, inclusive. Elle ne devrait donc exclure aucun protagoniste, encore moins le président sortant.
Cependant, un rappel de la position ferme adoptée par le « Rassemblement » pourrait amener à relativiser cette analyse. En effet, cette coalition de partis politiques exclut tout « compromis » susceptible d’habiliter Joseph Kabila à se maintenir au pouvoir au-delà du délai constitutionnel. Bref, pour elle, seule une transition sans Joseph Kabila est envisageable. Et à l’aune des développements auxquels on assiste dans ce pays, il y a bien peu de chance que le « Rassemblement » édulcore sa position, au nom de la paix.
Le manque d’unanimité autour de la personnalité même d’Edem Kodzo suspecté de faire le jeu du pouvoir a valeur illustrative de la radicalisation de la position de ce regroupement de partis politiques de l’opposition sur cette question. En effet, redoutant de servir de caution à une cantate politique dont le but inavoué ne serait que de légitimer les desiderata d’un président qui compte bien jouer les prolongations au pouvoir, il a renvoyé balader l’ex-secrétaire général de l’OUA.
En outre, dans le dossier RDC, les chancelleries occidentales tranchent frontalement avec l’hypocrisie déconcertante à laquelle elles ont habitué l’opinion. Ici le langage « politiquement » ou « diplomatiquement » correct a cédé place à des pressions tout court. Le « Rassemblement » peut donc compter sur une communauté internationale fortement anti-Kabila et une opinion nationale prête à intensifier les pressions de rue sur le président sortant pour l’évincer du pouvoir.
Or jusqu’à un passé récent, Joseph Kabila ne semblait donner aucun signe sur son intention de lâcher le pouvoir au terme de son mandat ni de céder aux pressions de la Communauté internationale mais se plaisait à mater violemment les manifestants hostiles à son pouvoir. En définitive, hormis l’éventualité d’un sursaut patriotique de l’armée congolaise, la volonté de Kabila fils peut s’avérer très déterminante dans le dénouement de la crise. Et il semble bien que sur cette question, les lignes soient en train de bouger.
En effet, le britannique Stephen Hickey en précisant que Kabila restait « attaché à la constitution » a laissé transparaître une lueur d’espoir en ce que cette constitution pouvait toujours être modifiée.
Source : Meursault A., Liberté























