Tchak Sami

« Dans la partie occidentale de l’Afrique, l’on a pratiquement mis fin aux mandats illimités et aux présidences à vie. Sur ce plan, l’Afrique Occidentale est bien différente de l’Afrique Centrale où aucun pays, aucun, n’est passé à ce système des alternances. Là-bas, on y vient au pouvoir pour y rester, on gagne les élections même quand on les perd, on vante un bilan pour justifier qu’un homme se maintienne à la tête du pays tant qu’il le voudra (on y gagne encore des élections à 98% des votes), on gagne ou on gagne, c’est aussi bête que ça. On en a fini avec ça en Afrique Occidentale. Mais, dans cette partie du continent, il y a une exception, un pays qui pourrait bien trouver sa place en Afrique Centrale: le mien Togo. Depuis le 13 janvier 1967, une famille au pouvoir, d’abord le père, de cette date à février 2005 (fin de mandat décidée par la mort), puis, son fils jusqu’à ce jour: un demi-siècle. Et encore, des réformes en vue pour sans doute renforcer ce pouvoir. Retour à une ancienne constitution qui…

Hier, contre ces réformes, des marches dans quelques villes du pays, à l’appel du leader d’un parti d’opposition, le Parti National Panafricain (je ne m’en soucie pas plus que je ne me soucierais de la couleur des sous-vêtements de la première épouse de Dieu). Résultats, dans la ville de Sokodé: au moins sept morts (selon le chef du PNP et d’autres sources), deux morts selon les autorités officielles (certaines sources précisent que parmi les morts, il y a deux militaires ou policiers.) Les images circulent sur whatsapp, facebook, sur d’autres réseaux.

Les morts sont morts, définitivement morts, il n’y a pas un autre destin pour les morts: ils pourrissent et retournent à la terre, définitivement (je n’ai pas une âme de poète pour faire miens les beaux vers sur la vie après la mort.) Mais, combien de morts faudra-t-il encore pour qu’un jour, dans ce petit pays, l’on admette qu’il est temps que nous ayons une réelle alternance, que cinquante ans de règne d’une seule famille suffisent, qu’on peut « essayer » un autre homme ou une autre femme. Notre président est jeune, je suis de cinq ans son aîné. Bien sûr, objectivement, j’ai ma place dans le rang des vieux, lui pas encore, enfin, un peu moins… Alors, il pourrait se reposer. Et si jamais les choses se révélaient pires, hop! Nous le rappellerons.

Une chose est sûre: si après des décennies de règne un homme politique (c’est un truc de mecs, ça, des femmes présidentes à vie nous n’en connaissons pas encore sur ce continent) s’estime irremplaçable, qu’il n’y a que lui pour mener à bien ses projets, alors, il a échoué.

Nous, Togo, cernés par le Bénin, le Ghana, le Burkina Faso et l’Océan Atlantique, nous pourrions nous inspirer de nos voisins ou écouter l’appel du grand large!,,,»

Tchak Sami
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