Une manifestation contre le regime Gnassingbé à Lomé | Archives: DR
Une manifestation contre le regime Gnassingbé à Lomé | Archives: DR

«…Parallèlement, sur la scène internationale, Faure Gnassingbé a considérablement renforcé sa stature diplomatique. Celui que certains présentaient naguère comme isolé est devenu un médiateur régulièrement sollicité dans plusieurs crises régionales. Cette reconnaissance extérieure contribue également à renforcer son image d’homme fort du système…» (Ricardo Agouzou, 11 juin 2026)

Il est très curieux de constater qu’il existe encore des Togolais qui ne peuvent ou ne veulent pas voir dans le comportement insultant à son peuple de Faure Gnassingbé, en se disant médiateur, une fuite en avant, qui n’aurait rien à voir avec l’expression d’une certaine sagesse ou d’une certaine sincérité de sa part. Une telle attitude éhontée n’est destinée qu’à détourner l’attention de la désastreuse situation politique au Togo dont il est le seul responsable. Et les trois pays de l’AES, le Burkina, le Mali et le Niger, en particulier, qui se précipitent de temps en temps à Lomé, et tous les pays qui acceptent la prétendue médiation de Faure Gnassingbé, ont manqué de se rappeler de la sagesse contenue dans ce dicton Tem qui stipule: «Quand un ami promet de vous donner un chapeau en cadeau, il suffit de lever la tête pour voir celui que lui-même porte, et vous saurez s’il en est capable ou pas

Bref, le régime togolais incarné aujourd’hui par Faure Gnassingbé n’est aucunement solide, ni fort. Il est un régime de dictature qui n’a que la force brute pour ne pas vouloir quitter le pouvoir. Et comme tout régime de dictature qui n’a pas de légitimité, la supposée force ou solidité, dont parle notre jeune frère Ricardo Agouzou dans sa publication, n’est en fait qu’une grande faiblesse qui fait que le régime RPT-UNIR au Togo est contraint de recourir à la terreur sur son peuple pour se donner un semblant de légitimité. Et pour expliquer que les malheurs du peuple togolais ne datent pas d’aujourd’hui, nous ne pouvons nous empêcher de faire le parallèle entre la triste histoire togolaise et cellle du Bénin. En effet, au commencement étaient deux dictateurs qui régnaient d’une main de fer sur leurs peuples respectifs, Gnassingbé Éyadéma au Togo et Mathieu Kérékou au Bénin. Ce qu’on avait appelé le vent de l’est, après la dislocation de l’URSS et la chute du mur de Berlin, vint les surprendre au début des années 1990. Les peuples togolais et béninois, et un peu partout sur le continent africain, prirent d’assaut les rues pour dénoncer leurs dictateurs, les nombreuses violations des droits de l’homme, les gabégies économiques et exigèrent une gouvernance plus humaine et plus démocratique. Le Bénin eut sa conférence nationale, la première en Afrique, copiée par d’autres pays comme le Togo. C’était l’occasion d’un grand déballage des abus des années de plomb. Mathieu Kérékou, auquel les conférenciers ne firent pas de cadeau, s’excusa et laissa faire la démocratie, dont on voit aujourd’hui les fruits avec Romuald Wadagni, élu comme 5e président depuis 1990.

Personne aujourd’hui, ne peut évoquer ou fêter la démocratie béninoise sans s’en référer à la bonne volonté et à l’amour de Mathieu Kérékou pour son peuple. Et c’est l’occasion ici de rafraîchir la mémoire à tous les Togolais, de mauvaise foi ou mal informés, qui prétendent, pour expliquer la dramatique situation politique actuelle, que la conférence nationale togolaise fut un échec. Les assises nationales, organisées du 8 juillet au 28 août 1991 et présidées par feu Mgr Philipe Fanoko Kpodzro, furent bel et bien une réussite. Seulement, ayant accepté du bout des lèvres sa tenue, sous la pression de la rue et de la communauté internationale, reclus à Lomé II en ruminant sa colère, Éyadéma Gnassingbé peaufinait son plan machiavélique pour contourner les décisions politiques qui sortiraient de la conférence. Les assassinats d’opposants, dont l’un des premiers, après les assises, fut sans nul doute Tavio Amorin, mitraillé à bout portant à Tokoin-Gbonvié, le 23 juillet 1992, par un policier payé par le pouvoir et bien identifié; l’attaque de la primature pour en déloger le premier ministre de la transition, Joseph Kokou Koffogoh, les tueries de manifestants et les départs massifs en exil. Voilà la stratégie de la terreur, décidée dans les laboratoires de la dictature autour d’Éyadéma, qui venait d’être mise en branle. Et avec une armée peu républicaine, totalement acquise au pouvoir de dictature, Faure Gnassingbé fut imposé aux Togolais, à la mort de son père en février 2005. Et après 21 ans il semble avoir pris goût à un pouvoir aux allures monarchiques et n’a pas l’intention de lâcher prise malgré le caractère calamiteux de sa gouvernance.

C’est pourquoi une affirmation qui fait d’un pouvoir qui doit sa survie aux assassinats politiques, aux enlèvements, aux arrestations tous azimuts, pour un oui ou pour un non, et aux détentions arbitraires pour faire peur, un prétendu régime fort et solide, ne peut pas avoir de consistance. Faure Gnassingbé que Agouzou Ricardo présente dans sa publication du 11 juin dernier, comme «un véritable Tarzan politique, capable de traverser toutes les tempêtes sans jamais tomber», n’est qu’une coquille vide, un tigre en papier qui, sans l’armée tribale à sa disposition, sans l’argent volé aux Togolais, n’est qu’un dictateur aux abois, entouré de béni-oui-oui corrompus et sans coeur. Un tel ramassis de Togolais sans dignité qui ont juré la perte de leur propre peuple, ne peut en aucun cas constituer un régime solide, organisé. «Ils tuent parce qu’ils ont peur», disait un jour Ferdinand Ayité, parlant de l’attitude peureuse des dictateurs. D’autres vont même plus loin pour dire que le pouvoir politique au Togo se trouve depuis longtemps dans la rue. Le Togo n’est pas dirigé. Le peuple togolais est tenu en laisse dans la terreur et dans la peur par Faure Gnassingbé et un entourage civil comme militaire dont il urge de mettre fin à la folie meurtrière.

Samari Tchadjobo
Allemagne

Samari Tchadjobo
Samari Tchadjobo | Photo: S.T