6. Trump dit vouloir s’occuper des « citoyens oubliés ». Les Afro-américains y compris ?
C’est toute élite de l’Administration américaine au niveau fédéral que Donald Trump vient de balayer aux motifs qu’ils « parlent beaucoup, souvent de manière énigmatique» et « agissent peu [21] »…
Lors de son investiture, Donald Trump affirmait qu’il va remettre le pouvoir au peuple et s’occuper des citoyens oubliés (« Forgotten People [22] »). Dans un discours populiste où l’unité des Américains doit reprendre le dessus dès lors que l’on est patriote et nationaliste, il faut s’attendre à voir cette approche se décliner aussi pour les Afro-Américains et au-delà pour les « Africains » en Afrique, où certains autocrates ne doivent leur présence à la tête des Etats africains que grâce à l’appui discret des Etats-Unis.
Les références de Donald Trump à Dieu à plusieurs reprises dans son discours d’investiture et l’importance du « nous (« we ») et le travailler ensemble « working together » entre les populations noires, jaunes, blanches étonnent par rapport à l’ensemble de sa démarche stratégique de campagne où il était question de diviser pour régner, ce qu’il a d’ailleurs abondamment fait pour rester à la tête de son empire immobilier. Alors, est-ce que cette stratégie du diviser pour régner que l’Europe a appliqué en Afrique pour asseoir sa suprématie coloniale et postcoloniale, n’est-elle pas en train d’être appliquée à l’Union européenne en quête d’identité où le chacun pour soi a trop longtemps primé au point de faire de l’Allemagne le chef d’orchestre de cette Union ? Le Brexit « dur [23]» apparaît aujourd’hui comme une réaction contre cette hégémonie qui empêchait autant l’Europe à la carte que l’Europe fédérale. Mais au plan du « business », c’est l’absence de marché réellement commun en Europe qui semble avoir conduit Donald Trump à soutenir le Brexit dur de Mme Theresa May, le Premier Ministre du Royaume Uni. Cette procédure inscrite à l’article 50 du Traité de Lisbonne et prévoyant le divorce avec l’Union européenne pourra malgré tout prendre encore 24 mois au moins.
7. Un « président » vica : volatile, incertain, complexe et ambigu
Toute l’astuce de la communication de Donald Trump consiste paradoxalement à faire croire que le pouvoir est à Washington D.C. et qu’il faut le redonner aux citoyens. Mais tout est fait pour éviter de mettre l’accent sur le pouvoir exorbitant des riches millionnaires qui ne payent quasiment pas d’impôts et s’en vantent (comme Trump lui-même durant la campagne électorale revendiquant d’avoir été « malin ») et qui se retrouvent à la tête de l’Administration américaine et donc de l’establishment que Trump conteste [24].
Les Américains qui ont opté pour le « changement » vers l’inconnu. Ils risquent d’avoir plus à faire à un Président volatile, incertain, complexe et ambigu, qui ne s’embarrasse pas des conséquences de ses décisions et risque ainsi de d’amplifier au plan mondial, le risque d’une volatilité, d’une incertitude, d’une complexité et d’une ambiguïté accrus. Avec la force dont il dispose, il est clair qu’il est ainsi dans la meilleure position pour mettre en cause tous les engagements qui lui semblent inacceptables et imposer l’ouverture de la boite de pandore des contrats « gagnant-perdant ». Comment la Chine qui promeut les arrangements « gagnant-gagnant » va-elle réagir sans représailles et réciprocité ? Comment l’Union européenne amputée du Royaume-Uni pourrait-elle proposer des alternatives face à un axe Etat-Unis-Russie ? Contribuera-t-il à chasser du pouvoir les autocrates africains qui sont la cause principale de la présence de migrants illégaux en Occident ? Oui, si sont en jeu les intérêts des milliardaires qu’il défend avant ceux des citoyens blancs de l’Amérique profonde non urbaine en déshérence identitaire.
Donald Trump a donc un agenda qui sert d’abord les intérêts de ceux qui l’ont financé et moins ceux qui ont voté pour lui.
Face une Amérique dirigée au cours des huit dernières années par un couple noir formé d’un homme métis et d’une femme noire, descendant des agressions esclavagistes des Blancs en Afrique, le bellicisme verbal et bientôt décisionnel de Donald Trump risque de trancher avec l’attitude de conciliateur de Barack Obama. Ce dernier a démontré qu’il était capable de rassembler plutôt que de se recroqueviller sur une politique protectionniste face à un libre-échange néolibéral qui sanctionne au lieu d’accompagner et d’adapter les citoyens aux progrès techniques et d’organisation du travail. Aussi, le seul conseil qu’Afrocentricity Think Tank pourrait adresser au Président Donald Trump et son équipe de millionnaires est de faire preuve d’humilité. Il n’y pas beaucoup de « laissés-pour-compte » blancs, asiatiques, latinos ou noirs aux Etats-Unis qui ont démarré dans la vie avec un prêt de 1 million de $EU.
Donald Trump en débutant avec 1 millions de $EU de son père s’est contenté de louer des chambres à New-York en discriminant les Noirs. Avec l’appui des grandes banques, il est passé à l’immobilier de haut de gamme, les casinos, une université, des grands hôtels, une compagnie d’aviation, puis la construction de grandes « Trump tours », rappelant la Tour de Babel (Babylone [25]), sans oublier de faire de son nom une marque dont la valeur présente et future sur le marché empêchait de le saborder. Alors ce sont des actionnaires naïfs qui ont payé pour les déboires de Donald Trump dans les années 70-80. Des dépôts de bilan et des faillites retentissantes entre 1991 et 2009 et deux divorces ont failli le couler.
Mais la loi informelle du « trop gros et important pour couler » (to big to fail) lui a permis d’éviter des faillites définitives. Ce vendeur et communiquant hors pair a survécu à une dizaine de dépôts de bilan. Il peut remercier La Loi américaine qui permet de se relancer en faisant payer les actionnaires et les fournisseurs. Trump ne s’en est pas privé, notamment avec l’aide de l’un de ses principaux avocats, Michael D. Cohen, un grand spécialiste de l’exploitation des failles dans les dispositifs légaux et fiscaux du pays.
Aussi, L’Administration Trump gagnerait à organiser et financer la mise à niveau des « laissés-pour-compte » par la formation en alternance et en continu avec les nouveaux postes de travail qu’offre un marché globalisé et digitalisé. A vouloir croire que le passage en force récurrent ne sera jamais sanctionné, le 45e Président des Etats-Unis pourrait ne pas être à la hauteur face à l’épreuve d’une crise multiforme et globalisée. Personne ne pourra alors anticiper la réaction d’un Donald Trump imprévisible, c’est-à-dire volatile, incertain, complexe et ambigu. Les médias ne s’y sont pas trompés et tentent par la vérité des faits et de l’information indépendante à mettre fin aux « faits et informations dites alternatives » qui se révèlent n’être pas conformes avec la réalité des faits.
Les dirigeants des partis d’extrême droite européens ont compris l’intérêt de surfer sur la victoire de Donald Trump. Mais l’impossible rencontre secrète entre Marine Le Pen, la candidate du Front Nationale, le parti d’extrême droite française et Donald Trump, permet de croire que les Agendas ne sont pas les mêmes d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique. Mais le lancement d’une extrême droite unie à l’échelle européenne pourrait accélérer l’accession au pouvoir (élections législatives et présidentielles) de ces partis en France, aux Pays-Bas en Italie, en Allemagne, et renforcer d’autres comme la Pologne, la Hongrie, la Grèce…
Il faut espérer que l’opacité dans les arrangements contractuels de son empire immobilier ne servira pas de modèle au cours de son mandat électif de quatre ans tant dans la gouvernance nationale qu’internationale. Au plan social, supprimer d’abord et réfléchir ensuite, sans proposer d’alternatives pratiques sur le terrain, pour remplacer l’assurance santé pour les Américains pauvres dit « Obamacare », relève malgré tout d’une volonté dogmatique de ne pas redistribuer la richesse produite et donc un refus clair de réduire les inégalités. D’ailleurs, ce sont les inégalités des revenus qui ont permis à Donald Trump de devenir Président. Le paradoxe veut que ce soit ce Président qui risque de les accentuer pour n’avoir jamais souffert du froid, de la faim, de la soif, de soins médicaux, encore moins de liberté de s’exprimer. Tout ceci ne pourra pas exclure une explosion de la dette publique qui ressemblerait plus à un transfert de l’argent public aux sociétés privées qui remporteront les contrats d’infrastructures. Si les heureux élus se retrouvent parmi le cercle rapproché des millionnaires amis du Président Trump, le citoyen américain qui a voté pour Donald Trump n’aura que ses yeux pour pleurer. Ce n’est pas cela qui réduira le fossé de plus en plus grossissant des inégalités aux Etats-Unis. Comme quoi, parfois, une bonne fessée aurait peut-être pu, changer l’individu en mieux !
8. Clarifier les enjeux
Donald Trump a bien constaté que l’objectif de la mondialisation néolibérale des dernières décennies soutenue, -voire imposée- par les Etats-Unis et ses multinationales consistait principalement à faire baisser les prix pour les consommateurs. La division du travail, qui reposait en filigrane sur les délocalisations de toutes formes de capacités productives et d’industries, devait se faire sur la base de transferts géographiques et une segmentation à l’infini des chaines de valeurs pour bénéficier de l’avantage des salaires à bas coûts. Autrement dit, qui a dit que la course vers le bas des salaires est une fatalité ? Les tenants du néo-libéralisme ! Aux Etats-Unis et au sein de l’Union européenne, cela a eu pour résultat dans un premier temps de polariser vers les pays dits riches les emplois à haute valeur ajoutée tout en créant de nombreux emplois moyennement ou peu qualifiés dans les services avec d’importantes inégalités en termes de distribution des fruits de la croissance. Il y a donc bien eu des perdants et des gagnants de ce « nouvel ordre mondial de la production délocalisée ». Mais la dynamique est en train de s’inverser.
Les pays émergents sont les premiers gagnants, même si en interne, les inégalités n’ont fait que s’accentuer. Les pays pauvres sont les premiers perdants pour avoir été cantonnés dans le rôle d’exportateurs de matières premières non transformées. Il fallait s’assurer non seulement de la non-transformation en Afrique, mais que les Africains ne consomment pas les produits qu’ils produisent. Donc cette économie extravertie a permis de maintenir l’Afrique dans la pauvreté et conduit l’ONU à apitoyer tout le monde sur ses objectifs de « réduction de l’extrême pauvreté ». Mais sur le terrain, ce sont des autocrates et des dictateurs à qui ce rôle était confié. Ceci même si aujourd’hui une partie des citoyens africains commence à s’émanciper de cette servitude volontaire, comme le montre par exemple la prise de conscience en Afrique de l’Ouest par de nombreux intellectuels et économistes, des effets hautement négatifs du Franc des ex-colonies françaises (CFA) [26].
Alors que les riches entreprises transnationales s’enrichissaient avec quelques effets en cascade sur quelques salariés privilégiés, les élites de la politique américaine n’ont pas compris qu’elles étaient en train de saborder la base industrielle de leur économie. La délocalisation tous azimuts est donc mauvaise pour l’emploi et les salaires décents. L’agglomération industrielle, structurée au sein d’un écosystème de création de valeur ajoutée concentrée sur un espace géographique à l’intérieur d’un pays, permet de créer des emplois décents. Cette approche force les élites dirigeantes à la mise à niveau des qualifications, tout en facilitant la formation en alternance pour les jeunes. Les élites au pouvoir aux Etats-Unis n’ont rien vu, obnubilé par le dogme du « rêve américain » qui repose aussi faussement sur le postulat « ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour le monde… ». Rappelons tout de même que l’on ne mange pas de « MacDonald » en Afrique…
Au contraire, à force de croire au mythe du rêve américain selon lequel chacun a l’opportunité de trouver un emploi et de devenir millionnaire, de nombreux Américains ont oublié que pour maintenir sa position, un millionnaire, doit constamment innover, automatiser, digitaliser et surtout participer à la course des salaires toujours plus tirés vers le bas en usant et abusant de la carotte et surtout du bâton et de la peur. D’où la fameuse formule de « Donald Trump » : « vous êtes viré » !
La résultante d’une telle conception de la société est un déclassement des classes moyennes et une déqualification généralisée des emplois productifs remplacés par des emplois dans les services, emplois souvent à temps partiel. Le système américain, après avoir contribué substantiellement à la crise financière de 2007/8 du fait d’une dérégulation anarchique et d’un refus de contrôle des opérations hors bilan des banques d’investissement, a donc stoppé net la dynamique de l’emploi industriel qualifié et décent. Le budget de l’Etat a vu l’endettement exploser.
Le Président démocrate Bill Clinton avait, en son temps, validé la désindustrialisation pour gagner les élections présidentielles. Les emplois qui ont été créés en grand nombre sous son mandat, -il faut le reconnaître aujourd’hui-, sont des « mauvais emplois », c’est-à-dire des emplois dé-qualifiant dans les services et donnant l’illusion du plein emploi. Ces nouveaux emplois dé-qualifiantes reposaient sur une « reconversion » de l’emploi qualifiée industrielle en un emploi déqualifié dans les services. Autrement dit, la désindustrialisation accélérée de l’Amérique traditionnelle hors grands centres urbains s’est accompagnée d’un plein emploi où « des sidérurgistes ou des travailleurs de l’automobile » perdaient leur emploi, puis en retrouvaient un autre dans « des cliniques pour chiens à des salaires bien moins élevés [27] »… Il fallait alors simplement « relégitimer certaines idées populaires et économiques de gauche et les synthétiser, dans une rhétorique totalement innovante, avec les idées de droite [28]» pour faire émerger le nouveau consensus du « servir les Américains d’abord ». Un milliardaire, expert de la télé-réalité et vendeur hors pair de rêve américain, s’en est emparé pour gagner des élections américaines.
Mais le déclassement est palpable car les salaires des classes moyennes américaines sont passés globalement de 80 000 $EU à 30-50 000 $EU annuellement, d’où pour certains le cumul de plusieurs jobs pour pouvoir vivre, l’impossibilité de se loger en ville et la montée des pauvres et des nouveaux pauvres occultés des statistiques officielles. Les Etats-Unis ont multiplié la création de nouveaux emplois « déclassés » dans les services en substitution des emplois industriels qualifiés. Ce derniers ont été délocalisés dans un monde aux frontières évanescentes dites globalisées. Donald Trump est donc déterminé à récupérer ces emplois industriels en taxant et en accompagnant par des « subventions ciblées » les entreprises qui vendent sur le marché américain mais refusent de localiser leur production au sein des frontières américaines. C’est un élément déterminant du succès ou non de sa politique économique en termes d’efficacité de la dépense publique. Le paradoxe pour un « libéral » comme Donald Trump est que son succès ou son échec sera lié à sa capacité à réussir l’interventionnisme économique de l’Etat. De nombreux grands contrats, et donc les impôts des Américains, risquent d’aller à ses amis millionnaires. Mais qu’importe ?

Le plein emploi sans que l’Etat, ni les entreprises d’ailleurs, n’acceptent réellement de contribuer au financement de la formation en alternance pour les jeunes, de la formation continue, de mise à niveau, de requalifications pour les moins jeunes, n’est pas pérenne. Au final, l’objectif de la mondialisation de faire baisser les prix pour les consommateurs n’a pas réellement été atteints dans tous les secteurs, notamment celui de l’alimentation ou de la construction. Aussi, pour l’Afrique, la mondialisation devra avoir pour objet d’améliorer le bien-être des populations. La consommation n’est qu’une des composantes. Il ne faut donc pas refaire l’erreur de l’Occident pour ceux qui réfléchissent à la société africaine de demain, société qui ne peut continuer à singer les erreurs d’ailleurs.
YEA.
Afrocentricity Think Tank
24 janvier 2017.























