C’est ce qu’on appelle, un coup de théâtre : le président russe Vladimir Poutine a ordonné le retrait de la majeure partie du contingent militaire déployé en Syrie depuis le 30 septembre.
Selon lui, les milliers de raids aériens auraient permis à l’armée syrienne de reprendre l’avantage sur le terrain.
Vladimir Poutine, président russe: “La tâche qui avait été demandée à notre ministère de la Défense a été globalement accomplie et j’ordonne au ministère d’entamer à partir de demain (mardi) le retrait de la majeure partie de nos contingents militaires de la République syrienne.”
Cette annonce surprise intervient au moment où ont repris à Genève de nouvelles négociations entre le gouvernement syrien et l’opposition.
Moscou a déployé plus d’une cinquantaine d’avions de combat, et des troupes.
Les Etats-Unis n’ont pas observé pour l’instant de retrait effectif des forces russes.
Ce retrait militaire russe de Syrie s’explique par la volonté de Moscou de promouvoir un règlement politique du conflit, a affirmé lundi l’ambassadeur russe à l’ONU Vitali Tchourkine. Il s’agit “d’intensifier nos efforts pour aboutir à un règlement politique en Syrie”, a-t-il expliqué à des journalistes.
L’opposition syrienne, elle, a salué sur le principe l’annonce du retrait du gros des forces russes de Syrie, tout en déclarant attendre d’en voir les effets sur le terrain.
“Nous devons vérifier la nature de cette décision et sa signification”, a déclaré à la presse à Genève Salem al-Meslet, porte-parole de la délégation du Haut comité des négociations (HCN), rassemblant les groupes clés de l’opposition. “S’il y a une décision de retirer les forces (russes), il s’agit d’une décision positive, et nous le verrons sur le terrain”, a-t-il dit. Mais “cette décision signifie-telle un retrait des forces ou une simple réduction du nombre des avions, cela reste à vérifier”, a poursuivi le porte-parole.
Économie russe en berne, la véritable raison du retrait?
Voici ce qu’a publié « Libération » au début de l’année
L’économie russe en pleine déconfiture
Rouble en chute libre, pétrole en baisse… Moscou, qui annonce des coupes budgétaires, a cessé de croire aux lendemains qui chantent. Serait-ce le début de la fin du contrat social entre le «tsar» et la population?
Si on se fie aux manchettes de la très propagandiste chaîne russe Sputnik, publiées en ce début d’année, le prix du pétrole devrait remonter à 100 dollars (91 euros) le baril et l’économie russe renouer avec la croissance dès 2017. Malheureusement pour elle, la monnaie, dont le taux de change était remonté cet été à 50 roubles pour un dollar après un change catastrophique en début d’année 2015, vient encore de dégringoler à 77 roubles pour un dollar, tandis que le prix du pétrole s’est lui effondré à 30 dollars le baril, du jamais vu depuis 2003. Plus réalistes que leurs médias, une bonne moitié de Russes, selon un sondage de l’agence Vtsiom, pensent que «les temps les plus durs» sont encore à venir.
Quelles sont les raisons de ces difficultés russes ?

Il y a bien sûr les sanctions européennes décrétées pour dissuader Moscou de continuer à s’ingérer dans la crise ukrainienne et le persuader au contraire de pousser ses poulains séparatistes du bassin du Donbass à oublier leur rêve de «Nouvelle Russie» (Novorossiya). Reconduites pour six mois à la fin de l’année 2015, elles ont essentiellement pour effet de priver la Russie d’accès facile aux marchés des capitaux. Mais la principale cause de la récession russe réside dans l’effondrement des prix du pétrole. Après avoir stagné en 2014, le PIB russe s’est contracté de 3,8% en 2015. En raison de la diminution de la demande chinoise, qui tire à la baisse le marché des hydrocarbures, la plupart des analystes ne pensent pas que l’économie russe va se rétablir en 2016.
Que fait l’Etat russe ?
Il commence doucement à prendre la mesure de la catastrophe. Le président, Vladimir Poutine, lui-même qui, jusqu’à présent, avait plutôt eu tendance à minimiser les problèmes, a reconnu lundi dans un entretien avec l’hebdomadaire allemand Bild qu’en «en agissant sur les marchés internationaux, les sanctions affectent de façon sensible la Russie». Plus pragmatique, le gouvernement a, lui, décrété l’austérité. Sous peine de revivre une crise aussi sévère que celle de 1998-99, a expliqué mercredi le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, «nous devons adapter notre budget aux nouvelles réalités». Tous les ministères doivent préparer des plans de réduction de leurs dépenses de 10 % dès le premier trimestre tandis que l’Etat cherchera de nouvelles sources de revenus en vendant certains de ses bijoux de famille. Il faut dire que le temps presse, car il y a à peine quelques semaines, le gouvernement russe avait finalisé son budget 2016 en tablant sur un pétrole à 50 dollars le baril.
Quels peuvent être les effets à long terme de la crise ?
Le système Poutine est basé sur un échange tacite entre le «tsar» et la population russe : la stabilité (et la prospérité) en échange de votre liberté. Celui-ci est peut-être en train d’atteindre ses limites. L’inflation élevée (12,9 % en 2015 et 15 % l’année précédente) a érodé les revenus réels de la population. L’année 2015 a produit quelque 2 millions de pauvres supplémentaires. Ce sont maintenant 20,3 millions de Russes qui vivent avec un revenu inférieur à 140 dollars par mois. Même les plus aisés sont touchés par la crise, comme le montre la baisse importante de la vente de nouvelles automobiles en 2015. De premiers mouvements sociaux apparaissent dans les régions, comme celui des camionneurs. En cette année électorale, s’il se trouvait menacé, le régime pourrait être tenté de donner un nouveau tour de vis. Le très loyal allié tchétchène de Poutine, Ramzan Kadyrov, a pris les devants en appelant le pouvoir à traîner devant les tribunaux pour sabotage les opposants «qui cherchent à profiter» des difficultés économiques du pays. «Ces gens doivent être considérés comme des ennemis du peuple et des traîtres. Ils doivent être jugés avec la plus grande sévérité pour sabotage.» Un vocabulaire qui rappelle celui de l’ère stalinienne.
Sources : [14/03/2016] EuroNews + Libération [18/01/2016]























