Libéré au forceps le 6 février 2016, les Togolais attendaient sa première sortie officielle. Il a choisi de la dédier à Dieu. Pascal Bodjona était vendredi dernier à la paroisse Saint-Antoine de Padoue pour une messe d’action de grâce. C’était en présence d’une flopée d’acteurs politiques, mais aussi de ses admirateurs.

Caricature : Donisen Donald / Liberté
Caricature : Donisen Donald / Liberté

Mais au-delà de cette reconnaissance au Créateur pour ses bénédictions sur lui, les Togolais s’impatientent de voir l’ancien ministre effectuer sa rentrée politique et surtout savoir sa nouvelle orientation…

Une première sortie pour Bodjona

Ses amis et admirateurs l’attendaient impatiemment après sa libération. Son silence inquiétait énormément. La première sortie officielle, Pascal Bodjona l’a faite le vendredi 11 mars dernier, au travers d’une messe d’action de grâce commandée qui a eu lieu à la paroisse Saint-Antoine de Padoue de Hanoukopé à Lomé.

Ainsi ce vendredi dans l’après-midi, l’ancien ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, son épouse et ses enfants, accompagnés d’une horde d’amis et d’admirateurs, étaient présents pour rendre hommage à Dieu pour sa libération. « Tout est grâce », telle est la phrase qui résume cette messe célébrée par le Père François Laré. Dans son homélie, le curé de la paroisse s’est appuyé sur les enseignements tirés du Livre de la Sagesse. « Comment ne pas rendre gloire à Dieu pour cette liberté retrouvée ? Si le juste est le fils de Dieu, il le délivre toujours. Et c’est ce qui arrive à ceux qui marchent dans la voie de Dieu », a-t-il prêché.

L’officiant a trouvé les mots justes pour appréhender la situation de Pascal Bodjona et le réconforter. « Le mal n’aura jamais un dernier mot devant un chrétien », a-t-il relevé, faisant observer au passage qu’il n’y a que des événements heureux qui attendent ceux qui marchent dans la voie de Dieu. L’ancien ministre a été même fait « Ambassadeur extraordinaire de la miséricorde » par le curé, pour avoir pardonné ses détracteurs – hum- malgré les humiliations subies, et il s’est remis entre les mains de la Vierge Marie. « Je remets mon futur entre tes mains », c’est par ces mots que l’ancien bouclier politique de Faure Gnassingbé a dédié sa vie à Marie. Il n’a pas manqué de remercier tous ceux qui étaient de cœur avec lui durant sa détention.

Plusieurs leaders politiques ou hommes publics tels que Me Dodzi Apevon, Zeus Ajavon, Isabelle Améganvi, Robert Olympio étaient présents à cette messe. Signe sans doute de leur sympathie à Pascal Bodjona. Cette sortie a offert une fois de plus l’occasion pour ses admirateurs de lui témoigner leur soutien. Selon les sources, ce sera la nième messe d’action de grâce organisée depuis sa libération.

A quand la rentrée politique et quelle orientation pour Bodjona ?

« Je mets tout le monde au défi de m’apporter un élément quelconque qui puisse me convaincre que cette affaire demeure une affaire judiciaire (…) Je suis là et je suis serein , je ne porte aucune accusation contre qui que ce soit, mais j’estime et c’est l’occasion de dire bravo à certains de nos magistrats qui sont décidés à dire le droit avec courage en allant vers la reconnaissance de leur serment », tels étaient les premiers mots de l’ancien ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités territoriales à la presse, à son arrivée à Lomé suite à sa libération d’office de la prison de Tsévié le samedi 6 février dernier, amer contre ses détracteurs pour le grief porté contre lui dans l’affaire dite d’escroquerie internationale et qui l’a privé de liberté durant 533 jours. Et sur la question qui importait tout le monde, à savoir son avenir politique, l’homme était catégorique. « Vous me voyez sans avenir ? », a-t-il retourné à un journaliste qui l’avait interpellé là-dessus. « Je viens d’arriver, je suis chez moi ; je vous donne clairement la conviction et le sentiment que le débat est ouvert. Mais l’avenir d’un homme est dicté par son créateur », a-t-il tempéré juste après.

Sur cette problématique, il était légèrement plus prolixe dans l’interview accordée au magazine « Jeune Afrique ». « Je vais prendre le temps de me reposer et de me ressourcer. Mais mon avenir politique est certain. Je n’ai pas encore vu de nuages affirmer le contraire. Il s’agit d’un devoir citoyen de s’intéresser à la gestion et à la vie de son pays. Je n’ai pas subi tout ce préjudice pour disparaître ensuite tranquillement de la scène politique », avait-il répondu au confrère qui lui demandait comment il envisage son avenir politique désormais.

Cela fait exactement trente-huit (38) jours que Pascal Bodjona a recouvré sa liberté de mouvement et de parole. Mais alors à quand sa rentrée politique ? C’est peut-être être trop pressé que de soulever le débat. Mais cette question, tous les observateurs de la scène politique togolaise, les amis, amoureux de la démocratie et de l’alternance dans notre pays se la posent, au regard de la timidité relative sur la scène politique togolaise alors même que des échéances politiques pointent à l’horizon. Malheureusement, le pouvoir est en roue libre, n’en faisant qu’à sa tête.

Au sortir de la messe ce vendredi, Pascal Bodjona n’a pas été bavard. Il n’a laissé aucun indice sur sa rentrée, ni son orientation politique. Doit-on considérer cette messe d’actions de grâce comme une rentrée officielle ? C’est quoi son projet pour le Togo? Si l’on est certain, tel que promis par lui-même, qu’il ne disparaitra pas de la scène politique, la véritable inquiétude est relative à son orientation politique.

Pour un pur produit du pouvoir Rpt/Unir qui a subi des injustices de la part d’un régime et surtout d’un homme qu’il a façonné politiquement, la question se pose avec légitimité. Va-t-il créer son propre parti politique pour avoir les coudées franches ? Il faut avouer que ce sera celui de trop au Togo. Faut-il le rappeler, notre pays compte déjà 110 formations politiques. Fera-t-il alors son adhésion à l’un des partis de l’opposition existant et qui mène déjà le combat de l’alternance ? Difficile qu’il soit aisément accepté par les dignitaires de cette éventuelle formation de son choix, pour un ancien baron du pouvoir qui aura blessé beaucoup de gens au cours de ses années glorieuses.

D’ailleurs les blessures de ses péchés politiques sont encore actuelles. Ou bien Pascal Bodjona va-t-il choisir d’être indépendant des deux principaux courants politiques au Togo, le pouvoir et l’opposition sérieuse, jouer la troisième voix, l’équilibriste, comme aiment à le faire certains leaders politiques au Togo? Malheureusement cette option qui sent l’hypocrisie politique n’a jamais prospéré au Togo, et les leaders qui se sont recouverts de ce manteau ont toujours été multipliés par zéro par les populations. Il y a un certain manichéisme politique tacite au Togo qui voudrait que l’on soit du côté du pouvoir ou de l’opposition sincère pour avoir la cote.

Sur la problématique de la nouvelle orientation politique de Pascal Bodjona, beaucoup d’observateurs doutent de voir l’homme aller frontalement contre ses anciennes amours dont il connait bien la capacité de nuisance. « Un loup déguisé en agneau », telle est l’image que certains lui collent. « Je ne vois pas Pascal Bodjona, aussi intelligent et politiquement armé soit-il, avoir le cran d’affronter le pouvoir que lui-même il a façonné. Il va se faire écraser. Ce qu’il a suivi en détention ne représente rien par rapport à ce dont il a profité du régime. Ce qui l’unit à Faure est plus grand que ce qui les divise (…) », relève un analyste qui appréhende l’avenir politique de Pascal Bodjona à l’aune de la trajectoire suivie par Agbéyomé Kodjo qui, malgré les misères à lui faites par le pouvoir avec sa détention arbitraire dans l’affaire des incendies, est retourné dans les bras de ses bourreaux et s’attable avec eux…Pascal Bodjona n’est peut-être pas Agbéyomé Kodjo. Les jours, semaines ou mois à venir nous situeront.

Source : [15/03/2016] Tino Kossi, Liberté