Il était peint comme le vrai chef de file de l’opposition, en toute méconnaissance des dispositions de la loi N°2013-015 du 13 juin 2013 portant statut de l’opposition. Mais l’intéressé a rompu le silence. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a rabattu le caquet à ceux qui voudraient lui conférer ce titre malgré lui. Lui, c’est Me Zeus Ajavon, le Coordonnateur de l’ex-Collectif « Sauvons le Togo ».

Caricature : Donisen Donald / Liberté
Caricature : Donisen Donald / Liberté

Cette sortie va-t-elle ramener les détracteurs de Jean-Pierre Fabre à la raison et mettre un terme à la polémique stérile sur la paternité du titre de chef de file de l’opposition ?

Zeus Ajavon met les points sur les « i »

Cela ne nous arrive pas souvent de reprendre des pans entiers de l’interview d’un confrère ; mais le jeu en vaut la chandelle. Le sujet est d’actualité et d’une importance capitale que l’on se ferait du mal en l’occultant. Le leader de l’ex-Collectif « Sauvons le Togo », Me Zeus Ajavon à qui certains croient le titre de chef de file de l’opposition revenir, a rompu le silence. Et ce qu’il faut relever, c’est qu’il a cloué le bec aux détracteurs de Jean-Pierre Fabre.

« Je leur réponds par une question simple. Quel est le parti de l’opposition qui a plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale ? Aujourd’hui c’est l’Anc, parce que l’Addi et l’Anc se sont séparés. C’est donc le président de l’Anc qui devient le chef de file de l’opposition. Est-ce que je suis à l’Assemblée ou est-ce que vous avez vu quelque part qu’Ajavon Zeus a été candidat aux élections législatives de 2013 et élu à l’Assemblée nationale? Par quel miracle veut-on qu’Ajavon Zeus soit le chef de file de l’opposition ? Le chef de file de l’opposition est défini par un texte, à savoir le leader du parti d’opposition qui a plus de députés à l’Assemblée nationale, et c’est Jean-Pierre Fabre qui est naturellement le chef de file de l’opposition et on dit que c’est moi. C’est absurde et ça n’a aucun sens », telle est la réponse sèche et sans détour donnée par l’homme, dans une interview accordée au confrère Actu Express, dans sa parution N°364 du 3 février 2016 sur la polémique voyant certains acteurs politiques lui conférer le statut de chef de file de l’opposition.

Il enfonce le clou : « Je vais vous dire que ceux qui veulent m’attribuer le titre du chef de file de l’opposition sont de mauvaise foi. Le Cst dont je fus le président n’est pas une organisation politique. C’est un groupe composé d’associations, des Organisations de défense des droits de l’homme et partis politiques. Raison pour laquelle aucun membre de la société civile n’a figuré sur la liste des candidats aux législatives de 2013. Je leur avais d’ailleurs interdit l’usage du sigle Cst au Parlement. C’est de l’incongruité que de vouloir attribuer le titre du chef de file de l’opposition politique à quelqu’un qui n’est pas politique. Ceux qui ramènent ce débat savent à quel jeu ils se prêtent. C’est l’Anc qui compte plus de députés au sein de l’opposition parlementaire et c’est à Jean-Pierre Fabre que revient le titre du chef de file de l’opposition. Le Cst n’a pas pour vocation la conquête ni l’exercice du pouvoir. Ce débat était clos depuis 2013 et je ne comprends pas pourquoi on le ramène sur le tapis ».

Sur l’argutie tendant à faire croire que les candidats aux législatives de juillet 2013 s’étaient présentés sous la bannière du Cst, il déclare : « C’est un procès qui est dépassé et qui ne mérite plus d’être fait parce que ceux dont vous avez cité le nom savent très bien que les candidatures ont été présentées au nom des partis politiques membres du Cst. Le Cst n’a pas présenté de candidats. Il faut aller voir la demande qui a été adressée à la Commission électorale nationale indépendante. Ces partis politiques ont déposé des candidatures en leur nom individuel. L’Anc a déposé des candidatures en tant qu’Anc, Addi a déposé des candidatures en tant qu’Addi, Obuts a déposé des candidatures en tant qu’Obuts et le Psr a déposé des candidatures en tant que Psr, c’est clair comme l’eau de roche », et d’ajouter : « Au lendemain des élections législatives de 2013, j’avais organisé une réunion de tous les membres du Cst dans mon bureau. Et j’ai informé les partis politiques à l’Assemblée que les organisations de la société civile (ONG, associations et Oddh), membres du Cst leur interdisent l’usage du Cst à l’Assemblée nationale, et c’est pourquoi il n’y a pas eu de groupe parlementaire Cst à l’Assemblée nationale. C’est ainsi qu’ils ont créé le groupe parlementaire Anc-Addi. Celui qui fait semblant de ne rien comprendre est de mauvaise foi. C’est devant tous les membres du Cst que ce débat a eu lieu ».

La fin de la polémique stérile ?

A priori cette sortie de Zeus Ajavon pouvait être prise pour une réaction de plus d’un acteur ou plutôt d’un observateur avisé de la scène politique togolaise, sur un sujet d’actualité ; et on pouvait l’occulter. Mais elle est d’un enjeu capital, par rapport à la polémique de bas étage qui a été entretenue par des opposants (sic) au lendemain de la prise de ce décret d’application par le Conseil des ministres du 25 janvier dernier tenu à Kara.

« Le présent décret détermine les avantages et privilèges du chef de file de l’opposition pour la durée de la législature. Il a rang de président d’institution conformément aux règles de protocole d’Etat et dispose des avantages pécuniaires et matériels. Au titre de ses obligations, le chef de file de l’opposition doit veiller, entre autres, à préserver l’intérêt supérieur de la nation dans le cadre de ses activités et de celle de l’opposition en général, à se conformer au devoir citoyen et républicain et participer aux manifestations publiques officielles auxquelles il est invité ». En lieu et place du soulagement que ce décret fixant les modalités d’application de la loi N°2013-015 du 13 juin 2013 portant statut de l’opposition devrait entrainer au sein de l’opposition, car rendant enfin possible l’application d’une loi votée depuis 2 ans et demi, c’est plutôt à une animosité que l’on assisté de la part de certains camarades (sic) de Jean-Pierre Fabre. C’était quasiment l’émeute dans les rangs d’une certaine frange de l’opposition.

Ils étaient quatre leaders à se transporter sur une radio de la place le mercredi 27 janvier, pour s’en prendre à Jean-Pierre Fabre à qui profitait ce décret : Me Tchassona Traoré, le président du Mouvement citoyen pour la démocratie (Mcd), Gerard Adja de l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts), Dr Nagbandja Kampatib de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (Addi) et Abass Kaboua du Mouvement des républicains centristes (Mrc). C’était le moment de lui contester ce titre de chef de file de l’opposition, de faire une fixation sur les avantages que lui concède le gouvernement par ce décret et le dézinguer. C’est Abass Kaboua qui s’était le plus illustré, avec véhémence, dans cette fatwa lancée contre Jean-Pierre Fabre, lui déniant ce statut. « S’il y a un chef de file de l’opposition aujourd’hui, c’est le leader du CST qui reste jusqu’à preuve du contraire Me Zeus Ata Mensah Ajavon », a-t-il martelé, gerbant pour le fait que ce soit Fabre qui porte l’étiquette. Il s’était employé à démontrer que les députés de l’Anc et de l’Addi ont été élus sous la bannière du Cst.

« Aucun texte ne dit que ce personnage doit être député, c’est faux! Hors de l’Assemblée ou dans l’Assemblée, le texte est resté flou là-dessus. C’est pour cela que le Mrc va conduire directement les gens en justice », a-t-il prétendu. Et pourtant la loi portant statut de l’opposition est claire en son article 24 : « Le chef de file de l’opposition est le premier responsable du parti politique appartenant à l’opposition au sens de l’article 2 ci-dessus, ayant le plus grand nombre de députes à l’Assemblée nationale (…) ». C’est donc particulièrement à Abass Kaboua que cette sortie de Zeus Ajavon est destinée. Va-t-il retrouver la raison et rentrer dans les rangs ? Au-delà de sa personne, les jaloux des acquis de Fabre vont-ils mettre fin à la polémique ? Autant de questions qui restent posées.

Il faut le relever, il y a une meilleure approche à faire de ce décret d’application de la loi portant statut de l’opposition pris, pour tout acteur de l’opposition doué de bonne foi et soucieux du sort du peuple togolais. C’est peut-être ce que la Secrétaire générale de la Convention démocratique des peuples africains (Cdpa), Mme Brigitte Adjamagbo a souligné. « Ce que nous attendons de lui, c’est qu’il utilise ce titre pour faire avancer la lutte pour l’alternance. Ça a été toujours l’objectif de la Cdpa et du Cap 2015. D’ailleurs, c’est ce qui nous rassemble là-bas. Et nous sommes heureux de l’entendre dire que c’est ce qu’il va en faire », a-t-elle déclaré sur le sujet.

Source : Tino Kossi, Liberté