
Mettogo, Star Metal, Gravita… ces géants qui asphyxient homme, air et terre
Au Togo derrière, l’essor fulgurant des usines de recyclage indiennes, un secteur pourtant présenté comme écologique se cache une crise environnementale et humaine. Dans l’indifférence, Gati, un des épicentres de cette industrie, s’empoisonne. Autour des usines de recyclage de plomb, les taux de contamination explosent, l’air brûle les poumons et les sols dépassent des seuils de toxicité alarmants. Ce reportage révèle l’envers toxique d’un empire industriel qui étouffe santé, air et sols au nom du profit. Comment un recyclage non encadré, des multinationales indiennes imposent aux populations un risque sanitaire d’une ampleur inédite. Une enquête de Truth Reporting Post (TRP) et The Examination qui met au jour un système opaque où économie verte rime avec désastre environnemental.
Préfecture de Zio, à 50 kilomètres à l’est de Lomé, Gati, un village, devenu épicentre des usines de recyclage s’étouffe sous le Plomb du désespoir. « Même dans nos chambres, cette odeur nous envahit. Ce matin, j’en ai fait les frais. Aujourd’hui même, au petit matin, il nous était impossible de respirer. Et c’est souvent le cas. C’est notre quotidien ici. Souvent, vers 4 heures du matin, la situation empire. L’odeur est si forte qu’on ne peut imaginer à quel point elle nous intoxique… et pollue notre environnement ».

Mardi 29 juillet 2025. 07 heures. Le soleil à peine levé. Déjà, depuis, 05 heures, l’air est irrespirable. Une odeur âcre, métallique, colle à la peau et provoquent des vomissements. Les habitants toussent, suffoquent. Les enfants et les femmes enceintes endurent.
« On sent une odeur qui monte jusque dans la tête. Après, on tombe malade. On tousse beaucoup. Respirer devient difficile. C’est la même chose chaque jour, matin et soir », une situation que déplore un enfant d’une douzaine d’années rencontré ce jour avec son père.
Les mères ferment les portes, calfeutrent les fenêtres. En vain. L’odeur s’infiltre partout, se répand dans les moindres recoins. Même à l’église, le petit Jésus en subit le plein fouet. Comme le témoigne une vendeuse de plats de riz au bord d’une route à Gati Sun.
« Quand le vent change de direction, il nous emporte toute cette odeur… ça nous étouffe. C’est surtout au petit matin, vers 03 heures, que la situation devient intenable. Ce matin encore, à la messe matinale de 06 heures, c’était pareil : tout l’intérieur de l’église sentait. On craint pour nos enfants, on redoute les séquelles que cette pollution pourrait laisser sur leur santé », s’inquiète-t-elle. Gati croupit sous le poids invisible d’un poison.
Le coupable ? Mettogo, affirment les riverains. Une industrie indienne de recyclage de plomb et de batterie. Elle partage la même aire d’implantation avec Star Metal qui fait aussi dans le recyclage.
Exposé au plomb, les populations de Gati redoutent que l’inhalation de cette odeur insupportable ne laisse des séquelles sur leur santé à long terme. De l’avis des experts, l’exposition au plomb peut avoir des effets dévastateurs sur l’organisme. Cette contamination, souvent invisible, touche particulièrement les enfants et les femmes enceintes, provoquant des troubles neurologiques, des retards de développement, ainsi que des risques accrus de maladies cardiovasculaires.
Selon l’OMS, « l’exposition au plomb constitue un important problème de santé publique, dont on estime qu’il a représenté 900 000 décès dus aux effets à long terme et 21,7 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité en 2019 ». « L’inhalation de plomb sous forme de vapeurs ou de particules est une voie d’exposition professionnelle majeure », a-t-elle rapporté.
Comme le décrit l’OMS (Organisation mondiale de la santé), « les effets toxiques incluent des symptômes gastro–intestinaux tels que: anorexie, douleurs abdominales, nausées, vomissements, diarrhées ou constipation; des symptômes neurologiques tels que: céphalées, léthargie, irritabilité, ataxie, convulsions tonicocloniques, opisthotonos, œdème cérébral et hypertension intracrânienne; des caractéristiques hématologiques telles que l’anémie, parfois avec ponctuations basophiles; et des signes de dysfonctionnement rénal ou hépatique ».
« L’encéphalopathie saturnine est plus fréquente chez les enfants que les adultes et les survivants peuvent garder des séquelles telles qu’un retard mental et des troubles convulsifs », précise-t-elle.
La présence de plomb dans l’environnement provient en grande partie de son extraction, de son traitement et de son utilisation par les hommes, comme l’indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’intoxication au plomb liée au recyclage non sécurisé des batteries au plomb usagées (ULAB) est identifiée par les Nations Unies et d’autres organisations spécialisées comme un grave risque sanitaire, particulièrement dans les pays en développement.
En file indienne. Le Togo s’installe dans la ruée vers le plomb. Mais avec une installation anarchique des usines de recyclage. Derrière la promesse du recyclage, un danger silencieux. Sous couvert d’économie verte, ces usines qui semblent redonner vie aux batteries et aux déchets solaires asphyxient. Un impératif industriel devenu fléau pour la santé humaine et l’environnement.
Sur la liste, Mettogo, Gravita, Star Métal, Casse Métal, Dieu Miséricorde et 1001 Piles, entre autres. Ces sociétés spécialisées dans le recyclage des batteries usagées et la production de fonte de plomb, un secteur aussi lucratif que controversé.
Gravita. Parmi elles, la plupart sont des multinationales indiennes. Les plus visibles, Gravita Togo SAU, Mettogo ou Star Metal Togo. Selon une enquête de The Examination publiée en 2023, l’expansion en Afrique de ces industriels fait l’objet des critiques. Leurs activités sont à l’origine de plusieurs maux pour l’environnement et la santé humaine.
« Les experts considèrent le recyclage des batteries comme étant l’activité industrielle la plus polluante au monde. Dans les cas les plus graves, les émissions de l’industrie (fumée, poussière, produits chimiques, eaux de ruissellement) contaminent l’environnement sur plusieurs générations et le corps humain en est affecté pour toute la vie », a ressorti l’enquête de The Examination qui précise que « le marché en Afrique devrait atteindre plus de 6 milliards de dollars au cours de cette décennie ».
Créée en 2021, Gravita Togo SAU, filiale de la multinationale Gravita India Limited a installé son usine à Lilikope, dans la préfecture de Zio, à 45 kilomètres au nord de Lomé. Rajat Sharma est son Administrateur général.
Là, au cœur d’une zone encore rurale, l’entreprise fond chaque année des milliers de tonnes d’aluminium et de plomb, destinées à l’exportation vers l’Inde, la Chine, la Thaïlande, la Corée et le Vietnam. Une activité florissante, mais dont l’empreinte environnementale et humaine soulève déjà des inquiétudes.
Au Sénégal comme au Ghana, où elle est également implantée, Gravita est accusée non seulement de ne pas respecter « les recommandations en matière de sécurité », mais aussi d’être à l’origine de maladies et de pollutions, a révélé The Examination. Le média qualifie d’ailleurs cette multinationale indienne de « Tchernobyl local ».
Pendant ce temps, sa maison mère, Gravita India Ltd, affichait, selon la même enquête, un chiffre d’affaires global de plus de 336 millions de dollars il y a deux ans.

A Gati, Star Metal et Mettogo. Un autre leader du recyclage et de la transformation des métaux au Togo est créé en 2023 : Star Metal. Située dans la préfecture de Zio entre Gbatopé et Gati sur la route allant vers Tabligbo, à quelques encablures de Mettogo, cette industrie dirigée par l’Indien Praveen Sharma se spécialise dans la production de produits semi-finis en aluminium et en plomb. « Nos produits sont utilisés non seulement au Togo, mais également en Inde et dans d’autres pays », confiait en 2024, Praveen Sharma au confrère en ligne Plateau-Actu.
Officiellement, Mettogo est une Société à Responsabilité Limitée Unipersonnelle, dotée d’un capital social de 150 millions de FCFA. Selon des actes signés à Lomé le 23 novembre 2022, Naveen Gupta et Nitin Sharma, (ce dernier étant déclaré en 2014 comme gérant et associé unique de Metword TOGO Sarl U) ont cédé la totalité de leurs parts — respectivement 80 % et 20 % — à la société Fortuna Holding Limited, représentée par Nitesh Gupta. Mettogo passe ainsi sous le contrôle total de Fortuna Holding.

Nitesh Gupta est actuellement directeur chez Metworld DMCC basé à Dubaï (Émirats arabes unis). Il est également directeur général de KING IVOIRE SARL, une société basée depuis 2009 en Côte d’Ivoire qui est leader dans la fabrication et la vente de barres d’acier renforcées. Il a précédemment travaillé chez Limitless You Games, Finlayer, Genie Kids Mindfulness et KOSMC.
Située dans la préfecture de Zio à Gati à quelques encablures de Star Metal, cette Indienne de recyclage se présente comme une raffinerie polyvalente. Derrière ses murs, Mettogo se spécialise, entre autres, dans le recyclage des batteries au plomb.
Parmi ses principales installations, se trouvent notamment un entrepôt de stockage des batteries usagées, un centre de dénoyage des batteries un atelier de fusion et de moulage du plomb. Mais derrière ses murs, des fumées épaisses. Des promesses du recyclage du plomb, un empire industriel qui empoisonne l’environnement et la santé des populations riveraines.
Et depuis, la vie à Gati s’est changée en lutte respiratoire. Le souffle manque. Le vent ne porte plus le parfum des champs, mais celui du métal brûlé. Des odeurs toxiques inondent les toits et dénaturent l’air ambiant. Au matin, elles s’invitent dans les poumons. « On ne respire plus. On survit », lâche un habitant.
Dzokpé Kudzo, cultivateur et père de famille dépassé par l’intenable quotidien se résigne. « On a du mal à respirer, surtout tôt le matin, au réveil. Nous souffrons énormément. Mais que dire? ». Et d’ajouter : « nous sommes condamnés à supporter une situation qui nous détruit à petit feu. En réalité, nous avons tous des problèmes respiratoires. L’air provoque même des vomissements — chez les enfants comme chez les adultes. Personne n’est épargné ».
Les périodes de fraîcheur sont les pires. Pendant la mousson, pendant l’harmattan, l’odeur s’épaissit. N’en pouvant plus, les habitants dénoncent le silence. L’inaction. Les autorités, disent-ils, ferment les yeux. Gati attend des réponses. Des actes. Mais de l’air, simplement.
« On ne peut plus sortir de chez nous sans avoir des maux de têtes et des nausées. On ne peut plus profiter des moments de fraîcheurs du matin ou du soir sans être incommodé par cette odeur pestilentielle. On a l’impression que personne ne nous écoute », nous confie notre interlocuteur.
Le souhait le plus ardent, pour Dzokpe Kokou est qu’on nous trouve enfin une solution à cette situation Gati vit depuis l’implantation de Mettogo. « Sinon, la vie devient vraiment invivable. Nous interpellons d’abord nos autorités locales. C’est à elles de se pencher sérieusement sur ce problème et de trouver une véritable solution ».
La solution ? C’est aux gouvernants de prendre cette situation à cœur, pour notre bien-être. « Soit en déplaçant l’usine plus loin, soit en installant un système qui absorbe ces gaz toxiques », suggère un habitant de Gati.
Pour Agbetossou Kodjo, président du CVD (comité villageois du développement) de Gati Sun « le mieux serait que les gouvernants arrivent trouver une solution à ce problème qui ne fait que durer ». « Ceci pour le bien-être des populations y compris ceux qui travaillent dans cette usine. Une bonne approche de solution à cette situation permettra de préserver la santé de nos populations et de construire un présent vivable et une coexistence pacifique », a-t-il ajouté.
Mettogo appartiendrait à une filiale d’une multinationale basée à Dubaï aux Émirats Arabes Unis. Il s’agit de Metworld group qui a étendu ses activités au Togo. Sous la dénomination Metworld Togo SARL-U, la société, créée depuis 2014, semble avoir pour objectif de développer des activités tant au niveau local qu’international.
Dotée d’un capital social d’un million de francs CFA, Metworld Togo SARL-U est dirigée par l’associé unique, Nitin Sharma, qui en assure la gestion pour une durée illimitée.
Selon nos documentations, Ankit Gupta est le directeur général de Metworld DMCC. Au sein de ce groupe, Nitesh Gupta assure la direction de la filiale Mettogo.
De Lomé, ces sociétés de recyclage exportent des plombs vers l’Inde. Dans la pratique, des observateurs contactés y voient une forme de « blanchiment industriel » : le plomb fondu en Afrique, souvent dans des conditions sanitaires précaires, change de statut juridique en passant par une zone franche comme Dubaï avant d’être réintroduit dans la chaîne industrielle indienne.
De Lomé à Mumbai : itinéraire triangulaire du plomb togolais
Plomb togolais, profits indiens : au cœur des usines togolaises, le plomb prend la route de l’Inde avec un détour à Dubaï.
A Gati, un employé de l’usine de Mettogo nous confie que plusieurs conteneurs destinés à l’exportation sont chargés à hauteur d’une vingtaine tonnes de plomb. « Ainsi, lorsque la production se déroule normalement, l’usine est en mesure de remplir jusqu’à cinq conteneurs de 27 tonnes par semaine », précise-t-il. A en croire à ce témoignage interne, le produit fini, une fois traité, est directement exporté vers l’Inde et d’autres pays étrangers. Il confie que l’usine dispose de trois fours fonctionnant en continu, avec trois chargements répartis sur un cycle de 24 heures.
Il nous informe : « le premier chargement atteint 7 tonnes, le deuxième 6 tonnes et le troisième 5 tonnes. Le premier four reçoit le chargement A, correspondant aux 7 tonnes. L’ensemble des chargements — 7, 6 et 5 tonnes — doit être entièrement traité dans un délai théorique de 24 heures, même si la durée réelle peut s’étendre jusqu’à 26 ou 27 heures ».
D’après les données issues de son témoignage, la répartition des charges entre les trois fours est la suivante :
* Premier four : 7 tonnes, 6 tonnes, 5 tonnes ;
* Deuxième four : 6 tonnes, 6 tonnes, 5 tonnes ;
* Troisième four : 5 tonnes, 4 tonnes, 4 tonnes.
Pour un seul four, précise-t-il, « notamment le premier, la production atteint ainsi 18 tonnes sur 24 heures, parfois 26 à 27 heures lorsque le fonctionnement se déroule sans incident. Une fois ce volume traité, le cycle est considéré comme achevé ».

Le témoignage précise également que « le chargement A, lorsqu’il est finalisé en 6 à 7 heures, permet de récupérer sur les 7 tonnes environ 4 à 4,5 tonnes de plomb. Pour le second chargement de 6 tonnes, la récupération se situe autour de 4 tonnes ou 3,5 tonnes. La dernière bâche présente des résultats similaires ».
Le Dr. Atiemo Sampson du Mountain Research Institute, avec qui The Examination a pu s’entretenir, rappelle que cette problématique est déjà connue au Ghana, au Sénégal, ou encore au Nigeria, mais qu’une action régionale tarde à venir face aux problèmes sanitaires grandissant face à cette tendance en Afrique.
Selon des données d’import-export que The Examination a pu consulter, plus de 10 envois de plomb refondus ont été expédiés depuis le Togo en 2024 et 2025 à destination de trois sociétés indiennes, dont la société « Skylead » avec laquelle a tradé l’une des sociétés en question: Star Metals. Selon des données d’exportation, Mpower Resources Trading basé aux Émirats « commercialise pour le compte de Star Metals » au Togo. Contacté par notre partenaire The Examination, le patron de Star Metal répond que sa société ne fait pas partie de Mpower Resources Trading.
Tout compte fait, des sources indiquent que ce sont des centaines de tonnes de plomb qui sortent annuellement des fonderies de ces recycleurs togolais à destination de l’Inde de tonnes de plomb. Pendant ce temps, santé, air et terre, tout s’asphyxie. Les populations subissent de plein fouet les effets du plomb : environnements, riverains intoxiqués et en l’absence de normes de sécurité, ouvriers livrés à eux-mêmes travaillent sous le feu et dans la fumée dans des conditions précaires.
The Examination a consulté différentes sources de données de commerce international notamment UN Comtrade. Derrière des données provenant de UN Comtrade, base de données d’échanges commerciaux des Nations Unies que The Examination, se cache un paradoxe saisissant : le Togo exporte sa pollution au nom du recyclage, pendant que d’autres en récoltent les bénéfices.
Les registres douaniers révèlent une série d’expéditions de Remelted lead blocks, du plomb refondu, entre 2022 et 2024. Elles partent aussi de Mettogo.
On y voit apparaître une chaîne d’exportation structurée reliant :
* Mettogo Recycling SARL (Lomé, Togo) → recycleur de plomb,
* Metworld DMCC (Dubaï, Émirats arabes unis) → intermédiaire commercial (trader international de métaux),
* Skylead (Mumbai) et Raj Finoxides Pvt. Ltd. (Kolkata) → importateurs indiens, destinataires finaux.
Des documents d’exportation révèlent une facette plus subtile du circuit commercial du plomb.
Les cargaisons expédiées en 2023 ne partent pas directement vers l’Inde. Sur les documents, un nouvel acteur s’intercale : Metworld DMCC, une société basée à Dubaï, qui agit « au nom de Mettogo Recycling SARL », c’est-à-dire elle agit comme intermédiaire commercial pour Mettogo Recycling, avant que les cargaisons n’atteignent des entreprises indiennes.
À l’autre bout de la chaîne, les destinataires restent indiens : Skylead (Mumbai) et Raj Finoxides Pvt. Ltd. (Kolkata), deux industriels spécialisés dans la métallurgie et la fabrication de produits à base de plomb.
Contactés, les responsables de Mettogo n’ont pas donné suite à nos sollicitations.
Metworld DMCC est un négociant international de métaux, connu pour ses activités de transit dans le Golfe. Cela laisse-t-il penser à une tentative pas de masquer l’origine réelle du métal, d’optimiser la fiscalité et de fluidifier les transactions ?
Toujours est-il que ce détour par les Émirats n’est pas anodin : Dubaï est une plaque tournante mondiale du commerce de métaux recyclés, où transitent d’importants volumes avant d’être réexpédiés vers l’Asie, indiquent nos recherches.
Sociétés d’intérêt au Togo en termes de commerce international de plomb recyclé:
* Mettogo Recycling Sarl
* Star Metals Sarl
Sociétés qui ont expédié du plomb depuis le Togo:
The Examination a consulté différentes sources de données de commerce international, montrant qu’entre 2022 et 2024, Mettogo Recyling Sarl expédiait du plomb recyclé vers l’étranger. Tandis que Star Metals Sarl expédiait quant à lui au cours de 2024.
Destinataires de Mettogo et Star Metals:
Selon les informations consultées par The Examination auprès de différentes sources de données de commerce international, Recmet Alloys Pvt Ltd, Yash Pigments Ltd, Skylead and Raj Metal Industries font partie des destinataires ayant reçu du plomb recyclé en provenance de Mettogo Recycling Sarl and Star Metals Sarl, entre 2022 et 2024.
The Examination, un média d’investigation basé à Washington, DC, a récemment plongé au cœur des dangers liés à la contamination au plomb à l’échelle mondiale, en analysant les chaînes de production impliquées.
En collaboration avec ses partenaires locaux – Truth Reporting Post (anciennement Togo Reporting Post) au Togo, Premium Times au Nigéria, Joy FM au Ghana, et Pambazuko en Tanzanie –le média a lancé une enquête approfondie sur l’essor inquiétant des usines de recyclage de batteries plomb-acide. Un secteur en pleine expansion, mais qui opère sans un cadre sanitaire adéquat, exposant ainsi les populations vivant à proximité des sites de traitement à des risques de contamination mortels pour les riverains, mais aussi pour les ouvriers qui y travaillent.
Gati, Akodésséwa, Lilikope, des zones à risque : des fruits contaminés jusqu’à 6 400 fois la norme
Les résultats de cette enquête révèlent des pratiques souvent dangereuses et des conditions de travail précaires dans ces usines, où les normes de sécurité et de santé sont largement ignorées. Cela conduit à une exposition disproportionnée au plomb, un métal toxique aux effets dévastateurs, notamment sur le développement neurologique des enfants et sur la santé des adultes.
Au Togo, le Professeur Aboudoulatif Diallo, Pharmacien, Toxicologue et Enseignant-chercheur en Toxicologie à l’Université de Lomé, s’est associé avec Truth Reporting Post et The Examination afin de mener la première étude préliminaire dans le pays sur les indicateurs de pollution au plomb lié au recyclage de batteries. Il explique à The Examination que cette problématique est encore émergente au Togo, et que le soutien apporté pour la réalisation de ce projet va permettre les premiers prélèvements faits dans le pays en vue d’étudier de possibles contaminations liées à ce recyclage.

Cette étude réalisée en juillet 2025 sur cinq sites de recyclage de batteries au Togo, révèle des niveaux élevés de plomb dans les sols. Les usines concernées étaient : Star Metals, Mettogo, Gravita, Dieu Misericorde et Casse Metal.
Points-clé de l’étude du Professeur Aboudoulatif Diallo:
L’étude de l’équipe de recherche du laboratoire de pharmacologie et de toxicologie de faculté des sciences de la santé de l’Université de Lomé (Togo) a permis d’établir les points suivants : Sur 21 échantillons de sol prélevés à proximité de sept entreprises de recyclage de batteries, 14 contenaient des niveaux de plomb jugés par l’Agence américaine de protection de l’environnement comme nécessitant un nettoyage. Les scientifiques ont trouvé les niveaux de plomb les plus élevés dans une décharge située près de l’entreprise Mettogo, qui opère à l’ouest de la ville de Gati. Les scientifiques ont également trouvé du plomb dans des ananas et des tomates à des concentrations plus de 6 400 fois supérieures à la limite maximale recommandée par les Nations unies. Les échantillons ont été prélevés à 20 mètres, 50 mètres et 100 mètres des usines. Les usines soumises aux tests étaient : Star Metals, Mettogo, Gravita, Dieu Misericorde, Casse Metal. L’étude conclut à la nécessité d’une « action urgente », telle que « la mise en œuvre de réglementations strictes sur la gestion des déchets de batteries, la surveillance régulière de l’environnement des sites contaminés et des programmes de sensibilisation pour les communautés exposées ». Interrogé sur ces résultats, les auteurs alertent sur le fait que ses taux de contamination des sols “alarmants” représentent un risque sanitaire pour les personnes vivant et travaillant à proximité des sites testés.
L’étude a été effectuée dans deux zones où « se développent des activités formelles et informelles de recyclage de batterie et de récupération de ferraille », notent les scientifiques. Il s’agit des zones urbaines notamment à Akodésséwa, TP3 et des zones rurales comme Gati, Gbatopé et Lilikopé.
En milieu urbain ces sites sont situés « à proximité des habitations, des points d’eau et de zones maraîchères, ce qui accroît le risque d’exposition directe des populations aux contaminations », précise l’étude. Et d’ajouter : « les sites ruraux, majoritairement agricoles, sont utilisés pour les cultures vivrières, l’irrigation et l’abreuvement du bétail ». Elle souligne que le pâturage des animaux à proximité de ces zones contaminées favorise le transfert des polluants vers la chaîne alimentaire, « exposant ainsi les populations de manière indirecte mais significative ».
Sur 21 échantillons de sol prélevés, 14 contenaient du plomb à des niveaux considérés par l’Agence américaine de protection de l’environnement comme nécessitant un assainissement. Des scientifiques ont découvert la plus forte concentration de plomb dans une décharge située à proximité de l’entreprise Mettogo, qui opère à l’ouest de la localité de Gati. Ils ont également trouvé des ananas et des tomates contenant plus de 6 400 fois la limite maximale recommandée par les Nations Unies.
En effet, les résultats de cette étude scientifique ont révélé des tendances préoccupantes notamment dans les zones rurales, où les concentrations en plomb sont nettement plus élevées que dans les zones urbaines.
Dans l’eau, le sol et les végétaux, une contamination alarmante
L’étude met en évidence que certaines zones rurales, en particulier celles proches d’activités agricoles intensives ou de sites industriels, présentent un niveau de contamination par le plomb particulièrement élevé, dans les sols, l’eau et les végétaux dépassent les seuils de sécurité recommandés par les organisations ou institutions sanitaires internationales, notamment Codex Alimentarius, l’OMS, la FAO ou l’USEPA (Agence de Protection de l’Environnement des États-Unis)[1]
Concentrations en plomb dans les échantillons témoins d’eau (concentration Mg/L)
Par exemple, l’eau de forage des zones rurales présente une concentration de plomb beaucoup plus élevée (0,2100 mg/L). Un niveau qui dépasse « les seuils recommandés par l’OMS/FAO et l’USEPA, traduisant une pollution déjà significative dans certains environnements », alerte l’étude.
Sur le site GRAVITA à Lilikope, l’eau de puits contient 0,6210 mg/L de plomb, bien au-dessus du seuil recommandé par l’OMS de 0,01 mg/L pour l’eau potable. Des concentrations similaires se retrouvent également sur des sites comme DIEU MISERICORDE et CASSE METAL, où les niveaux de plomb dans l’eau atteignent respectivement 0,4980 mg/L et 0,4520 mg/L.

Concentrations en plomb dans les échantillons témoins de sol (Mg/Kg)
Les sols des sites comme GRAVITA et STAR METALS ne sont pas épargnés, avec des concentrations en plomb variant de 102,38 mg/kg à 348,75 mg/kg, largement au-dessus des seuils recommandés.

Concentrations en plomb dans les échantillons témoins de végétaux en Mg/Kg)
La concentration en plomb dans les végétaux récoltés à 20 mètres du site GRAVITA atteint 509,67 mg/kg, bien au-delà des limites recommandées par les normes internationales de sécurité alimentaire. Le site METTOGO affiche des teneurs similaires, avec une variation d’environ 20 % entre les fruits prélevés à différentes distances du site de recyclage. Soit des valeurs, allant de 644,130 mg/kg à 776,670 mg/kg pour les fruits.

Selon Yawo Ephrem Agbodji ayant travaillé avec Professeur Diallo Aboudoulatif dans le cadre de cette étude, ces résultats « ont montré des concentrations largement supérieures aux limites fixées par les normes internationales, confirmant une pollution environnementale alarmante et un risque sanitaire majeur ». « Les indices calculés et les analyses statistiques ont renforcé l’évidence d’une bioaccumulation de ces métaux lourds dans la chaîne alimentaire, mettant en péril la santé des populations riveraines », alerte-t-il.
« La toxicologie du plomb est bien connue. On sait que la contamination du sang n’entraîne pas forcément de pathologie importante, mais qu’une durée d’exposition longue entraîne des lésions plus profondes. Ce type de travail permet de faire tout d’abord un travail de dépistage précoce », rappelle Professeur Diallo Aboudoulatif.
Selon l’INRS en France, le plomb provoque « des maladies graves en s’accumulant dans l’organisme, en particulier dans les os, où il peut rester plusieurs dizaines d’années ».
Pierre-Claver Kuvo
P.S : Cette enquête s’inscrit dans le cadre d’un projet réalisé en partenariat avec The Examination, The New York Times, Premium Times , Joy FM , Pambazuko et Truth Reporting Post. Dans le cadre de cette enquête, nous avons écrits aux différentes entités qui n’ont répondu à nos sollicitations. Sauf le ministère de l’Environnement, des Ressources Forestières, de la Protection Côtière et du Changement Climatique qui a répondu à travers l’Agence nationale de gestion l’environnement (Ange). Contrairement à la réaction de l’Ange, la situation persiste. Rien a changé. Les activités de recyclage continuent d’empoisonner Gati. Et les ouvriers de Mettogo continuent de broyer le noir dans la fumée et le feu.
Réponse de l’Agence Nationale de Gestion de l’Environnement (ANGE)
Nous vous invitons à répondre aux questions ci-dessous, à corriger toute affirmation que vous jugez incorrecte et à ajouter des informations supplémentaires :
1- La plupart de ces usines de production de plomb travaillent informellement sur le territoire togolais. Qu’en dites-vous?
Réponse 1: Certaines de ces usines sont formellement établies sur le territoire togolais. Elles ont obtenu le certificat de conformité environnementale. On peut citer les sociétés METTOGO, STAR METAL, GRAVITA qui sont par exemple formellement installées.
2- Le gouvernement prévoit-il prendre des mesures à la lumière des preuves scientifiques de la contamination des sols autour des usines de recyclage ?
Réponse 2 : le suivi de la mise en œuvre du PGES est fait par l’ANGE et d’autres services techniques afin de toujours rappeler aux unités industrielles les mesures prévues pour éviter les pollutions de l’environnement par leurs activités. Cependant si les preuves de contaminations sont avérées le gouvernement prendra les mesures coercitives prévues par la loi-cadre sur l’environnement.
3- Est-ce que les activités liées à la production du plomb sont légales, autrement dit on aimerait savoir si Mettogo est déclarée comme une usine de production de plomb?
Réponse 3 : Non, la société METTOGO est une société de recyclage, de traitement et d’exportation du plomb des batteries usées.
4- Est-ce que le gouvernement a évalué les impacts environnementaux de cette usine Mettogo?
Réponse 4 : L’agence nationale de gestion de l’environnement a coordonné le processus d’étude d’impact environnemental et social (EIES) préalable au démarrage des activités de l’usine de METTOGO. Cette EIES est assortie d’un Plan de Gestion Environnemental et Social (PGES) qui retrace les mesures à prendre pour minimiser les impacts des activités sur l’environnement et le social.
5- Et pourtant nous apprenons que les agents relevant des autorités togolaises effectuent des visites au sein de cette usine Mettogo, mais, toujours selon les informations, rien n’aurait été fait pour améliorer les choses. Qu’en dites-vous?
Réponse 5 : les visites de suivis ont été souvent effectuées à METTOGO soit par l’ANGE, soit par les inspecteurs de travail. Dans le cadre de ces visites, il leur a été souvent recommandé d’améliorer leur méthode de fonctionnement. C’est d’ailleurs, ce qui a entrainé une mission jointe à Accra (Ghana) dans le mois de juillet 2025. Cette mission était composée de l’ANGE, de la Direction de l’Environnement, des scientifiques de l’Université de Lomé, du ministère de la Santé et l’ANASAP (ministère de l’Urbanisme). Le but de la mission était de s’inspirer du mécanisme de traitement ou de recyclage de Plomb et autres déchets dangereux dans les usines homologues à celle qu’on a au Togo.
6- Les ouvriers de cette usine Mettogo se plaignent de leurs conditions de travail. Ils n’auraient pas été déclarés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), malgré les multiples visites des agents de la caisse, qu’en dites-vous?
Réponse 6 : A la suite des suivis des agents de l’ANGE, les conditions des employés de METTOGO s’améliorent au jour le jour. Tous les employés sont déclarés à la CNSS et disposent de leur carte d’assurance maladie universelle (AMU) selon le rapport de mise en œuvre des mesures de court terme du plan de gestion environnemental et social de l’audit environnemental de l’usine transmis à l’ANGE le 08 octobre 2025.
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[1] : Une concentration de plomb dans l’eau de forage rurale qui dépasse les seuils de l’OMS/FAO et de l’USEPA est dangereuse, car le plomb est une substance toxique qui affecte le développement neurologique, en particulier chez les enfants. Les recommandations d’action varient : l’OMS a une valeur indicative de 0,01mg/L (10 g/L) et l’USEPA a un niveau d’intervention de 0,015 mg/L (15 g/L). Il faut prendre des mesures immédiates pour réduire l’exposition. Seuils de recommandation et niveaux d’intervention :
* Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : La valeur indicative pour la concentration maximale de plomb dans l’eau potable est de 0,01 mg/L (10 g/L).
* Agence de Protection de l’Environnement des États-Unis (USEPA) : Le niveau d’intervention est de 0,015mg/L (15 g/L).
* Santé Canada : Recommande une concentration maximale acceptable (CMA) de 5 g/L.


























