
Au Togo, le paiement des cotonculteurs pour la campagne agricole 2025 (de la filière coton) est suspendu depuis plusieurs semaines. Au cœur de la discorde, le différentiel (un montant estimé à plus de 4 milliards de FCFA) que devrait verser l’État pour compléter l’enveloppe due aux producteurs. Pendant que le gouvernement et Olam se renvoient la balle, la filière qui, autrefois était prospère, se meure, les producteurs s’essoufflent, leur colère monte.
La filière cotonnière togolaise est enrhumée depuis l’arrivée du groupe singapourien en 2020. Propriétaire de 51 % du capital de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT), Olam, désormais actionnaire majoritaire, semble enfoncer davantage une filière qui tentait de sortir la tête de l’eau.
Et pourtant, à son arrivée, le groupe avait promis de révolutionner le secteur du coton, une promesse devenue, au fil des années, un miroir aux alouettes. Et pour cause, chaque année, le torchon ne cesse de brûler entre les producteurs et Olam. Retards de paiement, coût élevé des intrants et gestion opaque sont les principales sources d’une tension qui semble s’installer dans la durée.
Cette année encore, la campagne agricole démarre avec des incertitudes pour les producteurs de coton. Alors que la période des semis bat son plein, notamment dans le septentrion, près d’une centaine de groupements de producteurs de coton (GPC) attendent leur paiement dans la région des Savanes.
D’après nos sources, seuls 53 % des producteurs ont été payés à ce jour, soit 1 269 GPC sur 2 363. Les taux de paiement par région sont respectivement de 87 % pour les Savanes, 36 % pour la Kara, 45 % pour les Plateaux-Nord et 41 % pour les Plateaux-Sud. Une situation qui n’est pas du goût de la Fédération nationale des groupements de producteurs de coton (FNGPC), désormais contrainte de murmurer bruyamment.
Réunis le mardi 26 mai, la FNGPC, le gouvernement représenté par le ministère de l’Agriculture et Olam n’auraient pas réussi à accorder leurs violons. Pour le groupe Olam, le reste des producteurs ne pourra être payé qu’avec le différentiel que l’État est tenu de verser. Le montant de ce différentiel est estimé à plus de 4 milliards de FCFA.
D’après nos recoupements, l’année dernière, Olam avait finalement annoncé vouloir procéder à une baisse du prix d’achat du kilogramme du coton graine à 284 F au lieu de 300 F. Pour éviter la colère des producteurs, le gouvernement aurait demandé à Olam de surseoir à sa décision, promettant de compléter les 16 F par kilogramme afin de maintenir le prix. Mais, une fois la campagne de commercialisation achevée, le gouvernement semble avoir oublié sa promesse.
Outre les paiements suspendus, les cotonculteurs démarrent la nouvelle campagne sans être situés ni sur le prix des intrants, ni sur celui du prix d’achat. La CAGIA, qui avait fourni les intrants pour la campagne dernière, devrait elle aussi attendre la clôture des paiements avant d’entrer dans ses droits.
Dans les rangs des producteurs, l’inquiétude grandit et les interrogations sur la gestion de la filière refont surface. « Avant l’arrivée d’Olam, la NSCT réalisait des bénéfices qui couvraient non seulement la part de contribution de l’État, mais renflouaient également le Trésor public grâce aux excédents », nous a confié un acteur bien introduit dans la filière.
Aux dernières nouvelles, le ministre Gbengbéni aurait instruit Olam de reprendre les paiements à compter du lundi 1er juin 2026. Une instruction dont il reste à savoir si elle sera effectivement suivie d’effet.
François Bangane
Source: Lalternative.info























