Quand l’INAM fait des aigris. Une entreprise gérée « dans les règles de l’art », mais qui abandonne ses abonnés arnaqués
Selon la directrice de l’Institut national de l’assurance maladie (INAM), « l’un des projets les plus innovants que le gouvernement a mis en place ces dernières années est sans nul doute l’assurance maladie obligatoire ». Mais lorsque les responsables de cette institution ne disposent pas de mesures coercitives pour faire rentrer toutes les structures médicales affiliées à l’INAM dans les rangs, on est obligé de concéder la frustration aux abonnés qui sont victimes de double facturation, mais ne trouvent pas de répondant lorsqu’ils s’adressent à l’institut.

D’aucuns diront qu’il n’existe pas de structure sans faille. En matière de couverture de la maladie, il y a des failles qui n’ont pas leur raison d’être. Dans une interview accordée par la directrice de l’INAM, Mme Myriam Dossou, celle-ci affirmait : « Les parties prenantes que sont l’Etat employeur, les assurés et les prestataires ont joué un rôle capital, voire déterminant dans le succès de l’INAM.
Avec l’avènement de l’assurance maladie, les prestataires, malgré les changements intervenus dans leur système de prise en charge des patients, se sont progressivement approprié les outils et les règles de délivrance de soins de l’INAM. Ils ont accepté accompagner l’INAM dans ses différents chantiers, notamment les révisions périodiques de la liste des médicaments ». C’est probablement l’ensemble des parties qui a permis à l’INAM d’être nominé parmi les 100 entreprises les plus dynamiques du Togo. Soit, mais que se passe-t-il lorsque des prestataires surfacturent les produits et font endosser les frais exclusivement par les assurés ?
Etant donné que l’initiative de mettre à contribution les fonctionnaires vient de l’Etat à travers l’INAM, il revient à celui-ci, en cas de problème, de prendre la défense des assurés. Mais apparemment ce n’est pas encore le cas, malgré le temps qui passe.
Dans la banlieue de la capitale, plus précisément à Adetikope, l’hôpital JIRE s’illustre dans la surfacturation des patients assurés. D’aucuns diront que les sommes en cause ne sont pas colossales, mais ne dit-on pas que la somme des nombres négligeables n’est plus négligeable ?
Pour les besoins de la cause, nous faisons l’omerta sur le nom du patient, mais il n’en sera pas de même des agents des soins. Le 11 juillet passé, un patient a été obligé de subir des analyses de NFS, Selles KOP, Urée-Glycémie-Créatinine, de TPHA-VDRL et de GE-DP. Selon la facture, le montant à payer par l’INAM est de 7.040 FCFA et la part de l’assuré, 1.760 FCFA. Le nom du prescripteur est Naneh Sénam. Après que la fiche devant atterrir sur la table de l’INAM a été arrachée, les souches ont subi des surcharges. C’est ainsi que 500, 100, 1000 et 100 FCFA ont été ajoutés aux frais d’analyses, ce qui porte le total dû par l’assuré à 3.760 FCFA. Si c’était l’unique facture, on penserait à une erreur.
Sur une autre facture datant du même jour, le patient a subi deux analyses, NFS et GE, et au lieu de 680 FCFA contre 2.720 pour l’INAM, l’assuré a vu sa facture surchargée et se retrouve avec 1.460 FCFA à payer. Pour cet acte, le prescripteur est Massaba Akoua, Assistante médicale.
Sur une troisième facture, du Novalgin injectable, de l’Artemether 80, de la seringue et des gants ont été prescrits pour un montant dont l’INAM devrait supporter 3.638 FCFA et l’assuré, 913 FCFA. Mais à la somme de ce dernier, s’est ajouté un montant de 2.694 FCFA. Là encore, c’est Massaba Akoua qui a prescrit.
Pourquoi parlons-nous de surfacturation ? Dans un autre centre de santé, le même patient a eu à faire des analyses identiques de GE et NFS et la part de l’INAm n’a pas changé, ni celle de l’assuré, c’est-à-dire 2.400 FCFA et 680 FCFA. Et nulle part il n’y a de trace de surfacturation. Conclusion, l’hôpital JIRE d’Adetikope arnaque les assurés de l’INAM.
Non satisfait des différences de prix et de la manière dont les prescriptions se déroulent dans ledit hôpital, le patient s’est rendu à la Direction de l’INAM pour soulever le problème, tout confiant qu’une solution sera trouvée à l’arnaque. Mais grande fut sa déception lorsqu’un employé en fonction, après l’avoir écouté, lui demande simplement de ne plus se rendre dans cet hôpital. Voilà comment l’INAM solutionne les problèmes qui se posent aux assurés.
Les orientations de l’INAM sont, entre autres, comprendre et analyser les enjeux, tendances et défis du secteur afin d’animer la réflexion stratégique ; identifier et mettre en œuvre toutes les améliorations possibles au sein de l’INAM et de l’ensemble des mécanismes d’assurance maladie au Togo ; participer à la réflexion sur l’extension de la couverture santé à toute la population ; améliorer de façon constante la productivité de l’entreprise et la qualité des prestations ; développer la créativité, l’innovation et l’esprit d’entreprise ; améliorer les méthodes de travail et le savoir-faire. Mais que propose l’institut devant des cas d’abus de la part des prestataires ? Demander que les assurés changent de centre de santé n’est évidemment pas la solution. Il a été proclamé que l’INAM figure parmi les 100 entreprises les plus performantes, même si cela reste à démontrer. Justement, des cas comme ceux relatés sont là malheureusement pour rappeler que l’autosatisfaction peut être remise en cause à tout moment. Et tant que les assurés ne seront pas satisfaits dans leur majorité, c’est l’image de l’institut qui est écornée.
Source : Abbé Faria, Liberté























