La capitale togolaise vient d’être mouillée pour la seconde fois par les pluies de la grande saison, mais déjà des grincements de dents. Qu’en sera-t-il lorsque Lomé entrera de plai-pied dans la saison ? Rien qu’au quartier Cassablanca, on commence à se demander les études techniques qui ont précédé la réfection de la voie. Parce que juste après que la pluie d’hier a cessé, la zone était méconnaissable. Maisons inondées, boutiques envahies par les eaux, trottoirs transformés en terrain de patinage pour cause de boue.

Et pourtant, cette voie a été fermée pendant de longs mois afin de permettre aux employés de la société Sogea-Satom de déployer tout leur savoir-faire pour redonner un nouveau visage à l’Avenue de la Victoire. Les pluies étant aussi un des facteurs d’évaluation de la qualité des infrastructures routières, celle d’hier semble dévoiler l’approximation de Sogea-Satom.
Dans la matinée d’hier mardi, les usagers de la voie qui va du Collège Protestant et passe par le quartier Cassablanca ont dû constater qu’à un moment de la journée, ils ont été obligés par les riverains à emprunter la demi-chaussée. Non pas parce qu’il y aurait des funérailles d’une autorité ou à cause de travaux d’appoint à effectuer par la société attributaire du marché qui permet la réfection de la voie. Mais pour que les véhicules ne repoussent pas le trop-plein d’eau de pluie dans les maisons.
La pluie qui s’est abattue sur la ville de Lomé a fait des dégâts. Certains diront que dans tous les pays du monde, il n’existe pas de perfection. Soit, mais lorsque des désagréments sont à déplorer sur des voies nouvellement refaites, il y a lieu d’interpeller la société exécutrice des travaux sur son expertise. Dans les maisons situées en face de la station d’essence Cap de Cassablanca, l’eau a envahi demeures et boutiques. Au rond-point du quartier, se trouve un bar dont les effets ont été déplacés et placés sur des hauteurs, de manière à échapper à la montée des eaux. Pour avoir visité les maisons attenantes à ce bar, on réalise que peu ont été épargnées. Et pourtant une société vient à peine d’achever les travaux de réfection de la voie.
Tous ceux que nous avons pu approcher, sont unanimes à pointer du doigt les effets des travaux de la société Sogea-Satom. « Depuis des années que nous habitons aux abords de cette voie, c’est la première fois que nous assistons à pareil phénomène. Heureusement que la pluie est tombée un jour ouvrable, sinon on n’aurait pas été surpris d’apprendre qu’un incendie s’est déclenché dans nos boutiques. Voyez vous-mêmes le niveau de l’eau dans les locaux », constate un boutiquier. Mais il doit bien y avoir une raison à ce phénomène. « Pour être honnête, c’est depuis que la route est refaite que nous avons des problèmes et sommes perturbés lorsqu’il pleut. Regardez notre devanture remplie de boue. Le trottoir qu’on dit avoir posé pour embellir la ville est devenu une patinoire; les passants ne savent plus par où passer. Quand vous jetez un coup d’œil à la rigole, vous comprenez que les dimensions n’ont pas tenu compte du point de ralliement des eaux pour leur évacuation », a fait remarquer un autre riverain.
Effectivement, tout le long du trottoir et de la rue qui mène vers le Lycée Solidarité, le sol est couvert de boue, ce qui rend la voie glissante pour les piétons. Le niveau de la voie étant plus élevé que celui des maisons, le reflux de l’eau devient problématique et devant beaucoup de devantures, l’eau stagne, mettant à contribution les riverains. A en croire certains, des responsables de la société Sogea-Satom étaient passés les voir quand Lomé a connu sa première pluie il y a quelques jours. Ils auraient promis prendre des dispositions pour remédier aux approximations ; mais avec cette seconde pluie, on peut facilement imaginer le calvaire que risquent de vivre ces citoyens si rien n’est entrepris dans les meilleurs délais pour corriger ce qui peut encore l’être.
Plus loin, nous sommes descendus au bord de la lagune pour constater que celle-ci a « toutes les chances » de déborder aux prochaines pluies. Pour s’en convaincre, il suffit de longer le trottoir qui la borde pour comprendre que les riverains sont loin d’être à l’abri des inondations. Et les usagers de la voie pourraient être amenés à effectuer de longs détours si rien n’est fait. Entre le niveau de l’eau de la lagune et la surface du trottoir, il existe moins de 30 cm. Du côté sud de la retenue, la piste qui sépare les maisons de la lagune est inexistante par endroits. En attendant que la société qui effectue le dragage de la lagune n’arrive dans la zone, les riverains sont exposés aux aléas du climat. Et une autre pluie d’une ampleur moyenne suffira à compliquer l’existence des populations. Il en est de même du côté opposé de la lagune, situé derrière la station réservée aux gros véhicules et en bordure de cette lagune. Doit-on comprendre que le cahier de charges de Sogea-Satom n’avait pas tenu compte de la montée des eaux avant qu’elle ne postule ?
On ne sera pas surpris d’apprendre que la prestataire de services trouve des arguments pour se soustraire aux effets causés par ses travaux. Se posera alors la question de la fameuse « offre moins disante » qui guide à ce jour les choix des autorités contractantes. Un fonctionnaire de l’Etat à la retraite nous a confié qu’en lieu et place de cette pratique, l’Etat togolais doit plutôt opter pour des « offres les plus avantageuses » devant guider ses choix. Ce qui reviendrait à dire que ce ne doit pas être l’offre la moins disante qui doit être la meilleure option. Bon à méditer par l’Autorité de régulation des marchés publics.
Source : [09/03/2016] Abbé Faria, Liberté























