Faure Gnassingbé ou la gestion chaotique de la chose publique du Togo | Archives
Faure Gnassingbé ou la gestion chaotique de la chose publique du Togo | Archives

Il faut bien placer chaque terminologie dans son contexte. Notre analyse pèse ses mots, c’est donc en toute connaissance de cause que nous parlons d’un Togo sous Faure Gnassingbé. Avant lui, il y a eu des Togo.

La colonisation en a géré un, le colon a imposé non seulement sa civilisation mais il a aussi exploité ce qu’il y a trouvé de ressources.  Les pères de l’indépendance ont à peine commencé leur gestion quand est venue, à coup de la baïonnette, la gestion d’Eyadema Gnassingbé. Entre vents indépendantistes difficiles à maitriser et apprentissage d’une gestion publique léguée par le blanc avec ses Hic et ses hac, les détracteurs ont pu trouver des arguments pour limiter le règne de Sylvanus Olympio. L’homme s’en est allé avec une triste gloire dont il n’a pas récolter les lauriers. Acceptez que nous faisons économie des détails, l’histoire n’est pas notre sujet, mais l’économie et la situation socio-économique déliquescente actuelle. Après Eyadema, son fils gère son Togo.

D’un Togo à l’autre, les hommes se sont succédés et les méthodes de gouvernance avec. Si le ‘’baobab’’ a utilisé le tréhi pour se forger une personnalité morale voir au delà de ses frontières, s’il a utilisé les clivages ethnico régionalistes pour maintenir un équilibre fragile, bien qu’on le disait illettré, jamais le Togo n’a autant touché le fond sous lui. Point n’est besoin d’être un espert pour évaluer la descente aux enfers actuelle de notre pays.

Sur tous les plans la démission est totale. Nous ne ciblons aucun secteur de prédilection mais nous allons le plus nous intéresser à l’administration publique et aux sociétés d’Etat, encore elles. D’un pôle à l’autre, c’est l’image d’une économie en ruine, d’un développement au rabais et trop mal négocié, de piètres performances managériales. Un environnement où l’absence de règles et de transparence s’affichent comme vitrine pour informer sur l’Etat du pays.

Dans l’administration, soient-elle publique ou para-étatique, des normes élémentaires sont ignorées par la plupart des salariés. L’« éthique » dans les pratiques managériales est un vœu pieux. Quand un spécialistes interroge sur « l’éthique des affaires » ou « l’éthique de l’entreprise » ou encore l’ « éthique de gestion », on est tenté de lui demander de s’expliquer « en français facile ». Nous ne disons pas que les agents de l’administration publique ne comprennent pas le Béa bas de la langue de Molière, moins encore le jargon de leur différents corps de métier. Non. Notre pays regorge de compétences, mais l’absence d’un minimum d’éthique dans la gestion de la chose publique a accouché des comportements déviants. Comme dans un camp militaire, tous les soldats de rang sont forcés d’échanger dans le même jargon au risque de se faire taper sur les doigts.

Surreprésentation ethnique dans les sociétés d'États au Togo | Archives 2012 : 27avril.com
Surreprésentation ethnique dans les sociétés d’États au Togo | Archives 2012 : 27avril.com

S’il est vrai qu’il existe des individualités compétentes qui bossent dans l’espoir d’un Togo où il fera beau vivre pour tout le monde, entre les sociétés d’Etat et les arcanes des ministères et autres administrations publiques, la gestion de la chose publique est devenue méconnaissable par la faute de certains, si ce n’est le grand nombre. L’absence de responsabilité, du sens de devoir, de la culture de l’intérêt général. Avec des salaires à la lisière des primes, le tout est renforcé par un souci existentialiste qui se nourrit d’une corruption sans pareil. Sans aucun plan de sauvetage, le chef de bord de notre locomotive a freiné le développement du pays depuis, il ne lui reste qu’à tenir le frein à main pour que la l’engin s’arrête. Une excuse peut se cacher dans le fait que, faute d’un secteur privé moderne au lendemain des indépendances comme l’ont très vite commencé les voisins anglophones, il n’existe sous la dent que des entreprises publiques.

La encore, faut-il se demander, quelle entreprise ? Dans le cas spécifique du Togo, il n’existe que des entreprises qui s’ouvrent et disparaissent surtout quand elles sont publiques. Face à un État pourvoyeur d’emplois et des entreprises étatiques ou para étatiques, s’est développée une lourde bureaucratie qui traîne les pas à la française et se nourrit de la corruption à l’anglaise. Le pays a choisi ce qu’il y a de plus mauvais entre les systèmes Anglais et français. Mais du moment où il existe des colonies françaises qui font la différence à côté, ceci n’est pas une excuse substantielle. Alors, faut-il continuer par diagnostiquer le mal.

Le clanisme et le régionalisme, l’opium qui freine le développement

Personne ne dira le contraire, nous ne parlons ici que des cas que les Togolais vivent tous les jours. Commençons par ce petit exercice de mémoire. Que nos lecteurs tournent autour d’eux, où qu’ils soient, sur le territoire togolais, ils verront ce que sont devenus ou à quoi ressemblent les entreprises où la gestion du personnel est à forte connotation régionaliste. Les unes sont déjà enterrées, les autres sont grabataires, les plus chanceuses affichent une apparence flatteuse. Partout où passe le clan, le copinage et les petites considérations au devant du mérite, l’entreprise prend un coup. Parfois on observe un semblant d’objectivité dans le choix du premier responsable, mais une fois dans les détails de la gestion du personnel, on vous demande qui vous a recommandé avant de prendre de vos mains une demande d’emploi. C’est devenu un mal nécessaire, un passage obligé.

Surreprésentation ethnique dans l'administration en général au Togo | Archives 2012 : 27avril.com
Surreprésentation ethnique dans l’administration en général au Togo | Archives 2012 : 27avril.com

Cette analyse ne vous donne aucune information nouvelle en parlant du clanisme dans l’administration soit-elle para-étatique ou étatique. La nouveauté que nous voudrions peut-être vous apporter est de tenter de savoir quel bilan la Nation fait de cette pratique connue de tous. Quand on introduit une pratique dans la gestion d’une entreprise publique, il faut bien faire un bilan à un moment donné. De ce bilan, il se révèle que dans certains services publics au Togo, il y a de ces nominations qui sont des sinécures. A petit feu, des pratiques anodines accouchent désormais des situations où, ironie de sort, Faure Gnassingbé se trouve être le pauvre héritier d’une situation de cancer déjà irréversible qu’il ne peut qu’observer s’il n’empire pas.

Quand l’ethnie s’invite dans une gestion publique, la compétence et l’excellence s’inclinent puisqu’il faut faire profiter les siens d’abords. Ainsi se créent des réseaux d’amis de classe, de familles, des cercles de famille politique à récompenser, les ressortissants de la même région à entretenir. Que devient alors l’objet social de l’entreprise ou l’éthique professionnel quand le jeune diplômé traîne un poste qui ne se gère normalement que par expérience pendant que le vieux expérimenté d’un même niveau est obligé de gratter tout temps ses cheveux blancs d’expérience pour répondre « oui patron ? ». Et quel patron ?Souvent un patron nullard qui ne peut rien commencer de lui-même.

Mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point l’expérience professionnelle, pour paraphraser quelqu’un. Les nominations de complaisance enfantent souvent des blocages psychologiques et une perte d’efficacité voir la fuite des cerveaux. Actuellement on a plus de médecins togolais exerçant en France qu’au Togo. Que peut-on attendre d’un piètre chef de personnel dont le népotisme occupe le premier rang de l’agenda ? Cette pratique a fait chuté notre pays et continue ses dégâts; une grande entreprise BTP est en train d’en faire la triste et amère expérience.

De la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT) à TogoTélécom, la pratique est devenue un monstre qui marche sur ses nouveaux nés. Ceux qui ont introduit cette lâche façon de gérer le pays ici et là sont-ils satisfaits de l’image de la République, sont-ils content de l’héritage combien pitoyable qu’ils ont légué au plus chanceux, s’il n’est pas le plus malchanceux, des « princes héritiers »? Une telle situation ne peut tout au plus qu’accoucher d’un certain désordre, mais pas un désordre à demi-mot qu’on peut guérir par une petite dose d’aspirine. Un désordre organisé qui ne favorise pas seulement des groupes organisés, mais un désordre qui développe des pratiques non éthiques telles que des fraudes systématiques, la corruption et la fuite des ressources, fragilisant ainsi le système économique tout entier du pays.

Les phosphates togolais sont exploités par des juifs israéliens via la Société Nouvelle des Phosphates du Togo ( SNPT ) | Photo : Republicoftogo
Les phosphates togolais sont exploités par des juifs israéliens via la Société Nouvelle des Phosphates du Togo ( SNPT ) | Photo : Republicoftogo

Nous vous parlions tout récemment des paradis fiscaux et de tout ce que cela implique comme perte pour notre pays. Nous affirmons sans risque d’une marge d’erreur qu’il y a des Togolais qui continuent par piller le pays pour alimenter les paradis fiscaux. Il y en a qui y ont gardé l’argent mais ne savent pas comment le récupérer, il en a qui sont morts en laissant des sommes faramineuses sans propriétaires dans les paradis, sans oublier ceux dont la mort, une fois constatée, enclench la guerre en famille sur la manne laissée en héritage. Ils ne s’en cachent même pas souvent comme les Gnassingbé.