Si vous avez eu assez de patience pour lire notre dernière analyse sur les paradis fiscaux, il vous suffit de répertorier à partir des deux ou trois derniers Rapport ITIE, la race d’entreprises qui opèrent en territoire togolais, et qui malheureusement sont enregistrés dans les paradis fiscaux où réside leur personnalité morale mais où ils ne paient pas de taxes parce que n’exerçant pas là-bas. Au même moment elles ne paient pas de taxes au Togo où elles travaillent mais n’y sont pas enregistrés. Le Tour est joué.

La SNPT, par exemple, il se dit officiellement qu’elle appartient à l’Etat togolais, mais à combien la Société Nouvelle des Phosphates du Togo contribue-elle au budget national ? Si on s’en tient à ces piètres revenus de la plus importante industrie extractive du Togo, doit on penser aux paradis fiscaux ? A qui appartiennent ces entreprises qui jonchent l’extraction minière avec des noms et origines aussi variés que bizarres d’indiens, d’espagnoles et que sait-on encore ? Quelle est la corrélation entre ces entreprises enregistrées ailleurs où elles ne paient pas de taxes car elles n’y travaillent pas et la délocalisation de leurs activités vers le Togo où elles fonctionnent mais ne paient non plus de taxes car étant enregistrées ailleurs ? Si vous répondez à ces questions, vous saurez, à peut près le pourquoi l’extraction minière n’apporte pas grand-chose au budget nationale togolais.
Si vous comprenez le fonctionnement des paradis fiscaux, vous serez convaincus que des Togolais ont leur argent dans les banques suisses, sur des comptes à Monacco. Qu’ ils ont des pavillons de complaisance au Panama, au Liberia, au Bahamas, en Malte, en Chypre. Vous saurez aussi qu’ils côtoient les paradis judiciaires où règne la délinquance judiciaire pour protéger des fonds fugitifs ? Enfin, vous aurez une idée de leur présence dans les sociétés luxembourgeoise. Bref, il suffit de relire les rapports du FMI sur les flux illicites qui quittent le Togo, pour s’interroger où va notre argent ?
Ce n’est pas pour autant signifier que toutes les sociétés listées dans les rapports ITIE sont des relais de paradis fiscaux, il y en a qui sont honnêtes, mais le doute pèse sur un bon nombre d’entre elles, et l’Etat togolais, à moins qu’il trouve cela normal, doit chercher à voir clair, à commencer par les élus du peuples.
Quand le poisson pourrit de la tête, on choisit la culture du « pardon »
A un moment donné de notre histoire, le mot pardon nous a tellement rabattu les oreilles que, plus on comprend la nouvelle logique économique de Faure Gnassingbé, plus on se demande si ce pardon dont il a fait une devise n’est pas un pardon pour préparer l’opinion à accepter les crimes économiques. Encore que sur le plan politique, lui-même a refusé de faire un seul pas. S’il avait une petite culture du pardon, peut-être, commencerait-il en libérant son petit frère, donc nous sommes tentés de croire que ce n’est pas le pardon politique qui importe pour lui, surtout que le rapport du travail de la CVJR est resté lettre morte.
Le Togo est devenue une société où la culture du “pardon” est la règle. Le vrai pardon dont parle monsieur Faure nous l’apercevons désormais. Puisque lui-même a refusé de déclarer ses biens conformément à la constitution, qu’il a refusé de mettre la main sur les gros voleurs qui se comportent comme si dans leur détournement de fonds Faure a sa part du gâteau, qu’il a supporté que le parlement vote une loi permettant aux agents de L’État d’être à la fois des hommes d’affaire, n’importe quel kidam peut désormais piller dans sa gestion publique et s’adosser au pardon-Faure.
Sur le plan politique, on continue de vous piétiner tout en demandant « pardon monsieur ». Sur le plus économique on continue par piller vos revenus communs tout en vous préparant à accepter le pardon pour le tort causé. Les institutions qui ne fonctionnent plus avec un minimum de règles mais avec la culture du pardon perdent de leur force. Et pourtant une économie forte est celle qui se donne les moyens et la capacité coercitive de faire respecter les règles du jeu, nécessaires au bon fonctionnement de la société. Le pardon pour les crimes économiques ne construit pas une économie, loin s’en faut.
Le pardon économique est fils de l’impunité
Une fois que cela devient la règle il se crée un marché d’intérêts particularistes, où s’affrontent “anarchiquement” des îlots de pouvoirs, des réseaux opposés, un désordre organisé, où les agents, livrés à eux-mêmes, cherchent d’abord à défendre leurs propres intérêts au détriment de ceux de l’état. Il s’installe de fait, un instinct de conservation pour la survie économique. D’en bas les petits voient les grands piller en haut en toute impunité sous le couvert d’un certain ‘’pardon présidentiel’’. Eux, à leur tour, deviennent aveuglés par l’idée de maximiser à court terme en puisant dans le patrimoine public afin de vite se mettre à l’abri pour d’éventuelles difficultés à venir, car rien n’est sûr pour la fin des longs règnes. Le Togo, n’est plus au creux des vagues, il a touché le fond avec une forte propension à la corruption, au manque d’ordre et d’esprit de méthode, à l’incivisme et au pillage systématique de tout ce qui appartient à l’État. Tout porte à croire qu’au Togo, la chose la plus mal gérée est ce qui est Étatique.
Le bon dirigeant est celui qui donne le bon exemple
Sa conduite devrait être irréprochable. C’est la condition essentielle pour que se développe une culture éthique des collaborateurs dans la gestion de la chose publique. Mais que constate-t-on ? Un seul fait vécu. Nous avons vu ce qui s’est passé à Togotélécom avec un certain Sam Bikassam. Tout porte à croire que c’est quand le monsieur a vu sa structure dans une déconfiture avancée que, à coup de campagne médiatique mensongère et onéreuse, il faisait croire que son entreprise fait partir des 500 meilleurs en Afrique.

Pour l’année 2012, le magazine panafricain Jeune Afrique dans sa toute nouvelle parution hors série, n° 32, publiait son classement annuellement pour honorer les entreprises africaines au Top en ces termes :
« Une bonne nouvelle pour le Togo. Parmi les 500 meilleures entreprises africaines de ce palmarès de haut niveau, se figure en bonne place TOGO TELECOM, fournisseur exclusif et opérateur public d’accès à l’ADSL au Togo. Une bonne note pour Sam BIKASSAM, DG de la société qui a su asseoir à la tête de son administration une exemplaire gestion imprimée d’un meilleur niveau de management. […] TOGOTELECOM se classe, au 456ème rang avec un chiffre d’affaire de 235 610 000 dollars US, soit 123 695 250 000 FCFA, et un résultat net de 49 338 000 dollars soit 25 902 450 000 FCFA ».
Toutes ces informations, d’après jeune Afrique, sont données par Togotélécom. Pendant ce temps, la quasi-totalité des médias nationaux passaient en boucle les merveilles de Togotélécom.
Seulement, en 2013, la société commence à s’agenouiller jusqu’à ce qu’elle se couche pour ne plus jamais se relever. Aucun audit n’est publié. Ce qui est sûr est que les prestations de service, à commencer par l’ADSL, que le confrère a venté sont rentrées dans un comma profond. Sur le plan financier on annonce un gouffre que seul Sam Bikassam et ses utilisateurs connaissent la valeur. Dans la prestation des services, des dettes à payer partout, et les salariés obligés même de recourir à Togocel pour arrondir les fins de mois à un moment donnée. Actuellement la fusion avec cet autre souffre douleur des Togolais, Togocel, celle qui ne se porte bien que parce que la communication est trop chère, une des plus chers et des moins accessibles au monde, est irréversible. On parle même des agents qui sont déjà formés pour la nouvelle aventure en duo.
De quel Togotélécom parlait le journal panafricain ? C’est ça la gestion de l’argent dans notre pays. Si on décrit la situation secteur par secteur vous n’aurez plus envie d’être Togolais. Partout la gestion a touché le fond, la remonter n’est pas chose facile puisque l’impunité et la révolution économique ne font pas bon ménage
Source : [09/03/2016] Abi-Alfa, Le Rendez-Vous























