Ville pourtant phare de la région centrale du Togo, Atakpamé qui aurait pu être une ville touristique, est en vestige manifeste. Malgré la pléthore d’élus dont elle dispose dans le parti au pouvoir, rien ne semble changer son visage dans les années à venir. Et puisque personne ne s’en préoccupe, AfrikReports a choisi de revenir sur cet aspect, en attendant que les politiques n’aillent faire leurs promesses politiciennes, en 2017.
Difficile de croire qu’Atakpamé n’intéresse personne. Il suffit pour s’en assurer de prendre la nationale N°1, après deux heures de route en voiture, à 160 km de Lomé, vers le nord du pays, Atakpamé, c’est la grande ville rocailleuse du Togo, la ville qui se repose sur sept collines.‘‘Le Vatican du Togo’’, s’est amusé un amoureux d’Atakpamé, en référence aux sept collines sur lesquelles repose aussi le Vatican. A l’approche des élections présidentielles au Togo, les leaders des partis politiques gravissent ces collines qui mènent dans les coins et recoins de ce profond pays. Tous, des plus connus aux moins connus, des gouvernants aux opposants, portent sur eux la responsabilité de faire les 160 km.
Sans entretien, Atakpamé tombe !
A l’entrée de la ville, après avoir dépassé Gléï, une population curieuse et méfiante. Le pouvoir a eu 22 députés sur 25 dans la région. Les chambres ou les maisons sont construites sur les collines et en bas des collines. Idem pour les voies qui sont en haut et les ruelles en bas, une petite architecture naturelle, en somme. Le climat n’est pas non plus très dur avec les populations. Se situant entre celui du nord et celui du sud.
Atakpamé n’est certes pas le milieu du Togo. A 160 km de Lomé, alors qu’il reste encore environ 300 km pour être à Kara, deuxième « grande » ville du Togo, sans parler de Dapaong et de Cinkanssé. Mais il partage beaucoup de choses avec les deux extrémités. L’éwé ou le mina de Lomé est présent partout et même sur les médias, bien plus que les langues autochtones. Pays Ifè, les kabyè font 30 % dans la région des plateaux.
La ville est vraiment spéciale. Pour ceux qui y sont venus, il y a 10 ou 15 ans, rien n’a changé. Les mêmes voies, en état de déliquescence, les mêmes immeubles, en délabrement, des eaux puantes en dessous des collines, des chemins de fer à l’abandon devenus des auberges du tétanos et de diverses maladies, un tour dans la ville en voiture donne mal à l’estomac. Au sens propre comme figuré des termes. Les rues et les ruelles étant caillouteuses et n’ayant jamais fait l’objet d’entretien pour en faire des voies.
Atakpamé n’a donc pas de voies. Le Centre des affaires sociales construit depuis belle lurette laissé sans entretien, a perdu sa peinture. Les collines seraient des maisons, il y a longtemps qu’elles seraient tombées, vu qu’elles ne sont pas entretenues afin d’être attirantes.
Même le Roc Hôtel, ancienne vitrine de la ville est tombé en lambeaux après le décès d’Eyadema. Heureusement que Faure Gnassingbé a compris la gravité du fait et entrain de le faire retaper. Mais colossal est ce travail, alors même que l’hôtel gît dans des tas d’ordures et dans une brousse de montages. Seul l’Evêché tient encore debout, sans doute explicable par la dextérité que l’on connaît à l’intendance ecclésiastique.
On pourrait prendre en compte aussi le nouveau marché. Atakpamé forme pourtant avec Lomé et Kpalimé, un triangle et peut être comparé à Kpalimé, pour son climat, son architecture et son visage. Les deux étant dans la même région. Atakpamé a même été chef-lieu de région. Kpalimé lui a tout raflé aujourd’hui. Kpalimé est la ville la plus touristique du Togo et évolue chaque année, autant que faire se peut. SOS Sauvez Atakpamé !
Et pourtant…
Atakpamé, c’est aussi la ville du Président-fondateur du premier parti politique de l’opposition au Togo, Alliance Togolaise pour la Démocratie (ATD). Le Dr Michel Atakpamévi Ifè Adani originaire du quartier Djama s’est depuis, installé à Lomé, réduit au silence et enfoui dans ses milliers de livres. C’est aussi la ville où se trouve le diocèse le plus chaud de l’église catholique du Togo. Tous les évêques qui y sont passés ont souffert. Un a dû même démissionner. Et si l’actuel prélat, Mgr Nicodème Barrigah tient debout, c’est sans doute parce qu’il s’agit avant tout de quelqu’un qui a l’expérience des oppositions, des conflits, etc.
La ville d’Atakpamé, beaucoup le savent, est aussi celle de Georges Aidam, vice-président du parti du chef de l’Etat, Unir, un parti théoriquement né dans cette ville, sur les vestiges du RPT. S’il ne fait rien de concret aux habitants selon eux-mêmes, on a l’impression que le chef de l’Etat l’a placé dans le gouvernement, afin de contenter la population d’Atakpamé, très remontée contre lui, depuis 2005. D’ailleurs depuis lors, beaucoup d’Aidam sont passés au gouvernement.
Mais Atakpamé, c’est aussi la ville de la première femme candidate aux élections présidentielles au Togo, Brigitte Adjamagbo épouse Johnson. Elle a eu l’audace dans un pays masculinisé et machos de défier un pouvoir de ring de poids de lourds. Malgré tout cela, quand on parle de la ville d’Atakpamé, tous ne se rappellent que d’une date, celle de 2005. Car Atakpamé, c’est aussi la ville désignée par le rapport Doudou Diène qui y a décompté des centaines voir des milliers de de mort.
Atakpamé, ville dans laquelle il fut plus facile à l’armée de marcher sur les populations que de respirer. La plupart des versions sinon toutes, citent un nom qui terrorise à vue d’œil, le major Armand Bilizim N’ma Kouloun. Major de la Gendarmerie Nationale à la retraite depuis des années, cet homme est plus craint que les autorités de la localité. Mais c’est aussi dans cette ville que Faure Gnassingbé a prononcé son discours historique, à tout le Togo, ‘‘urbi et orbi’’, celui du « Plus jamais ça ». Si suite aux évènements qui se sont déroulés à Djéréhougné, un village dans le canton de Woudou, février dernier, la ville craint plutôt une remontée des milices, on craint aussi une fois encore qu’on oublie de mettre Atakpamé sur l’agenda politique.
Que dire ou que faire quand une ville aussi importante qu’Atakpamé tombe en oubli et en lambeaux ? Le dire constitue le seul moyen. Certaines personnalités de la ville contactées, personne ne veut accuser le gouvernement et assure qu’il s’agit de « la gouvernance Locale qui fonctionne au ralenti, dû à la mauvaise foi de beaucoup de fonctionnaires, qui ne font pas le travail comme le veut Lomé II ou qui parfois détournent l’argent ». Et si cela était vrai, le gouvernement n’est-il donc pas en tort ? Curieuse manière de voir les choses.
Source : [02/03/2016] Sylvain-Epiphane Vidzraku, Afrik Reports























