Le monde bouge et les Nouvelles Techniques de l’Informatique et de la Communication, NTIC, avec. Partis du facebook, beaucoup de réseaux sociaux ont proliféré. A l’heure où, dans des pays restés atypiques comme le Togo, les frais de communication sont des plus élevés au monde pour une piètre communication, les réseaux sociaux sont plus qu’une bouée de sauvetage. Ils sont nombreux, ces Togolais naufragés d’une télécommunication ganglionnaire qui s’accrochent, de droit, à ces nouveaux réseaux pour combler la lacune nationale.

A peine ils naissent, les réseaux sociaux prolifèrent à la vitesse du son au point de devenir des régulateurs du quotidien des citoyens, sont-ils du bas peuple ou de l’élite : Viber, Whatsapp, Messenger, Facebook, Imo Beta, Instagram et que sais-je encore, la liste est longue. De ces différents réseaux sociaux, celui qui est en passe « de damer » le pion à Facebook est probablement Whatsapp. Ce dernier a été acquis par Facebook en février 2014 pour environ 19 milliards de dollars. Avec ces nouveaux outils, on communique mieux et à moindre frais. A l’heure où l’internet est devenu une denrée rare dans notre pays, même avec une connexion somnolente, le citoyen communique à merveille sur ces réseaux.
WhatsApp fondée en 2009 par Jan Koum et Brian Acton, deux anciens ingénieurs américains de Yahoo!, est un outil par excellence que, dans certaines communautés, les différentes couchent sociales utilisent pour se sensibiliser, s’interconnecter et réhabiliter un tissu social de plus en plus dessoudé par la distance et l’individualisme. Mais pour d’autres communautés, à moins que l’on ne se ressaisisse, surtout avec les jeunes en quête de sensation forte, le même outil risque de devenir un poison qui tue à tout vent. Et on se demande si les américains qui l’ont inventé ou l’inventeur de facebook qui l’a racheté les utilisent ainsi. Instrument de communication gracieusement offert par les NTIC, il est vraiment ce que les philosophes désignent par la langue d’Œdipe, « la pire et la meilleure des choses ».
Tout est fonction de l’usage qu’on en fait. Ces instruments de la communication qui désormais guident le monde, le Whatsapp notamment, ayant leurs avantages et limites, à évaluer de près les dégâts, tout porte à croire qu’une tranche de la communauté Tem-Kotocoli, semble avoir choisi d’en faire usage du côté pervers. Nous osons croire que nos frères et sœurs comprendront qu’un mauvais choix peut se corriger avant qu’on en devienne une victime coupable. Et pourtant, le tem est resté longtemps un peuple qui a des valeurs enviées de toutes parts.
Le Tem hier et aujourd’hui
Pour qu’un peuple sache qu’il déroute, il faut bien qu’il sache d’où il vient. Ainsi, pour la jeune génération, nous revisitons l’histoire encore récente afin de planter le décor et être au même niveau de compréhension.
D’abord, il faut relever qu’à l’arrivée du colon blanc au Togo, la communauté Tem était l’une des rares communautés organisées, éveillées, disciplinées et stratifiées derrière une chefferie traditionnelle centrale forte autour de laquelle gravitaient de petites chefferies soumises à ce qu’on a appelé le chef supérieur. Ainsi, se sont succédés les Ouro-Djobo, Ouro-Agnoro, Ouro-Tchagodomou, Ouro-Tchadjobo, Ouro-Issifou et autres. A chacun son temps de règne. Quand le colon foulait du pied notre territoire, le Tem savait déjà s’auto-coloniser en organisant son territoire. Il savait qu’il fallait se doter de petits chefs que représente une chefferie centrale forte basée dans un chef-lieu. Il savait qu’il fallait définir les prorogatifs du chef central tout comme des petites chefferies, qu’il fallait leur adjoindre des notables et des serviteurs. Il savait aussi qu’un chef doit se déplacer à pas de sénateur, soit à pieds en compagnie de ses notables, soit transporté dans un hamac ou à dos de cheval entouré de griots et éviter de se mélanger les pédales avec les bambins.
Sur le plan économique, outre l’agriculture qui était connue de toutes les contrées, l’artisanat avait un pas en avance. Bref, socio économiquement parlant, les ancêtres ont su très tôt mettre les petits plats dans les grands pour la bonne marche de la communauté et le développement social. Ils savaient qui doit faire quoi et qui ne doit pas faire quoi afin de ne pas mélanger les genres, tout était défini. Bref, si le Blanc était venus trouvés des communautés en avance sur leur époque, la communauté Tem qui couvrait les limites de Sotouboua, de Tchaoudjo jusqu’à celles d’Assoli en était une.
L’histoire renseigne que le très puissant roi Béhanzin de Dahomey, voisin immédiat du Togo, dans ses velléités expansionnistes, s’est retrouvé en face d’une communauté Tem trop organisée et assez en avant pour subir une quelconque vassalisation, soit-elle d’un Béhanzin. Le roi du Dahomey a défaut de le conquérir a dû se lier d’amitié avec le chef central Tem qui disposait déjà à l’époque de plus de 400 chevaliers formées et organisés pour le combat à dos de cheval. A ces périodes le cheval était un animal qu’il n’est pas donné à tout le monde d’apprivoiser. En bon stratège, le Béninois a compris que, quand on ne peut pas mettre un peuple sous sa domination, on s’allie à lui. Dans cette optique, Béhanzin a envoyé sept jeunes filles chacune chargée d’un présent au chef supérieur Tem à Tchaoudjo en guise d’amitié. Jusqu’ici un de ces présents, un tabouret de bois sculpté, est encore exposé à Kparatao (Sokodé) et tout le monde peut le visiter contre un franc symbolique à titre touristique.
C’est juste une présentation sommaire du peuple tem afin que l’on sache faire un parallèle entre ce qu’il fut et ce qu’il est présentement. Histoire de savoir si l’on a reculé ou avancé.
Un tissu social à la merci du modernisme et des détails inutiles
Ce peuple qui s’est réveillé tôt, qui savait très tôt se lever pour marquer l’arrivée d’un chef, ou se déchausser pour traverser un supérieur assis dans la cour du roi, est présentement otage d’une indiscipline à la limite d’une arrogance difficile à diagnostiquer. Il est vrai, la démocratie est passée par là, mais la même démocratie est aussi passée par le pays du Moro Naba ou chez le roi Achanti où les chefs gardent encore la tête haute avec le respect et l’estime de leur peuple. Actuellement en pays Tem, pour un oui ou pour un nom, les couches sociales peuvent s’entredéchirer, se manquer d’égard et briser, l’un contre l’autre, la politesse la plus classique. Ainsi, la plus grande misère vient des jeunes à l’encontre des supérieurs. En milieu tem, on ne sait plus qui vient avant qui, qui doit parler avant qui, où commence le rôle de tel et où finit celui de tel autre. Plus le monde avance, plus ce peuple s’embourbe dans une anarchie qui vient compliquer un quotidien socio économiquement déjà difficile et peu enviable. Que reste-t-il de cette organisation séculaire tem ? Quel héritage a été transmis aux nouvelles générations? D’où vient cette violente rupture entre le glorieux passé et le triste présent ?
D’abord la chefferie supérieure est depuis longtemps absente pour des motifs politiques. Tout est remplacé par de petites chefferies charcutées en canton-politiques qui ont poussé comme des champignons. Les chefs sont des portes flambeaux d’une tradition désormais soumise aux désidératas politiques, auxquels ils doivent d’ailleurs leur choix. Les chefs doivent réapprendre à être chef. Rares sont ceux qui savent s’imposer en chef et la plupart se plient en deux au premier coup de main d’un petit homme politique qui peut lui laisser un billet violet avant de s’en aller. La tradition a démissionnée d’en haut. Les parents, pour leur part, jouent à peine leur rôle d’éducateur et il se prolifère une génération qui ne connait pas ses limites, qui croit qu’il suffit de savoir insulter, humilier ou dénigrer un supérieur pour être pris au sérieux.
De Sokodé à Bafilo, la quasi-totalité des jeunes, pour juguler le chômage et la marginalisation face à l’emploi, se sont disséminés dans tous les pays du monde en quête du mieux vivre. Plus on a les moyens et la chance, plus on va en aventure loin de son pays et plus on réussit sa sortie, en tout cas, le plus souvent. D’une façon globale, la formule a marché et il suffit de se demander quelle image présenteraient nos milieux sans les portes de l’occident pour s’en convaincre? Mais si de l’extérieur, les aventuriers, encore que tout le monde n’est pas un modèle de réussite, mouillent le maillot pour répondre aux attentes du village, au village, il naît une génération attentiste, désorientée, sans grande vision et la bouche ouverte vers les aventuriers comme si ceux-ci étaient couchés dans du pain beurré sur leur terre d’accueil.
Les aventuriers, il en a une bonne frange qui a réussi sa sortie, qui s’est affirmée, qui pense matériellement au mieux- être pour la grande famille africaine. Mais si certains sont des responsable, voir même des leaders d’opinion, qui savent quand est-ce que le devoir communautaire les interpelle, il y en a qui croient qu’il suffit de traverser les mers pour se sentir grand quelqu’un et se permettre tout à la moindre occasion. Ainsi, depuis que les réseaux sociaux sont nées, et principalement le whatsapp, certains croient que, pour contribuer à résoudre les difficultés au pays, à chaque fois qu’un indélicat tousse, la meilleur vertu est de se saisir de son meilleur Smartphone et, du haut de son style rasta ou Afro, faire un enregistrement audio pour insulter tout le monde afin de se sentir un fils Tem accompli et utile.
Ces sorties ratées n’honorent pas la diaspora dont la contribution à l’essor économique de nos milieux n’est plus à présenter. Et dès qu’un individu de l’étranger lance le ton, au pays, on croit que c’est le modèle à suivre alors que les responsables de la diaspora cherchent à recadrer leur membre défaillant. Ça va alors dans tous les sens et on mélange les torchons et les serviettes. Mais c’est ce qui s’est passé avec ces enregistrements Whatsapp, qui pleuvaient de partout parce qu’un certain imam, soit-il un Morou Souleymane de Totsi, a prononcé deux phrases polémiques, qui ont le plus attristé tout le monde. Si avec les uns on a écouté des interventions responsables et constructives pour donner un avis et apaiser les tensions, avec d’autres c’est la grande envolée.
Pendant que ces réactions à ton discordants venaient de l’étranger, sur le plan national, la pilule n’est pas moins amère. Pour certain, afin d’être un vrai musulman et marquer son désaccord avec un imam qui fait fausse route, il fallait à tout prix faire usage de son Samsung-phone pour radoter un son et balancer à tour de bras comme pour revivre les écarts de langage qu’on a abandonné dans les grands carrefours au pays.
Que reste-t-il, que reste-il, que reste-il de cette civilisation ?
Et pourtant les priorités sont là, toutes rebelles, dans tous les carrefours de ces deux villes faméliques où apparaissent rarement quelques initiatives communautaires louables si ce ne sont des scandales à répétition : tel baron a fait ça, tel jeune a dit ceci de ce chef, tel a osé prendre la parole en lieu et place de tel autre, toujours il y a un sujet de distraction pour détourner l’opinion de l’essentiel, c’est-à-dire, le développement. Toutefois, un adage dit que « même en période de disette, dans les grandes cours, il reste toujours de la cendre qui fume » ou encore « l’eau ne tarit pas à la source, il restera toujours de la boue ». Nous espérons qu’il n’est pas trop tard pour que le peuple Tem renaisse de cette cendre ou de cette boue. Autrement, la décadence morale a atteint des niveaux inquiétants. Les réactions et contre- réactions qui ont accompagné le prêche de l’imam de Totsi, parti de Lomé pour un évènement à Sokodé, a donné les preuves que le chantier est encore grand et qu’il n’est pas simplement question de bords à arrondir.
Journalistes témoins de l’histoire, notre silence sera d’une grande complicité à cette situation inconfortable. Certes, dans son intervention, l’imam Morou Souleymane a mélangé les pédales dans une démonstration qui a donné lieu à toutes les interprétations. Monsieur Morou Souleymane, c’est l’imam de la grande mosquée de Totsi à Lomé, il est Tchamba, mais sur le plan linguistique il est plus Kotokoli que la plupart des Kotokoli. D’ailleurs les Tchamba et les Kotocoli s’entremêlent si bien comme deux gouttes d’eau. Nous ne disons pas qu’il est un imam à scandales, mais certaines de ses prises de paroles sont parfois une source excellente de polémiques. Il a deux qualités qu’on ne peut pas lui retirer même si l’on ne l’aime pas. Orateur, il est sans pareil dans l’art de la rhétorique puis scribe, il est un calligraphe sans concurrent de la langue Arabe. Tout comme les autres imams, il gère sa mosquée et tisse son petit réseau d’influence. Il est l’un des imams qui a le plus infiltré le monde des cadres musulmans. En vers ces cadres, il est connu pour ses yeux doux pour avoir du foin à chaque fois qu’une occasion lui donne la parole en publique.
Beau parleur, que ce soit dans les occasions de simples réunions publiques, les funérailles, les baptêmes, mariages et autres rassemblements communautaires, l’imam ne rate pas de faire le coucou à ceux qui croient en son syllogisme souvent teinté de politique. C’est ce qui a dû se passé à Sokodé. Il n’en faut pas plus pour déchainer les passions. Selon l’orthodoxie musulmane dont on se réclame, ce qu’il a dit a de quoi choquer une catégorie de personnes, la plus importante d’ailleurs, même si une minorité estime qu’il a raison. Si une partie des musulmans considèrent qu’il y a eu des écarts de langage de la part de l’imam, il existe une autorité musulmane établie, même si elle est hémiplégique, elle reste la seule instance officielle qui existe. Les bonnes manières recommandent qu’on recoure à l’UMT pour redresser le tort. Du coup, quels que soient les propos tenus à Sokodé par l’imam, ce n’est pas une raison suffisante pour se déchainer contre lui sur les réseaux sociaux, le traitant d’un moins que rien en rendant public les détails que les musulmans pouvaient régler entre eux.
Les premiers enregistrements de Whatsapp une fois balancés sur le net, les réactions et contre- réactions fusaient de partout, les uns pour fustiger, les autres pour prendre la défense de l’imam. L’occasion faisant le larron, une catégorie y a trouvé une opportunité pour verser sa bile sur certains cadres tem qu’ils accusent d’être ce qu’ils appellent les porte- malheurs des autres cadres. Même le pauvre Mohamed Titikpina est déterré de sa retraite. Un audio avançait qu’il est l’un de ceux qui sont à l’origine de ce qu’ils ont appelé décadence de Foli-Bazi Katari, puisque depuis qu’il n’est plus ministre, pour ceux qui sont coupés de nos réalités, il est en descente aux enfers.
Un autre audio dit que c’est plutôt le Général Séyi Mêmene qui est celui qui a tout gâté dans l’ascension du même Foli-Bazi, faut-il en rire ou pleurer ? En tout cas, nous faisons économie des détails, le seul fait que, Memene et le DGA de la CEEB savent ce qu’ils sont l’un pour l’autre, suffit. On tient tous les propos désobligeants contre les cadres attribuant aux uns et aux autres des rôles qui ne leur ressemblent pas. Nombreux sont les cadres de la communauté qui sont passés par la tronçonneuse sur des accusations qui tiennent à peine debout. Fort heureusement qu’ils sont assez lucides pour être ébranlés par trois minutes d’un enregistrement, soit-il d’un Whatsapp, venu de l’occident, du Gabon, de l’Arabie Saoudite ou du quartier voisin. Dans certains enregistrements, Faure Gnassingbé, en a aussi eu sa dose. De grâce, c’est quand même un « Chef d’Etat » , un Président d’une « République », aussi longtemps qu’il le demeure, il incarne un symbole national (sic). De grâce, ce n’est pas tout ce qui traverse la tête qui s’exprime, quand un homme public déconne, il y a aussi les voies autorisées pour le ramener à la raison.
Si un Togolais veut critiquer monsieur Faure par exemple pour sa gestion du pays, c’est un autre débat. Et entant que citoyen, il est libre de ses appréciations dans la limite de l’éthique. Le Whatsapp qui est un véhicule de développement, ailleurs, est devenu, surtout en milieu tem, un instrument d’auto flagellation contre les aînés, un couroi d’anarchie et de désordre organisé qui ne permet de retenir au finish aucune leçon. Cette NTIC qui tire des peuples vers le haut risque de tirer certains vers le bas. De grâce, frères et sœurs de la communauté, le Whatsapp que vous utilisez pour distribuer à longueur de journée des bêtises, des injures et menaces est le même Whatsapp que les autres peuples utilisent pour développer leur milieu, s’organiser, se constituer en groupe sociaux, penser à leurs problèmes existentialistes, se prononcer sur le développement de la République, échanger sur tel ou tel sujet pour trouver une issue aux maux sociaux de leur localité.
Source : Abi-Alfa, Le rendez-Vous N°280 du 12 Mai 2015























