
A part la ville de Dapaong, Atakpamé est la seconde localité retenue par la phase 1 du Projet d’Eau et d’Assainissement du Togo (PEAT-1) afin de permettre un meilleur accès des populations à l’eau potable, et ceci avec un budget plus considérable soit un peu plus de 4 milliards. Mais les décideurs (ministère de tutelle et les acteurs institutionnels de suivi et de contrôle (SP-EAU) étant restés les mêmes qu’à Dapaong, le résultat a été identique : Ouvrages non conformes au budget alloué. Résiliation partielle de 963 millions et 66,5 millions volatilisés.
Les éléments de similitude des malfaçons et non-conformités relevées dans l’exécution du PETA-1 à Dapaong et celles constatées à Atakpamé sont ahurissants. Ces éléments laissent croire un modus operandi identique mis en place au sommet de l’Etat ou encore à un système de corruption bien huilé établi dans la gestion des financements reçus des partenaires économiques du Togo.
N’eût été le rapport d’audit des travaux, les parties des marchés du PEAT-1 (autant à Dapaong qu’à Atakpamé) non réalisés, les matériaux non conformes utilisés et les dégradations immédiates visibles sur les ouvrages seraient passés sous silence. Et les populations continuent de souffrir le martyr pour se satisfaire en matière d’eau potable.
A Atakpamé particulièrement, le PEAT-1 visait la mise en place d’infrastructures de production et d’adduction d’eau ainsi que des travaux d’extension du réseau : station d’eau brute et de traitement d’Irobo, le système de pompage à Glélou, Bakpété et Tchakapli. Cette réalisation s’articule autour de trois (03) contrats:
* la réalisation d’infrastructures de production et d’adduction d’eau potable d’un budget de 3,5 milliards suivant contrat FED/2019/408-294 attribuée à l’entreprise LUDWIG PFEIFFER avec un suivi et contrôle confié à SP-EAU
* Les travaux d’extension du réseau de distribution à travers l’amélioration du système de pompage à Glélou, Bakpété et Tchakpali confiés aux entreprises EMT et EPLUS TOGO respectivement pour 157 121 100 F CFA et 184 550 000 F CFA ;
* l’aménagement de centres de regroupement intermédiaires des déchets ménagers et d’installation de stockage desdits déchets et de traitement des boues de vidanges suivant contrat FED/2019/408-265 dont une bonne partie évaluée à 963 192 259 F CFA est résiliée.
Contrairement aux spécifications contractuelles et au budget alloué, le rapport d’audit révèle que les dosages, les volumes, les épaisseurs et les dimensions des ouvrages ne sont pas respectés. Ainsi parmi les centaines de malfaçons relevées par l’audit, on peut noter:
* une piste d’accès étroite à la station d’Irobo et des chambres de vanne aux diamètres inférieures ;
* des fuites d’eau au niveau des bétons ;
* un non achèvement de la station de traitement ;
* des non conformités au niveau du logement des exploitants ;
* sur les travaux d’extension de Glélou, un écart entre les quantités payées et celles mises en œuvre.
Le coût de ces malfaçons et des ouvrages payés mais non-réalisés dans le cadre du PEAT-1 à Atakpamé se chiffre à plus de 142 millions de francs CFA.
Suivant le rapport d’audit, il y a un écart entre les quantités présentées dans les décomptes, les quantités payées non conformes et les constats d’audit.
Lorsqu’on fait le parallèle avec ce qui s’est passé à Dapaong où les travaux ont été simplement bâclés, il convient de s’interroger sur les responsabilités.
Devrait-on conclure que les entreprises attributaires des travaux sont tous incompétents ? Une telle conclusion serait trop facile puisqu’il s’agit de sociétés qui opèrent également dans d’autres pays.
Dès lors les regards se tournent plutôt vers les acteurs institutionnels du Togo comme la SP-EAU et les ministères de tutelle. D’ailleurs le rapport d’audit indique clairement que : « la SP-EAU a certifié des quantités des travaux non réalisés (…) la presque totalité des manquements constatés se résument à la certification et au paiement de quantité non réalisées ».
Il faut alors rechercher les responsabilités au niveau des décideurs, c’est-à-dire les gouvernants qui ont la charge d’assurer un accès à l’eau potable aux populations.
Si les entreprises attributaires ne sont pas inquiétées face à l’état désastreux des ouvrages du PEAT-1 à Atakpamé et à Dapaong, c’est certainement que les autorités togolaises qui auraient pu mettre en œuvre leur responsabilité « sont mouillées » et trempent dans système global de corruption.
Tout compte fait, les villes de Dapaong et d’Atakpamé constituent des témoins de l’incompétence notoire de Faure Gnassingbé et son équipe dans la gestion du Togo. Le PEAT-1 n’a pas servi aux intérêts des Togolais comme l’espérait l’Union Européenne. La minorité Rpt/Unir s’en est encore remplie les poches.
Kossi Lamba
Source: Lalternative.info























