
Ils étaient finalement obligés d’entrer en grève hier dimanche 08 mars, fatigués par des années de durs labeurs, de précarité et des miettes que CIMTOGO leur jette, malgré les milliards que la société ramasse le mois. Mais l’employeur qui refuse d’assumer ses responsabilités, a plutôt contourné le mouvement en cherchant des personnes extérieures à l’entreprise pour faire le travail, mettant ainsi des vies en danger. Immersion dans un petit enfer pour les travailleurs, qui s’appelle CIMTOGO.
La situation concerne les employés au niveau de l’ensachage au sein de l’usine de CIMTOGO. Selon le Collectif des travailleurs, depuis quelques années, l’entreprise se cache derrière un système de sous-traitance pour éviter ses responsabilités envers les travailleurs de l’usine. « Ce système nous maintient dans une précarité salariale permanente”.
Pour rafraîchir un peu la mémoire aux fidèle lecteurs, le système de sous-traitance RMO est une solution d’externalisation des Ressources Humaines qui prend en charge la gestion de certaines activités de ses clients (manutention, vente, RH, etc.) qui sont généralement des entreprises. Le personnel travaillant chez l’entreprise est embauché par RMO, qui reste leur unique employeur, garantissant ainsi la conformité réglementaire.
Sauf que dans nos pays, notamment au Togo, le RMO est devenu un système d’escroquerie qui soumet des travailleurs à des conditions précaires, en complicité avec les entreprises qui les sollicitent.
Selon le Collectif des travailleurs de l’ensachage dans l’usine de CIMTOGO, un nouveau prestataire RMO a démarré ses activités avec ces derniers le 1er janvier 2026.
« En accord avec CIMTOGO, il a instauré un système de travail à la tâche, fixant le prix à 118,98 F CFA par tonne. Notre rémunération dépend uniquement du tonnage effectué, alors que l’activité se déroule 24h/24 en quatre équipes de 23 personnes chacune », confie à notre Rédaction le Collectif.
Selon les données mises à la disposition de la Rédaction par le Collectif, une équipe peut ensacher 5 000 tonnes de ciment chaque quinzaine. Avec les 4 équipes qui travaillent dans le secteur, cela fait 20 000 tonnes en quinze jours.
Le ciment est vendu entre 74 000 et 77 000 F CFA la tonne, ce qui rapporte à CIMTOGO 1,48 à 1,54 milliard de F CFA par quinzaine. « Nous, les travailleurs sous-traités, sommes payés à la tâche : 118 F CFA par tonne. Pour 20 000 tonnes, cela représente seulement 2 360 000 F CFA, à partager entre 92 travailleurs (23 par équipe) », regrettent les employés.
Et d’ajouter : « CIMTOGO encaisse au minimum 1,48 milliard. Nous recevons à peine 2,36 millions. Ils gagnent plus de 625 fois ce qu’ils nous versent. Nous touchons moins de 2 francs pour chaque 1 000 francs encaissés ».
Au même moment, selon le Collectif, les employés directs de CIMTOGO bénéficient de salaires décents et d’avantages sociaux complets (primes, couverture médicale, congés, sécurité de l’emploi). Cette différence montre que le système de sous-traitance n’est pas une fatalité, mais une stratégie délibérée pour maintenir une partie des travailleurs dans la précarité.
Revendications face à cette injustice
Fatigués d’être le dindon de la farce, les employés ont adressé le 27 janvier dernier un courrier collectif à RMO afin de régulariser leur situation conformément aux conventions collectives en vigueur en Afrique de l’Ouest.
« Afin de garantir des conditions de travail dignes et conformes aux standards légaux et sociaux, nous sollicitons : un salaire de base de 100 000 FCFA; une indemnité de transport de 15 000 FCFA par mois; une prime de salissures de 500 FCFA par jour; une prime de nuit avec majoration de 30%; une prime de pénibilité de 2 000 FCFA par mois; la mise en place d’une cantine pour les employés ; la prise en charge médicale en cas de maladie ou accident lié au travail; le paiement des salaires par virement bancaire, garantissant transparence et sécurité; et le respect du droit à 30 jours de congés payés par an, conformément aux conventions collectives régionales », ont listé les travailleurs dans leur courrier.
Ils ont rappelé à leur employeur les risques auxquels ils sont exposés tous les jours dans l’usine. Ce sont notamment l’inhalation de poussières de ciment pouvant entraîner des maladies respiratoires chroniques, la manipulation de charges lourdes avec risques de blessures musculo-squelettiques, le travail en hauteur et proximité de machines industrielles augmentant les risques d’accidents graves, l’exposition à des produits chimiques et additifs pouvant provoquer des irritations ou intoxications, le travail de nuit et horaires prolongés entraînant fatigue, le stress et risques accrus pour la santé.
« Ces conditions de travail pénibles et dangereuses justifient pleinement nos revendications, conformément aux principes de santé, sécurité et dignité inscrits dans les conventions collectives régionales et le Code du travail », ont ajouté ces employeurs qui, à la fin du courrier, ont donné huit jours aux responsables du RMO pour réagir.
Grève
RMO Job Center Togo, filiale du Groupe RMO basé en Côte d’Ivoire que dirige une certaine Prisca Stéphanie Boua n’a daigné répondre au courrier des travailleurs.
« N’ayant reçu aucune réponse, nous avons lancé une grève le 4 février 2026 par arrêt de l’activité à l’ensachage. Ce jour-là, le Directeur Général de CIMTOGO est venu vers nous, reconnaissant être au courant de nos revendications et affirmant qu’il était en discussion avec notre employeur pour trouver une solution favorable », ont-ils souligné.

Le 26 février 2026, la réponse tant attendue était enfin parvenue aux employés, mais ils ont trouvé le contenu de la lettre insatisfaisant. « Ils n’ont fait que hausser le taux du tonnage à 129,80 F CFA et nous proposent de signer un contrat à durée déterminée à terme imprécis, toujours avec ce système de travail à la tâche. Nous refusons cette proposition ».
Dans la foulée, ils ont annoncé une nouvelle grève prévue pour le dimanche 08 mars dans l’après-midi. Ils réclament justice et dignité pour les travailleurs, des conditions de travail équitables et stables et la fin de la précarité imposée par la sous-traitance.
Mais à la surprise des travailleurs, pendant que la grève se déroule avec l’arrêt du travail dans l’usine, la direction de CIMTOGO a introduit des personnes extérieures, n’ayant aucune expérience préalable dans l’usine, pour remplacer les grévistes.
« Cette pratique est non seulement dangereuse, mais également contraire au Code du travail togolais, qui interdit formellement le recours à des travailleurs de remplacement durant une grève. Le manque de formation et de connaissance des procédures internes expose ces personnes, ainsi que l’ensemble du personnel et les installations, à un risque élevé d’accidents. En cas d’incident, la responsabilité de l’entreprise serait directement engagée », ont dénoncé les employés.
Ces travailleurs n’ont pas baissé les bras. Ils continuent la grève sous les menaces des responsables du RMO qui veulent amener d’autres personnes de l’extérieur qui n’ont jamais travaillé dans une usine et n’ont aucune expérience, pour démarrer les activités dans la section ensachage de CIMTOGO.
Source: Lalternative.info























