Le ministre des Affaires Étrangères Robert Dussey (5e à partir de la gauche) et sa diaspora du machin « Réussites Diaspora » | Photo : RT
Le ministre des Affaires Étrangères Robert Dussey (5e à partir de la gauche) et sa diaspora du machin « Réussites Diaspora » | Photo : RT

 « Ce n’est mépriser assez certaines gens que de dire tout haut qu’on les méprise. Le silence seul est souverain méprise ». Cette réflexion de Sainte-Beuve dans son oeuvre « Mes prisons » indique l’enfer d’illégitimité d’une dynastie de brutalité fauve qui demeure au Togo sous le terrorisme électoral. Elle se débat partout pour une restauration imméritée d’image afin de badigeonner sa réputation affreuse. Elle est en quête de béquilles pour se donner une apparence d’équilibre, alors que son infirmité éthique est éternellement le boulet de son naufrage politique.

Cette dynastie a encore l’audace d’une course d’onction derrière une diaspora qu’elle a outrageusement frappée d’interdiction de jouissance de ses droits civiques de participation à la vie politique, aux choix de désignation des représentants du peuple, malgré la puissance contributive à hauteur de plus de mille milliards par an dont elle ne se dérobe jamais pour aider ce pays à ne point mourir.

La honte est un principe d’éducation. Ceux qui ont dans la formation de la personnalité quelque étoffe ne peuvent aller si loin dans les brimades, dans l’irrévérence, dans l’assassinat des droits des autres et s’aventurer à quémander auprès d’eux, les exclus et les pestiférés indignes de jouissance pleine et entière des droits civiques, une couverture politique de renaissance médiatique.

Cette moquerie outrancière à l’endroit de la diaspora togolaise est fort perçue par la grande majorité de nos vaillants compatriotes. Ils ne veulent pas se salir les mains des pourritures d’un régime aveugle en répression en barbarie, en criminalité et qui se nourrit du rêve d’un pouvoir à vie. Cette dynastie ne se prive d’aucune occasion de réclamations populaires fortes pour dévaler sa cruauté sur de pauvres citoyens sans défense. L’injustice, la fraude électorale, le viol, la répression forment son asile.

La contrainte de l’exil, pour la plupart de nos concitoyens, dérive de la criminalité active d’un régime de la délinquance qui, en cinquante ans, a plongé ce pays dans une nuit de souffrances indicibles, dans un océan d’indigence et dans un déluge de répressions et de massacres. C’est ce régime invariablement le même, de père en fils, dans ses triomphes ethnicistes, dans un souverain repli identitaire avec quelques amitiés qui ont l’estomac en gamelle d’aumône qui forme la minorité qui s’adosse aux armes de guerre, confisque la richesse nationale, appauvrit le pays, contraint depuis un quart de siècle, la population à une hémorragie humaine vers l’étranger.

Ce drame de la citoyenneté togolaise qui se traduit en ces termes : « Togoa tro amé djipé ; mugba gni amé nopéo », signifie que la racaille de gouvernance a fait de ce pays une maternité où ne grandit plus un enfant. Ceux qui ont grandi à l’extérieur et qui ruminent la douleur de l’expatriation sont sollicités, sans le moindre frémissement humain, pour qu’ils apportent un crédit de notoriété à ceux qui les martyrisent, les privent de leurs droits et créent toutes les misères à leurs proches, leurs parents restés au pays.

Une faillite de conscience grandit en légèreté chez tous les hommes de déclassement humain. Et ceux qui ont confusément une image d’homme ne peuvent jamais répondre à la question morale et de bon sens. Nous ne nous étonnons pas outre mesure des sollicitations du gouvernement pour un vernis d’image par ce machin d’intérêt pour la diaspora : « Togo Réussites Diaspora ».

Toutefois, la lucidité est du côté de la diaspora elle-même qui ne tient pas à s’accommoder à une tentative morbide de récupération de sa construction hors de la « pollution politique » du Togo. Si sur deux millions, à peine deux cents se sont manifestés, selon les témoignages qui ne sont pas forcément dignes de foi, chez les organisateurs de prime de reconnaissance de la diaspora, il faut en inférer que la distance face à ce régime est sonore en méfiance avérée.

L’agitation diplomatique de mise en valeur des réussites de la diaspora ne tourne-t-elle pas court dans une participation squelettique pour une massue sur la tête de Robert Dussey et son patron Faure Gnassingbé ? Un règne en souffrance de légitimité peut-elle encore abuser de certains compatriotes de l’étranger dans un contexte de paradoxe qui est dans la privation de leurs droits civiques ?

I – Le temps d’un message

Ceux qui n’ont pas intégré dans leur psychisme, dans leur représentation mentale et morale les notions de communauté nationale, de pacte républicain, de contrat social, de serment, de respect de la Constitution, de la justice et de la vie humaine ne peuvent jamais, soudainement, dans leurs élans libertins, s’ouvrir des hublots de contemplation du mérite pour s’affirmer en valeurs et célébrer nos compatriotes qui sont des valeurs sûres construites à l’ombre des douleurs de l’expatriation forcée.

L’agitation politique autour des Togolais de la diaspora après dix ans de pouvoir du fils héritier du trône, qui n’a jamais considéré ces « gens d’ailleurs » comme des Togolais à part entière, est un théâtre ahurissant. Pour lui, on peut tout avoir par la force ou par la ruse pourvu qu’on se donne le temps des artifices de férocité et de jouer au renard selon l’objectif qu’on poursuit et la situation de la proie visée.

Ce calcul d’opportunité propre à ceux qui sont aveuglés par le pouvoir et qui sont englués dans des rêveries de la volonté de puissance est bien léger pour remorquer tout le monde. Les cibles avertis, ceux qu’on a proclamé « parias de la République » sans droit de vote parce qu’ils seraient d’une citoyenneté lointaine de la République et qui se donnent une chance d’exister, de se réaliser dans un bondissement, dans le feu des adversités et tribulations, voient clair pour se laisser bêtement embarquer par un pouvoir sans visage humain.

Ceux qui cultivent l’espérance dans la volonté d’exister sont toujours en situation d’éveil. L’effort sans relâche fait des forts. Ils ne se laissent pas déposséder de leur valeur, parce que le jugement solide de leur esprit se double de la morale. Ceux qui se construisent dans la patience du travail, dans la souffrance de l’effort, dans la création de leur génie voient de leur terrasse les pièges qu’on leur tend. Ils ne s’abandonnent nullement aux farces, parce qu’ils ont en eux une cuirasse de jugement et une promptitude de prévision d’anticipation.

Ce régime qui a toujours une peur panique des Togolais de l’étranger pour leur refuser le droit de vote, et qui tente de leur mettre des brides insurmontables à leurs projets d’installation dans leur propre pays pour décourager leur retour massif de réintégration, se met subitement après la présidentielle dont les images de proclamation des résultats leur ont courbé la tête de honte, à célébrer leur vie d’ailleurs, à primer des réussites et des visibilités de la terre natale à travers le monde.

Cette humanité –surprise de renversement de l’incivisme d’Etat n’a pas réussi à tirer un voile sur l’histoire du fils du « Timonier », la ligne de son parcours terrifiant, son inclination particulière pour les faux-serments, sa foi en l’achat de consciences et son fainéantisme d’engagement. Ramollir toutes les adversités contre l’usurpation du pouvoir, casser les résistances qui le met dans une situation d’ennui, voilà l’enjeu d’une trouvaille princière pour un règne normalisé.

Toutes nos fréquentations, toutes nos constructions de la vie sociale, toutes nos alliances affectives, économiques, politiques ont absolument besoin de quelque confiance. Ceux qui sont totalement indignes de confiance passent leur temps à vivre d’un écran d’artifices, inventant des grelots assourdissants pour s’allier des regards, une estime. Mais, dans le mépris et la distanciation, ils s’éteignent de leurs agitations à mesure que s’écoule l’instant de leur tapage.

Ceux qui par aventure mesurée ont cru devoir tenter l’expérience d’un accommodement à une sollicitation obscure pour répondre à cette pourriture fascinante « Togo Réussites Diaspora » quoique infimes qu’ils fussent, devraient plutôt s’inquiéter du charme du régime nébuleux, rapace et prédateur qui joue sur la vigilance relâchée de ceux qui lui prêtent le flanc.

Faure Gnassingbé a parfaitement conscience des entailles profondes qu’il laisse dans le coeur des Togolais. Comme il a brisé l’Union des Forces du Changement (UFC), il a concocté un plan de fascination pour ramollir des rancœurs flambées de l’extérieur qui se sont manifestées bruyamment contre un troisième mandat volé.

Le terrorisme électoral au Togo est mis au mât davantage par nos compatriotes de l’étranger, plus voyants dans l’exposition du drame électoral à la face du monde. Le « petit » est dans une rêverie morbide d’éternité au pouvoir. il tente de construire des soutiens de rassemblement autour d’un trône pour lequel, il est prêt à faire n’importe quoi, pourvu qu’il parvienne à se maintenir dans cet objectif. Il sait que le réveil durable des peuples se mène par les élites. D’où, face à la diaspora, un combat de décapitation sournoise est maintenant engagé. Il pense qu’on peut tout obtenir par la corruption active, passive ou par la brutalité fauve. Il peut encore jouer au chat, dans ce bidule « Togo Réussites Diaspora », qui ne caresse personne, mais qui se caresse à nous.

Quand on est d’une certaine qualité d’intelligence, on est toujours en révolte contre l’injustice, l’immoralité, le blasphème de la vie humaine. Une charité de reconnaissance et de célébration du mérite en gisant dans les pourritures du crime, du viol, du vol, de l’usurpation est le grand paradoxe qui nous éveille à la lucidité. Comme André Suares dans « Le Voyage du condottière », nous pensons que : « C’est aux hommes de ressembler à leurs portraits quand ils sont admirables ».