
Du Fonds d’entretien routier (FER) à la Société nationale de financement et d’entretien routier (SONAFIR), l’institution chargée de l’entretien des routes togolaises a traversé des phases de dissolution, de création et de changement de dénomination. À chaque fois, la promesse a été faite d’améliorer l’état du réseau routier. Malheureusement, le constat ne fait état d’aucun changement majeur sur le terrain. Au-delà des sigles, c’est la gestion de l’institution qui interroge.
En deux décennies de pouvoir de Faure Gnassingbé, plusieurs sociétés d’État ont connu des difficultés, souvent marquées par des problèmes de gouvernance et de gestion. Au lieu d’opérer des réformes profondes, le pouvoir s’est souvent contenté de changements de dénomination sans s’attaquer aux causes profondes des dysfonctionnements.
Ainsi, l’Office togolais des phosphates (OTP) est devenu la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT), la Société togolaise du coton (SOTOCO) s’est muée en Nouvelle société cotonnière du Togo (NSCT), l’Observatoire pour la sécurité alimentaire du Togo (OSAT) s’est transformé en Agence nationale de la sécurité alimentaire du Togo (ANSAT), etc. Les exemples sont nombreux.
Les institutions changent d’acronyme, mais les maux qui les affectent semblent leur rester attachés : manque de vision, difficultés de gestion, insuffisance de transparence et soupçons de mauvaise gouvernance.
Malgré ce constat largement partagé dans l’opinion, Faure Gnassingbé et son équipe poursuivent cette logique. Réuni en Conseil des ministres vendredi dernier à Lomé, l’exécutif a adopté, entre autres, un décret portant création de la Société nationale de financement et d’entretien routier (SONAFIR), qui se substitue à la SAFER.
Pour le gouvernement, la désormais défunte SAFER a montré des limites dans sa capacité à atteindre les objectifs qui lui avaient été assignés lors de sa création, il y a quatorze ans, en remplacement de la Compagnie autonome des péages et de l’entretien routier (CAPER).
« Plus d’une décennie après, les évaluations réalisées ont révélé des insuffisances limitant la capacité de la SAFER à répondre efficacement aux besoins croissants de financement des infrastructures routières », précise le communiqué du Conseil des ministres.
S’il est vrai que les besoins d’entretien du réseau routier deviennent de plus en plus importants, il n’en demeure pas moins vrai que les ressources générées par les frais de péage ont également augmenté, notamment avec la multiplication des postes de péage.
De l’avis de plusieurs observateurs, le changement de dénomination, le renforcement des mécanismes de mobilisation des ressources et l’élargissement des prérogatives ne suffiront pas à permettre à la SONAFIR de réussir là où la SAFER et ses prédécesseurs ont échoué.
Il faudra surtout instaurer une gestion rigoureuse et transparente des ressources collectées, ainsi qu’une véritable tolérance zéro face aux éventuelles malversations financières. L’on se rappelle que, à plusieurs reprises, l’Inspection générale d’État a relevé des insuffisances dans la gestion financière et comptable de la SAFER. Pourtant, les recommandations issues de ces contrôles n’ont pas toujours été suivies d’effets.
Pour bon nombre de Togolais, le passage de la SAFER à la SONAFIR n’apportera rien de fondamentalement nouveau. « C’est du nouveau vin dans une vieille outre ; le changement attendu par les usagers, ce ne sont pas les sigles, mais l’asphalte sous les roues », peste un camionneur, visiblement déçu par l’état des routes togolaises.
François Bangane
Source: LAlternative.info























