
L’héritage du chemin, la sagesse du pas
Parfois, un simple instant capturé par une image contient la vérité tout entière d’un règne, d’un homme et d’une nation.
Il est là, Patrice Guillaume Athanase Talon, au crépuscule de dix années d’une intensité rare. Mais ce n’est pas l’image du pouvoir absolu et éternel que nous contemplons. C’est celle d’une transmission. Regardez cette posture : le dos tourné aux lambris dorés, les pas esquissés vers la sortie avec l’assurance tranquille du devoir accompli. Il s’en va, la tête haute, laissant les clés d’une dynamique de continuité et de positivité à son successeur élu, Romuald Wadagni (même s’il y a à dire et à redire sur le processus qui a conduit à la succession).
Pour le citoyen togolais que je suis, ce spectacle n’est pas seulement beau ; il est bouleversant. Il m’impose une introspection douloureuse. Comment ne pas admirer, avec une pointe d’envie patriotique, ce que le Bénin a accompli en seulement dix ans, alors que chez moi, au Togo, 21 années de gouvernance monolithique n’ont même pas permis d’esquisser le début d’une telle transformation, ni d’entrevoir l’ombre d’une alternance ?
La promesse de Cotonou et le serment du chiffre « 2 »
Mon admiration pour cet homme ne date pas d’hier. Elle s’est cristallisée en une certitude un jour de juin 2021, sous les voûtes du Palais des Congrès de Cotonou. Ce jour-là, j’étais présent, mieux j’étais le Maître de Cérémonie, je dirigeais le programme du second Sommet Citoyen Ouest Africain, lorsque Patrice Talon a reçu des mains du Professeur David Ekoué Dosseh, le symbolique « bâton de la limitation des mandats ».
Devant une assistance suspendue à ses lèvres, le Président Talon avait pris un engagement solennel, presque sacré : celui d’introduire ce bâton dans les rites officiels de passation de charges au Bénin. Je l’entends encore dire, avec cette assurance qui le caractérise :
« Je le remettrai à mon successeur en lui disant de regarder le chiffre 2. »
C’était là sa promesse ferme de respecter la Constitution, de sanctuariser les deux mandats et de s’en aller. Cinq ans plus tard, en ce mois de mai 2026, la parole donnée est devenue une réalité historique. Quelle leçon !
Le bâtisseur intransigeant et la pierre d’angle
Pendant dix ans, cet homme que la clameur publique a parfois critiqué, voire vomi pour sa rigueur inflexible, a agi en véritable « Chef d’équipe ». Pour l’intérêt commun, il a opéré des réformes si profondes qu’elles ont bousculé les habitudes, la hiérarchie sur le continent. Oui, il a blessé, il a écarté, il a emprisonné ou contraint à l’exil ceux qui, parfois parmi ses propres amis et anciens partenaires, se dressaient en obstacles contre la marche de la refondation.
C’est le prix lourd et controversé de l’histoire. Mais au crépuscule de son mandat, force est de constater que cet homme tant contesté est devenu la pierre d’angle d’un Bénin moderne, un modèle salué par l’Afrique et le monde. Il a piétiné des certitudes et des privilèges au nom d’un dessein plus grand. Et s’il a parfois reconnu la dureté de ses choix, c’est avec la conviction du chirurgien qui coupe pour sauver le corps : si c’était à refaire, il le referait, car l’intérêt supérieur de la Nation ne s’accommode pas de sentiments tièdes.
Une leçon pour les « esprits nains » de la sous-région
Cette tribune est une interpellation directe et un miroir tendu à ces leaders d’Afrique et d’ailleurs, ces « esprits nains et petits », qui s’imaginent qu’après eux, le déluge. À ceux qui pensent que sans eux, leurs pays cesseront d’exister, que les hommes disparaîtront et que personne d’autre n’a le génie de gouverner. Ils s’accrochent au pouvoir, décennie après décennie, malgré une incompétence avérée et un mépris total de la dignité humaine, réduisant leur peuple à la misère morale et matérielle.
Patrice Talon, lui, prouve qu’on peut sortir par la grande porte. Il n’a pas cherché à tripatouiller les textes pour s’éterniser, ni à s’inventer un titre sur mesure pour continuer de trôner en sous-main sur le Bénin. Même si des craintes subsistent légitimement au sein de l’opinion quant à son futur rôle au Sénat et au risque d’une présidence sous tutelle pour Romuald Wadagni, l’acte fondateur est posé : le pouvoir change de mains.
Au revoir, Monsieur l’ancien Président. En marchant vers la sortie d’un pas si assuré, vous n’emportez pas le Bénin avec vous ; vous lui offrez son plus beau cadeau : l’avenir.
Puisse votre exemple parler aux cœurs de pierre de nos dirigeants frappés d’illégitimité et accrochés à leurs trônes vacillants. Puisse le chiffre « 2 » devenir le phare de notre sous-région. Vous avez démontré qu’un leader ne se mesure pas au temps qu’il passe sur le trône, mais à sa capacité à rendre le pouvoir au peuple et à savoir partir.
Vive la République ! Vive le Bénin, et que la sagesse contamine enfin le reste du continent !
[22/05 10:19] Joel Liberté: Togo/Certificat de nationalité : pas d’audience foraine gratuite
Au Togo, le ministère de la Justice et des Droits humains met fin aux rumeurs autour de la tournée nationale d’information consacrée au certificat de nationalité togolaise. Alors qu’une campagne de proximité est prévue du 4 mai au 9 juillet 2026 dans les différentes préfectures du pays, les autorités précisent que l’opération n’est nullement une « audience foraine gratuite ».
Lancée dans le cadre de la modernisation des services publics, la procédure d’obtention du certificat de nationalité togolaise est désormais dématérialisée depuis le 13 décembre 2024. Les demandes s’effectuent en ligne à travers la plateforme dédiée du portail national des services publics.
Afin d’accompagner les citoyens dans cette transition numérique, le ministère de la Justice, en collaboration avec le groupe Canadian Bank Note (CBN), organise des journées portes ouvertes délocalisées sur toute l’étendue du territoire national. Cette tournée vise principalement à assister les usagers confrontés à des difficultés techniques, à traiter les dossiers urgents et à permettre le suivi des demandes déjà enregistrées.
Mais face à la propagation de fausses informations laissant croire à une délivrance gratuite des certificats de nationalité lors de ces rencontres, le ministère apporte un démenti formel. Les frais réglementaires restent en vigueur.
Ainsi, les dossiers nécessitant un certificat d’origine sont soumis à des frais de 15 000 FCFA, tandis que ceux disposant déjà d’un certificat de nationalité de référence doivent s’acquitter de 5 000 FCFA.
Le ministère rappelle que ces journées ne constituent pas des audiences foraines destinées à distribuer gratuitement des certificats de nationalité. Elles ont plutôt pour objectif de rapprocher l’administration des citoyens et de faciliter les démarches administratives grâce à l’appui des équipes techniques déployées sur le terrain.
Les autorités invitent donc les populations à faire preuve de vigilance face à la désinformation et à ne se fier qu’aux communications officielles. Les personnes concernées sont appelées à se présenter avec leurs quittances de paiement afin de permettre la vérification et le suivi de leurs dossiers.
Pour le ministère de la Justice, la nationalité togolaise demeure un acte administratif encadré par des procédures légales précises, impliquant des pièces justificatives et le paiement des frais fixés par la réglementation en vigueur.
[22/05 11:23] Joel Liberté: Crise UFC : Séna Alipui, le « hors-la-loi » qui exclut au nom des statuts
Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans la démarche de Séna Alipui. Celui qui prétend sanctionner Elliott Ahlin Ohin au nom des textes internes de l’UFC — l’article 47 des statuts, l’article 26 du règlement intérieur — serait lui-même, selon le vice-président fondateur, en train d’agir en violation flagrante de ces mêmes textes. Un comble.
Un congrès illégal comme acte fondateur
Tout part d’un congrès extraordinaire dont la légalité est aujourd’hui sérieusement contestée. Dans sa mise au point publiée ce 21 mai 2026, Ohin rappelle que ce rassemblement — qui a servi de base à la décision d’exclusion — s’est tenu en dehors de tout cadre réglementaire, sans respecter les procédures prévues par les statuts du parti. Le vice-président est catégorique : « Ce rassemblement illégal ne saurait produire des effets juridiques ou politiques opposables aux dirigeants légitimes du parti. »
Ce n’est donc pas Ohin qui est hors des clous. C’est Alipui lui-même, qui construit sa légitimité disciplinaire sur du sable juridique.
La justice, bientôt, tranchera
Une procédure judiciaire est en cours devant les juridictions compétentes togolaises. Elle porte sur la légalité du congrès incriminé et de ses décisions. En attendant que les tribunaux se prononcent, toute exclusion prononcée sur cette base apparaît, aux yeux d’Ohin et de ses soutiens, comme une manœuvre politique prématurée et partisane.
Arrêtons-nous sur les accusations portées contre Ohin : « violations répétées des statuts », « indiscipline », « sabotage ». Des griefs lourds, qui méritent d’être mis en regard des conditions dans lesquelles ils ont été formulés. Peut-on parler de violations des statuts quand c’est l’accusateur lui-même qui en a détourné l’esprit et la lettre ?
Olympio, où êtes-vous ?
Pendant que Séna Alipui et sa clique s’emparent des leviers disciplinaires du parti pour régler leurs comptes internes, Gilchrist Olympio, figure tutélaire de l’UFC, reste introuvable dans ce débat. Son silence, qui dure depuis trop longtemps, laisse le champ libre aux manœuvres de ceux qui semblent avoir davantage à cœur leurs intérêts personnels que l’avenir d’un parti qu’il a pourtant bâti pendant des décennies. L’âge pèse, dit-on. Mais le vide qu’il laisse au sommet de l’UFC coûte cher à toute une formation politique.
Rodrigue Ahégo,
La Voix des Sans Voix
























