
Les pays africains sub-sahariens affichant les indices de développement humain les plus élevés, les taux de chômage les plus bas et les niveaux de scolarisation les plus élevés sont Seychelles, Maurice, le Botswana, la Namibie, le Cap-Vert et l’Afrique du Sud. Ce sont tous de véritables démocraties.
Allez maintenant chercher les pays les plus pauvres, les plus analphabètes, les plus frappés par le chômage. Vous y trouverez systématiquement des régimes autoritaires, des dynasties ou des plutocracies qui organisent des simulacres d’élections tous les quatre ou cinq ans et appellent ça de la démocratie.
On nous dit ensuite que c’est la démocratie qui empêche l’Afrique de se développer. C’est l’argument favori de ceux qui ont réussi l’exploit d’abêtir des peuples entiers en leur faisant croire qu’organiser un scrutin truqué à intervalles réguliers équivaut à l’autogouvernance.
Ce n’est pas la démocratie qui a échoué en Afrique. Ce sont des régimes qui ont systématiquement détruit toutes les conditions qui rendent la démocratie possible à savoir la presse libre, l’indépendance de la justice, la société civile, la séparation des pouvoirs, et qui ont ensuite désigné le concept lui-même comme responsable de leur propre faillite.
Et ils comptent pour cela sur l’ignorance soigneusement entretenue d’un peuple méthodiquement abêti, pour lui faire avaler que gouverner avec lui, être redevable envers lui, lui rendre des comptes constitue un luxe inadapté à sa condition. L’infantilisation du peuple n’est pas un accident mais le projet. On lui dit que la démocratie est un concept étranger inadapté à sa culture et que la redevabilité affaiblit l’autorité.
Et ce discours, tenu par des dirigeants qui envoient leurs enfants dans les universités des démocraties qu’ils dénoncent, qui se soignent dans les hôpitaux des pays dont ils moquent les institutions, qui placent leur argent volé dans les banques des systèmes qu’ils qualifient inapproprés, trouve preneur auprès de populations à qui on a retiré les outils intellectuels nécessaires pour le déconstruire.
Le plus triste est de voir le citoyen abêti, celui qui a lu autant de livres qu’une pierre a voyagé, défendre avec la sérénité que confère une ignorance béante que l’Africain, ce même Africain dont les systèmes de gouvernance ont inspiré des civilisations entières pendant des siècles, est trop désordonné, trop sauvage pour être gouverné par la démocratie et ne peut l’être que par la force. Il dit cela fièrement sans sourciller. Sans une seule seconde de conscience de ce qu’il est en train d’accomplir, à savoir répéter mot pour mot l’argumentaire que le colon utilisait pour justifier sa domination.
Puis il y a les demi-lettrés qui, convaincus que mémoriser quelques rudiments fait d’eux des politologues, brandissent la Chine comme exemple. Permettons-nous la nuance qu’ils sont incapables de produire. La Chine, bien qu’autoritaire, n’est pas un régime où le fils succède au père par droit de sang, où un individu se proclame président à vie et réécrit la constitution selon son humeur du moment. Le Parti communiste chinois est d’une rigueur et d’une discipline que nos potentats locaux ne pourraient même pas simuler. On y gravit les échelons par le mérite et la compétence, non parce qu’on est le neveu, la maîtresse ou le camarade de promotion du chef. Et les corrompus, en Chine, finissent devant un peloton d’exécution.
Ici, on copie uniquement l’esthétique de la dictature chinoise, son goût pour la répression sans en reproduire ni la rigueur, ni la méritocratie, ni la discipline institutionnelle. On prend la brutalité et on laisse la compétence. On garde le culte du chef et on jette la reddition de comptes. Avec de tels régimes, bâtis sur le mensonge, l’incompétence héréditaire et le pillage organisé, nous ne pouvons que reculer. Et nous reculons!
Et à ceux qui continuent de défendre ces régimes vils, qui trouvent encore des arguments pour justifier l’injustifiable et qui comparent des dynasties kleptocratiques à des modèles de gouvernance que leurs propres dirigeants seraient incapables de comprendre à la lecture, sachez ceci : vous n’êtes pas des patriotes. Vous êtes les complices bénévoles de votre propre servitude. Vous faites gratuitement, avec conviction et avec fierté, le travail que le despote paie ses sbires pour accomplir.
Et le jour où vos enfants et petits enfants hériteront des conséquences de ce que vous avez défendu, ne venez pas chercher des explications. Elles sont là, dans chaque tyran que vous avez excusé, dans chaque citoyen courageux que vous avez traité de vendu parce qu’il refusait de plier. L’histoire ne sera pas tendre avec vous. Elle ne l’est jamais avec ceux qui ont choisi le confort de la soumission au détriment de la dignité de tout un peuple.
Farida Bemba Nabourema
Citoyenne Africaine Désabusée
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