Togo en faillite sous Faure Gnassingbé
Archives / Caric: Donisen Donald / Liberté

Regarder son pays s’enfoncer dans l’abîme sans dire un mot, c’est s’en rendre complice. Aujourd’hui, le Togo ne saigne pas seulement de ses crises politiques, de sa gouvernance économique ou des détournements massifs de deniers publics qui s’érigent en système. Il saigne de son âme. Une gangrène invisible, mais ô combien dévastatrice, est en train de ronger les fondations mêmes de notre société : la déchéance morale absolue.

Le constat n’est plus à la simple alerte ; il est au deuil de nos valeurs. Le sexe, autrefois sacré, intime et protégé par le voile de la pudeur, est jeté sur la place publique. Il est devenu une marchandise, un trophée, un objet de foire. Des jeunes, parfois à peine sortis de l’enfance, s’exhibent fièrement devant des caméras devenues les armes d’une destruction massive de nos mœurs. Comment en sommes-nous arrivés là ? Où allons-nous ? Et surtout, pourquoi ce silence de mort de la part de ceux qui se sont arrogés la charge de nous guider ?

Radiographie d’un naufrage sociétal : Quand le vice devient vertu

Il n’y a plus de filtres. Il n’y a plus de barrières. Les réseaux sociaux sont devenus le miroir déformant d’un Togo que nos ancêtres ne reconnaîtraient pas. Récemment encore, une vidéo mettait en scène une jeune fille, presque un enfant à la mamelle, se glorifiant d’avoir partagé la couche du père de son amie dans un état d’ivresse. Elle ne manifestait ni honte, ni regret, ni crainte. Elle rayonnait d’une fierté indescriptible, se félicitant d’un acte qui, jadis, aurait provoqué le bannissement ou des cérémonies de purification dans nos communautés.

Ce cas n’est malheureusement pas isolé. C’est une déferlante. Des plateformes numériques s’emparent de l’espace public togolais pour normaliser l’innommable :

– la banalisation de l’inceste : Des voix s’élèvent, sans complexe, pour soutenir qu’on peut coucher avec son parent, son enfant, son frère ou sa sœur ;

– l’apologie de la débauche collective : Des jeunes revendiquent haut et fort leur participation à des pratiques de partouzes, exposant leurs corps et leurs dérives comme des exploits.

– La marchandisation de l’intimité : Des vagues de vidéos proposent des « astuces » de plus en plus crues pour « dompter » les maris, les amants et les copains, réduisant les relations humaines à une simple mécanique sexuelle et vénale.

Le sexe est versé sur la place publique. Il n’y a plus d’âge, plus de pudeur, plus de dignité. La recherche du « buzz », des « clics » et des « likes » a transformé la dégradation de soi en un produit de vente lucratif. Devant ces caméras qui circulent comme des petits pains, la jeunesse togolaise s’offre en spectacle, inconsciente qu’elle est en train de brûler son propre avenir sur l’autel du voyeurisme mondial.

Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Les racines du mal

Une telle dérive ne naît pas du néant. Elle est le produit d’un double effondrement : celui de l’éthique politique et celui des structures éducatives traditionnelles.

C’est malheureusement un miroir de la gouvernance politique. On ne peut séparer la déchéance morale des mœurs de la déchéance de la gouvernance. Lorsque l’impunité devient la règle, lorsque la corruption est célébrée et que les détournements de deniers publics restent impunis, quel message envoie-t-on à la jeunesse ? On lui apprend que le vol, le raccourci, le mensonge et le manque de dignité paient. Une société où les pilleurs de la République roulent carrosse sans jamais s’inquiéter de la justice est une société qui dit à ses enfants : « La moralité est une faiblesse ». La dépravation sexuelle n’est que la suite logique d’une dépravation spirituelle et politique globale.

La politisation de la culture et de la tradition en est un facteur. Nos us et coutumes, qui servaient autrefois de garde-fous, ont été méthodiquement vidés de leur substance. La politisation à outrance de la culture a transformé nos chefs traditionnels et nos garants des us et coutumes en agents électoraux, bourreurs professionnels d’urnes. Privés de leur autorité morale, préoccupés par les faveurs du pouvoir politique, nombre d’entre eux ont abandonné leur rôle de boussole éthique. Nos fêtes traditionnelles, autrefois moments de transmission de valeurs et de reconnexion spirituelle, sont parfois réduites à des foires politiques et commerciales où l’alcool coule à flot prépare le terrain à toutes les dérives.

La démission parentale et le viol technologique de l’enfance en sont également deux autres facteurs. Le smartphone est devenu le nouveau parent de l’enfant togolais. Par lâcheté, par fatigue ou par ignorance, de nombreux parents ont abandonné l’éducation de leur progéniture aux algorithmes de TikTok, Facebook, Instagram, Snap… Des enfants de moins de 10 ans possèdent des téléphones connectés sans aucun contrôle parental, accédant à la pornographie et à la vulgarité mondiale avant même d’avoir compris les bases de la vie en société. L’éducation parentale a échoué parce qu’elle a confondu « fournir des biens matériels » et « élever un être humain ».

Le grand réquisitoire, face au silence coupable des élites

La question qui brûle les lèvres de chaque citoyen lucide est celle-ci : Pourquoi personne ne dit rien ? Pourquoi ce silence abyssal et complice ? Trois niveaux de responsabilités se dégagent :

– LES GOUVERNANTS : L’indifférence législative et l’apathie face au déversoir de boue numérique ;

– LES PARENTS : La démission éducative, la perte de contrôle et, parfois, la complicité passive face au gain facile.

– LES GARANTS DES US ET COUTUMES : La compromission politique et l’abandon de leur rôle traditionnel de boussole éthique.

Des questions qui demeurent sans réponses:

Aux Gouvernants : Êtes-vous conscients de la ruine de la Nation ?

Mesdames et messieurs les ministres, députés, magistrats, dirigeants politiques : se sentir concerné par l’avenir du Togo, ce n’est pas seulement construire des routes (encore faudra-t-il que vous en fassiez) ou voter des budgets. C’est veiller sur le capital humain.

– Où sont les lois pour encadrer le cyberespace national ? Celui que vous avez réussi à mettre en place, c’est juste pour empêcher les défenseurs des droits humains et les journalistes d’investigation d’effectuer leur travail, puisqu’en réalité, cela expose votre incapacité notoire et l’échec de votre gouvernance.

– Où sont les sanctions contre les diffuseurs de contenus obscènes ? Vous n’y pensez-pas puisque vous en faites la promotion.

– Pourquoi la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) et les ministères de la sécurité numérique restent-ils apathiques face à ce déversoir de boue ? Ils sont plutôt préoccupés, la première à étouffer la liberté d’expression, d’opinion et de presse ; le second à traquer, violenter, arrêter, blesser ou même tuer de pauvres citoyens qui ne militent que pour une alternance et un changement profitable à tous.

Votre silence ressemble à une stratégie d’abrutissement des masses. Une jeunesse divertie par le sexe, l’alcool et la vulgarité est une jeunesse qui ne revendique rien, qui ne réfléchit pas, qui ne conteste pas la mauvaise gouvernance. Mais prenez garde : vous régnez aujourd’hui sur un peuple qui se dissout, et demain, il n’y aura plus d’État à gouverner, juste un champ de ruines morales.

Aux Parents : Êtes-vous complices de la prostitution de vos enfants ?

Regardez vos maisons. Regardez vos filles et vos fils. Comment pouvez-vous accepter que vos enfants mènent un train de vie que l’argent de poche que vous leur donnez ne peut justifier ? Comment pouvez-vous voir vos filles s’exhiber à moitié nues dans vos propres salons pour des vidéos TikTok sans réagir ? Certains parents, terrassés par la pauvreté ou aveuglés par le gain facile, profitent indirectement des retombées de cette dépravation. C’est une honte nationale. Vous sacrifiez l’honneur de vos familles pour des miettes éphémères.

Aux Garants des Us et Coutumes : Où est passée l’institution de la Pudeur ?

Majestés, chefs traditionnels, prêtres des cultes ancestraux : vous êtes censés être les gardiens du temple. Le respect de l’aîné, la sacralité du corps, la pudeur étaient les piliers de notre vivre-ensemble. Pourquoi vos voix se sont-elles tues ? Avez-vous troqué votre dignité coutumière contre des privilèges politiques ? Quand la terre togolaise est souillée par l’inceste public et la débauche revendiquée, c’est votre autorité qui s’effondre. Sortez de votre torpeur, retrouvez le courage de l’excommunication coutumière et de la sanction morale.

Appel solennel à la jeunesse togolaise : Réveille-toi, tu cours à ta perte !

À toi, jeune Togolais, jeune Togolaise, qui te prêtes à ce jeu macabre. Il est temps de t’arrêter et de regarder la vérité en face.

On t’a fait croire que la liberté consistait à tout exposer. On t’a fait croire que coucher avec plusieurs hommes ou plusieurs femmes en quelques heures était une preuve de puissance ou de modernité. C’est un mensonge. C’est de l’esclavagisme moderne. Tu es en train d’échanger ton avenir, ta santé mentale, ta dignité et ton énergie vitale contre des algorithmes qui t’oublieront au prochain « buzz ».

Que retiendront de toi tes enfants lorsque, demain, ils taperont ton nom sur internet et verront tes vidéos de débauche ? Quel genre de foyer penses-tu construire sur les fondations de l’exhibitionnisme sexuel ? Tu vaux mieux que cela. Ton corps n’est pas un panneau publicitaire. Ton intelligence ne doit pas se résumer à des astuces pour manipuler les bas instincts d’autrui. Redeviens le digne héritier de ce peuple courageux. Reprends le contrôle de ta vie et éteins ces caméras de la honte.

Les mécanismes de la reconstruction : Comment stopper le délire ?

Nous ne pouvons pas nous contenter de pleurer sur les décombres. Il nous faut agir, de toute urgence, à travers des mécanismes rigoureux et collectifs.

– La riposte législative et judiciaire : Le bâton de la loi

L’impunité doit cesser sur le net comme dans les ministères où les promotions sur les canapés ont cours ;

– Pénalisation stricte : Il faut appliquer et durcir les lois contre l’outrage public (pas pour traquer les opposants politiques) à la pudeur et l’incitation à la débauche par le biais des systèmes informatiques. Tout individu s’exhibant ou faisant l’apologie de pratiques sexuelles déviantes face caméra doit être recherché, arrêté et sévèrement sanctionné.

– Régulation numérique : L’État doit mettre en place une brigade de surveillance des mœurs numériques capable de bloquer les contenus toxiques et de tracer leurs auteurs sur le territoire national.

Le sursaut éducatif : L’école et la maison

– Interdiction des écrans non contrôlés : Aucun enfant mineur ne devrait posséder un smartphone avec accès internet illimité. Les parents doivent réinvestir le temps de parole, le dialogue familial et le contrôle strict des fréquentations de leurs enfants.

– Réintroduction de l’éducation civique et morale : L’école togolaise doit cesser d’être un simple lieu d’assimilation de formules mathématiques. Elle doit redevenir le sanctuaire de la citoyenneté, de l’honneur et de la dignité humaine.

La charte de restauration coutumière

Les chefs traditionnels doivent se réunir pour déclarer l’état d’urgence morale dans nos préfectures. Des sanctions traditionnelles claires doivent être réhabilitées pour punir ceux qui bafouent l’honneur des communautés en ligne. La culture doit être dépolitisée pour retrouver sa force purificatrice et éducative.

Un choix de civilisation

Le Togo se trouve à la croisée des chemins. Ce que nous vivons n’est pas une simple crise passagère, c’est un choix de civilisation. Allons-nous accepter de devenir une nation de voyeurs, de débauchés et d’irresponsables, où le sacré est piétiné au quotidien sous le regard indifférent des autorités ? Ou allons-nous nous lever, comme un seul homme, pour dire STOP ?

Chaque jour de silence supplémentaire est une pelletée de terre que nous jetons sur le cercueil de l’avenir de nos enfants. Dirigeants, parents, chefs traditionnels, intellectuels, citoyens de tous horizons : brisons ce silence coupable. Notre dignité est notre seul véritable héritage. Si nous la perdons, nous aurons tout perdu.

Pour que vive le Togo, debout, digne et respecté. Il est temps de restaurer l’autel des valeurs. Tout de suite. Avant qu’il ne soit trop tard. Et cela passe impérativement par un changement profond que seule l’alternance au pouvoir peut provoquer, les dirigeants actuels étant des promoteurs de cette déchéance morale que nous condamnons de toutes nos forces.

Rodrigue Ahégo,
La Voix des Sans Voix

Rodrigue Ahégo | Photo: DR
Rodrigue Ahégo | Photo: DR