
«Il fut un temps où, lorsque la République vacillait, le pays savait vers qui se tourner. Lorsque les positions politiques devenaient irréconciliables, que les manifestations se multipliaient ou que le dialogue semblait rompu, quelques personnalités s’imposaient naturellement. Elles n’avaient pas toujours de pouvoir institutionnel. Elles ne détenaient pas nécessairement un mandat électif. Mais elles possédaient un capital autrement plus précieux. Celui d’une autorité morale reconnue par presque tous.» Afreepress.tg, dans «La Dépêche N° 1280 du 19 août2026»)
Avons-nous encore au Togo de telles personnalités respectables et respectées par tous, à même de jouer ce rôle de médiation, pour que les positions des uns et des autres, aussi tranchées soient-elles, se rapprochent pour le bien du pays? Nous pouvons aisément répondre par l’affirmative. Oui, de telles personnalités, dans le domaine confessionnel, universitaire et dans la société civile, existent bel et bien; que ce soit au pays ou dans la diaspora. Mais la deuxième interrogation qui se pose est de savoir si le régime en place au Togo est prêt à accepter leurs bons offices, pour qu’ils jouent sincèrement et librement leur rôle d’arbitre. Le pouvoir Gnassingbé, contesté par son peuple depuis plusieurs décennies et qui dispose de toutes les richesses et des forces armées du pays, et qui se voit fort, compte justement sur cette force pour continuer à régenter le Togo, malgré son total rejet de la part des populations. En un mot, le régime togolais, incarné aujourd’hui par Faure Gnassingbé, ne va aux discussons ou à une médiation quelconque avec l’opposition qu’à des conditions qui l’arrangent, pour qu’à la fin, quel que le soit le cas de figure, il garde le pouvoir.
Donc le régime de Lomé n’est pas prêt à écouter les sages togolais, honnêtes, courageux et intègres, capables de lui dire les quatre vérités, s’il veut vraiment que notre pays redevienne une nation normale et respectée. Qui a déjà oublié le cas de feu Monseigneur Philippe Fanoko KPODZRO, qui avait brillamment conduit les travaux de la Conférence Nationale en Juillet et août 1991, et qui a fini par s’exiler, parce que persécuté par le régime Gnassingbé, avant de quitter ce monde? Révolté par ce qui se passe de politiquement inacceptable et voyant son pays s’enfoncer chaque jour dans les tréfonts de l’inhumanité par le fait d’un régime politique qui a volontairement perdu le nord depuis longtemps, pour le plus grand malheur de son peuple, Monseigneur Kpodzro, en sa qualité de prélat et surtout de citoyen indigné, avait pris sur lui de défier le pouvoir Gnassingbé en lui crachant en face la vérité qui est celle de son incompétence et de sa mauvaise gouvernance. Il choisit donc ouvertement de dénoncer Faure Gnassingbé à qui il demanda de quitter le pouvoir, et soutint la candidature de feu Agbéyomé Kodjo aux élections présidentielles de 2020. La suite, tout le monde la connaît.
L’intelligence ou la sagesse d’un prélat, d’un universitaire, d’un juge, d’un certain âge, n’est utile et reconnue par le régime togolais de dictature que lorsque ce dernier ou cette dernière accepte d’éviter de lui dire les vérités qui fâchent. Et c’est justement pourquoi Nana Awa, par exemple, et le pouvoir Gnassingbé sont de bons amis; parce qu’elle a pris sur elle, en son âme et conscience, de caresser le régime prédateur dans le sens du poil. Car, personne ne peut nous dire que la juriste ne sait pas en son for intérieur que le HCRRUN (Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale) qu’elle a accepté de diriger, est une coquille vide, et que la réconciliation dont on nous rabat les oreilles, n’est pas actuellement possible au Togo, tant que ce régime anti-peuple, autour de Faure Gnassingbé est au pouvoir. L’autre homme de Dieu, feu Archevêque métropolitain de Lomé, Monseigneur Nicodème Anani Barrigah-Bénissan, rappelé à Dieu le dimanche 04 août 2024, fut également instrumentalisé pour diriger l’autre coquille, non moins vide, de CVJR (Commission Vérité Justice et Réconciliation), à l’issue de laquelle le HCRRUN vit le jour. Comment peut-on parler de réconciliation dans un pays où les tenants du régime Gnassingbé qui sont là depuis plus d’un demi-siècle, sont ceux-là qui ont pillé, continuent à piller; qui ont tué, continuent à tuer, pour que justement personne d’autre n’arrive au pouvoir?
L’autre structure pour amuser la galerie, ou plutôt, pour berner, insulter et humilier le peuple togolais spolié, est la Haute autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA). Des séminaires et conférences sont organisés pour, soi-disant, sensibiliser les jeunes générations aux problèmes de corruption. Que fait-on alors de ces nouveaux milliardaires autour du pouvoir, pendant que les populations togolaises tirent le diable par la queue? Pendant que le rapport de Transparency International, rendu public mardi 10 février 2026, estime que la corruption reste endémique au Togo, et classe le pays de Faure Gnassingbé 120e sur 182 avec un score de 32 points sur 100? Comme on le voit, et pour nous résumer, Nana Awa et tous les autres qui ont accepté de sacrifier les intérêts du peuple sur l’autel de leurs privilèges personnels, pour faire plaisir au régime Gnassingbé dont la mauvaise gouvernance sur tous les plans, n’est plus à démontrer, répondront de leurs actes devant l’histoire; tout comme les Togolas n’oublieront pas d’inscrire les noms de ceux qui ont pu ou su garder l’honneur et braver la peur, en disant non à l’infamie, comme Monseigneur Philippe Fanoko KPODZRO, au Panthéon des grands hommes.
Samari Tchadjobo
Allemagne























