Le premier ministre Togolais Faure Essozimna Gnassingbé en Russie | Photo: DR
Le premier ministre Togolais Faure Essozimna Gnassingbé en Russie | Photo: DR

« On ne cache pas une braise dans son pantalon, elle finit toujours par brûler », enseigne un vieil adage africain. Le spectacle diplomatique de Faure Gnassingbé, président du Conseil, semble aujourd’hui rattrapé par la réalité politique, jusque dans les airs.

Alors que sa communication, savamment orchestrée et relayée à grand renfort de tintamarre, cherchait à imposer l’image d’une diplomatie triomphante en Russie, et que certains hommes de Dieu avaient prêté leur voix à la célébration de l’éternité politique du régime, la CEDEAO vient, en quelques lignes, fissurer le récit soigneusement entretenu autour du pouvoir togolais.

La lettre de l’organisation communautaire datée du 23 octobre 2026, signée par son greffier en chef par intérim, remet brutalement sur la table une question que les artisans du changement constitutionnel de 2024 semblaient vouloir ensevelir : celle de la conformité de la nouvelle architecture institutionnelle togolaise aux engagements communautaires. En pointant une incompatibilité avec les exigences de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, la CEDEAO apporte une précision qui n’a rien d’anodin. Derrière les précautions du langage diplomatique se dessine une injonction politique sans équivoque : la mise en conformité de l’ordre constitutionnel togolais avec les normes communautaires et continentales. Autrement dit, une invitation pressante à corriger le tir .

Car la portée d’une telle interpellation ne saurait être réduite à un simple exercice de correspondance diplomatique. Elle soulève également la question des responsabilités politiques de ceux qui ont conçu, porté et accompagné une réforme constitutionnelle contestée au regard des principes démocratiques.

Les conséquences pourraient être considérables et les dispositions relatives à l’éligibilité des auteurs de violations graves des normes de gouvernance et des règles électorales pourraient, dans cette perspective, prendre une résonance toute particulière. En clair, la question de l’avenir politique de Faure Gnassingbé se retrouve, une nouvelle fois, au cœur du débat. Et l’on comprend aisément pourquoi cette correspondance communautaire pourrait troubler la sérénité du président du Conseil, en plein jubilé aérien.

Pendant ce temps, au Togo, de grands diplômés aux allures de sophistes s’offraient le luxe d’un colloque sur les changements constitutionnels. Certains de ceux qui avaient prêté leur intelligence et leur expertise à l’entreprise de démolition de l’ordre constitutionnel antérieur se retrouvaient ainsi à disserter sur la légalité et la légitimité de leur propre œuvre, allant jusqu’à prétendre livrer une interprétation contestable de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO. Mais voilà qu’au moment même où les uns s’évertuaient à habiller juridiquement une réforme controversée, les juges de la CEDEAO viennent siffler la fin de la récréation juridique togolaise.

Il y a, dans cette séquence, une ironie politique difficile à ignorer : pendant que certains s’emploient à convaincre les Togolais que tout est juridiquement en ordre, les institutions communautaires rappellent que les engagements démocratiques ne se négocient pas au gré des intérêts d’un pouvoir. La souveraineté d’un État ne saurait constituer un permis de transgression des principes auxquels il a librement souscrit.

Reste à espérer que ceux qui, jusqu’ici, ont fait le choix de la surdité politique finiront par entendre raison. Car on peut bien multiplier les colloques, mobiliser les tribunes, convoquer les grands discours et célébrer indéfiniment les mérites d’un système ; on ne saurait éternellement soustraire un pouvoir à l’épreuve du droit et de ses engagements.

Ricardo Agouzou