
On peut importer des modèles de développement, admirer les prouesses d’un pays et rêver de les reproduire au Togo. Mais aucun modèle ne peut réussir durablement là où la confiance entre les institutions et les citoyens est fragilisée.
Il y a des expériences qui en disent long sur l’état d’un pays. Des expériences comme celle-ci que nous avons personnellement vécue. Elle illustre le fossé qui peut exister entre le citoyen et ceux qui sont censés le protéger.
Story time ! Un homme a été victime de graves violences de la part de quatre sôdja. Nous nous sommes rendus à leur bureau pour nous plaindre. Le capitaine qui nous a reçus a établi un procès-verbal, puis il a dit à la victime de le signer. Ce dernier a protesté, car le procès-verbal le présentait comme le fautif, et non comme la victime. Le capitaine le rassure qu’il y a un deuxième PV qui dit que les sôdja sont fautifs de l’avoir agressé. Dès que le plaignant a signé, le capitaine nous a lancé en substance : « La procédure est terminée ! ». Bref, il nous a bien eus.
Son raisonnement était simple : la victime étant elle-même en infraction, elle avait tort, tout comme les agents qui l’avaient violemment brutalisée et blessée. Au final, un jeu égal entre les deux parties, comme si l’infraction de l’un pouvait effacer les violences commises par l’autre.
C’est ainsi que la confiance dans les institutions se détruit. Au lieu de rechercher la vérité et d’établir les responsabilités, l’autorité donne au citoyen le sentiment d’avoir été piégé. Une telle expérience ne nourrit ni le respect ni la confiance. Elle installe plutôt le doute, la frustration, le sentiment d’abandon et même la haine.
Et pourtant, c’est cette confiance qui constitue l’un des fondements essentiels du développement.
Le Togo peut se rendre en Chine pour observer ses infrastructures, admirer ses prouesses technologiques et s’inspirer de son modèle économique. Il peut même rêver de produire sur son sol une pomme plus gigantesques que celle que Faure a vue en Chine. Mais une chose restera sure, on ne saurait importer les résultats d’un modèle sans réunir les conditions qui permettent de les atteindre.
La terre togolaise peut être fertile, les ressources humaines peuvent être disponibles, les ambitions peuvent être énormes. Mais si le citoyen ne fait pas confiance à ses dirigeants et aux institutions, si l’injustice nourrit la méfiance et si l’autorité est perçue comme une menace plutôt que comme une protection, les ambitions de développement vont toujours se heurter à des échecs, comme ça a souvent été le cas pour plusieurs projets agricoles qui nous ont coûté des milliards mais ont foiré dans ce pays.
Le développement chinois ne se résume pas à des routes, des bâtiments, des technologies ou des performances agricoles. Le Togo doit s’interroger sur les mécanismes de gouvernance, de discipline institutionnelle, de lutte contre la corruption et de responsabilité publique qui ont transformé l’ambition chinoise en résultats concrets.
On ne construit pas un pays uniquement avec du béton, des machines et des investissements. On le construit aussi avec la confiance, la justice et la responsabilité.
Il ne s’agit pas seulement de vouloir faire du Togo une nouvelle Chine, il s’agit aussi de créer les conditions dans lesquelles le citoyen peut croire en son pays, lui faire confiance et être convaincu que ses droits et sa dignité seront respectés.
Tant que cette confiance et cette symbiose entre dirigeants et peuple ne seront pas suffisamment établies, les plus beaux projets risqueront de rester des rêves. Avant de vouloir reproduire les fruits d’un autre pays, le Togo doit aussi bâtir ce qui ne s’importe pas, c’est-à-dire la confiance de son peuple.
Source: Sikaajournal.com























