Le journaliste Apollinaire Mêwènèmesse, DP de l'hebdomadaire La Dépêche | Photo: DR
Le journaliste Apollinaire Mêwènèmesse, DP de l’hebdomadaire La Dépêche | Photo: DR

« Et si le Général Félix Kadanga Abalo était le Capitaine Dreyfus du Togo? » Voilà le titre de l’article publié à la Une de l’hebdomadaire La Dépêche N° 1185 du 28 février 2024, dans la foulée de «l’assassinat crapuleux du Colonel Madjoulba»; l’article qui a valu au doyen de la presse togolaise, Mèwènèmesse K. Apolinaire, une suspension de trois mois par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), surtout une incarcération du 26 mars au 09 avril 2024 et une libération sous contrôle judiciaire. Un contrôle judiciaire qui semble ne jamais prendre fin et qui est l’objet de notre propos d’aujourd’hui.

Rappelons que le journaliste Mèwènèmesse K. Apollinaire, aujourd’hui âgé de 73 ans, n’est malheureusement pas à ses premiers déboires avec les autorités et la justice de notre pays. D’ailleurs ce sous-titre dans le N°1186 du 5 juin 2024 de la Dépêche: « Le journaliste bagnard sous le règne du père et du fils » dit tout sur la presque permanente persécution dont il fait l’objet dans l’exercice de son métier. En 1998 par exemple, il croyait bien faire en écrivant dans son journal N°90 du jeudi 15 octobre 1998, un article titré: « Insécurité au Togo: Les dessous d’un fléau qui nous menace ». Dans l’article, le journaliste, croyant alerter l’opinion et attirer l’attention des autorités sur les différentes causes de l’insécurité qui sévissait à l’époque dans le pays, pointa du doigt la responsabilité d’anciens miliciens de la classe politique de l’opposition et du pouvoir, et même celle de certains éléments des forces de sécurité et de l’armée dans les actes de banditisme, faits de braquages, ici et là.

Cette publication, un peu osée, selon les autorités, valurent trois mois de prison à Mèwènèmesse K. Apolinaire. Mais le temps et les évènements lui donneront raison; car le 06 juin 1999 à Pya et le 12 juin 1999 à Lomé, le président Eyadéma Gnassingbé lui présenta ses excuses en ces termes lors d’une audience exclusive: «Nous sommes des militaires, quand il y a quelque chose, nous agissons d’abord avant de chercher à comprendre ce qui s’est passé». Ceci dit, ce qui importe aujourd’hui est le souci actuel du doyen Apolinaire lié à la publication du 28 février 2024 qui lui avait valu une suspension de 3 mois de la part de la HAAC et une incarcération pour deux semaines. Libéré le 09 avril 2024, il doit signaler chaque semaine sa présence à un juge et ne peut pas quitter le pays. Dans le jargon juridique, il est sous contrôle judiciaire. Pour un journaliste de 73 ans qui, à cet âge, doit avoir forcément des soucis de santé, a besoin d’aller se faire soigner, mais le contrôle judiciaire semble ne pas prendre fin. Selon le récépissé de déclaration de parution N°001/19/07/98/HAAC du 19 juillet 1998, La Dépêche parait depuis plusieurs décennies, et malgré ses déboires liés à une publication en 1998, une supposée entorse à la déontologie de la presse dont il sera d’ailleurs blanchi par le Général Éyadéma, malgré ses soucis avec la HAAC et la justice du 26 mars 2024, dont le contrôle judiciaire est toujours en vigueur, la plus grande partie, pour ne pas dire, la quasi-totalité des publications de La Dépêche est l’une des plus professionnelles au sein de la presse privée togolaise.

Alors, pourquoi, après avoir accepté de subir avec dignité les lois de son pays, relatives à ses obligations en tant que journaliste, le doyen du troisième âge de la presse togolaise ne peut-il pas enfin rentrer dans ses droits? Pourquoi le caractère irréprochable des publications de La Dépêche après la sanction, ne peut-il pas servir de circonstance atténuante, pour qu’après deux ans et demi, le contrôle judiciaire soit enfin levé pour que Mèwènèmesse K. Apollinaire puisse jouir de toute sa liberté d’aller et venir? Que ce soit d’octobre à décembre 1998 ou du 26 mars au 09 avril 2024, il y eut une véritable levée de boucliers des organisations de presse aussi bien au Togo qu’à l’échelle internationale; en Europe, aux États-Unis et même en Asie, pour dénoncer la persécution dont fut l’objet le journaliste togolais et pour demander sa libération. Reporters Sans Frontières et Amnesty International avaient également réagi. Nous faisons confiance aux instances de régulation de la presse et à la justice de notre pays pour ne pas croire que les autorités togolaises en la matière, qui devraient être fières de leur indépendance, attendent des pressions internationales pour agir en rehabilitant Mèwènèmesse K. Apollinaire. Car, au-delà de la joie d’un citoyen qui retrouverait toute sa liberté, ce serait également à l’honneur des institutions de la république, comme la HAAC et la justice togolaise.

Samari Tchadjobo

Samari Tchadjobo
Samari Tchadjobo | Photo: S.T