Les évènements se suivent mais refusent de se ressembler. Ce qui est vrai hier, n’est pas forcement vrai aujourd’hui dans la mesure où, dans un monde toujours en mutation, chaque contexte invente ses évènements.

Devenu un village planétaire, l’Afrique, à chaque lever du soleil, subit des mutations qui s’imbriquent. Il est important que les autorités togolaises, en l’occurrence, réfléchissent pour ne pas être un point noir à la risée du continent. La politique, si elle est, par endroit, pervertie par les comportements des acteurs, n’est pas en soi une science malsaine où on ne rentre que pour se faire du mauvais sang. Elle peut aussi être guidée par la vertu, le bon sens, la vision pragmatique, elle peut accoucher de l’héroïsme et non seulement des ironies tragiques. Pendant que les lignes bougent ici et là, le courage politique de l’ancien président gambien Yahya Jammeh en dernier exemple, le Togo semble s’être durablement installée dans la crise politique. De père en fils, les Gnassingbé refusent de partir du pouvoir la tête haute. Mais si on refuse de quitter la tête haute, on quittera la queue entre les jambes ou les pieds devant, puisqu’il faille quitter un jour quand même.
Togo, premier d’un chapelet de coups d’État qui s’est égrené dans la sous-région
Ce premier mauvais élève de la succession politique violente n’a pas fini de révéler sa face hideuse. Dans notre environnement, la vile tradition qui veut qu’on plante une balle dans la cervelle d’un chef d’État pour occuper sa place a commencé au Togo. Comme une onde de choc, d’un territoire à l’autre, c’était une série noire qui a contaminé des territoires suscitant des réactions les plus diverses sur le continent : liesse, soulagement, déception, stupeur, horreur. De toute façon, un arc-en-ciel a traversé la mère des continents. Toutefois, dans les autres pays, le ciel s’éclaircit peu à peu, mais au Togo, le climat s’alourdît, l’arc-en-ciel brille encore de ses mille couleurs. Certes, le Togolais croit avoir tout essayé et semble se résigner à l’instinct de conservation, mais certains clichés ne méritent pas notre indifférence.
Un 13 janvier de l’année 1963, Sylvanus Olympio, père de l’indépendance est abattu. Il passe l’arme à gauche après avoir activé ses réseaux pour que le protectorat français obtienne son droit de disposer de son destin. Sous le soleil des indépendances, ce cadre polyglotte de sans composé, déjà Premier Ministre, sera le prétendant naturel à la présidence de la jeune République du Togo. Poussant la volonté d’autonomie jusqu’au projet d’une indépendance monétaire, il ne sera pas un enfant de cœur pour la France. Courant 1962, il commet l’acte qui servira de prétexte à sa déchéance en refusant de réintégrer dans l’embryonnaire armée togolaise, un groupe d’officiers revenus de la guerre d’Algérie. Parmi ces démobilisés rentrés au pays, Étienne Eyadema. Il sera pendant longtemps considéré comme le bourreau, d’Olympio. En tout cas, même si le temps change les versions, après le coup, c’est lui qui tirera le fruit des bruits de bottes de la nuit du 12 au 13 janvier 1963.
Évidemment, dans la nuit du 12 au 13 janvier 1963, furieux et bien armés, Eyadema et son groupe délogent le président alors qu’il était paisiblement occupé à rédiger la charte de l’Organisation de l’Unité Africaine. Alerté, le défunt Olympio se réfugie dans la cour de l’ambassade américaine, mais trop tard. Il y sera cueilli par les putschistes qui finiront par l’abattre. Les militaires placent à la tête de l’Etat, le francophile Nicolas Grunitzky. Ce dernier, à son tour sera démis en douce 4 ans plus tard par le même Eyadema qui s’installera pour 38 ans. Des schémas similaires se sont dessinés dans plusieurs territoires africains. En 1961, l’Afrique vivait déjà le premier coup de force de Mobutu. Il neutralise le président Joseph Kasa-Vubu et son rival Patrice Lumumba au profit d’un Collège des commissaires généraux. Il va récidiver en novembre 1965 en déposant Kasa-Vubu pour installer son régime dictatorial pour 32 ans.
« Entre 1960 et la fin des années 1980, 40 % des régimes africains avaient une origine militaire », à s’en tenir à la page 197 de Crawford Young dans son document, « The postcolonial State ». Toutefois, partout où la même violence politique a passé, l’espoir revient. Mais au Togo, l’environnement politique côtoie encore une teinte rouge-sang. De 1967 aux débuts des années 1990, Eyadema comme beaucoup de dirigeants d’Afrique, a jouit d’une dictature tolérée. Mais le 20 juin 1990, l’ultime discours du président François Mitterrand à La Baule conditionnait l’octroi de l’aide française au développement à un véritable processus de démocratisation. Au Togo, pour une gestion sans partage sur fond de la propagande politique devenue culte, les grands chantiers économiques sont déjà un fiasco.
L’espoir était tout de même permis
Malgré la patate chaude de la Conférence Nationale Souveraine, le militaire converti à la politique après s’être rescapé du vent de l’Est, croit à la « résurrection présidentielle », la dictature militaire se radicalise, « Eyadema is back ». La répression, la gestion familiale des biens publics, l’arrêt de la construction du pays sous le fallacieux prétexte des casses consécutives au vent de la démocratie et de la rupture de la coopération, la seule chose qui comptait à l’agenda d’Eyadema après la reconquête du pouvoir est comment conserver son trône. Toutes les tentatives de déstabilisations réelles ou supposées sont noyées dans le sang.
Mais si tous les coups sont passés à côté de la plaque, un coup d’État médical ne rate jamais sa cible. En Afrique, à un moment donné, pour ceux qui étaient les seuls maîtres au centre du débat démocratique de leur pays, l’ultime opposant ne pouvait être que soit un cancer de la prostate, c’est l’opposant qui a renversé l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny et le terrible ami de ton père Mombutu, soit un cancer de l’intestin l’autre opposant qui a eu raison du Gabonais Omar Bongo, ou encore un infarctus du myocarde pour le Togolais Gnassingbé Eyadéma, le continent foisonne d’exemples.
Ce qui est triste est que, dans les pays comme le Togo, l’histoire se répète, les oiseaux de mauvais augure n’ont pas fini de planer sur la scène politique. Après ce que l’on a pompeusement appelé « catastrophe nationale », le fils Gnassingbé s’est accaparé de ce qui est devenu un trône et lui aussi, en bon fils du père, refuse de partir. Le continent noir est rempli de tristes dirigeants qui refusent de partir alors qu’ils sont limités soit, par l’usure, soit la maladie. Inutile de rappeler qu’au moins 6 ans avant sa mort Eyadema, était diminué par une santé chancelante qu’il s’évertuait à habiller de discours. Aujourd’hui c’est son fils qui gère de main de maître.
Mais quel maître ?
Le maître est né le 06 juin 1966 à l’hôpital des Frères de l’Ordre de Saint-Jean-de-Dieu d’Afagnan. Il débute son cursus à l’Ecole Primaire Publique du Camp RIT. Après la classe de sixième au Collège Protestant de Lomé, c’est au Collège Chaminade de Kara qu’il décroche son BEPC en 1982. Inscrit en classe de seconde au Lycée Militaire de Saint-Cyr en France, son passage dans ce collège est couronné en 1985 par l’obtention d’un BAC D avec mention bien. Il s’inscrit en 1985 à l’Université Paris-Dauphine et en sort quatre années plus tard, titulaire d’une maîtrise en gestion. De 1992 à 1997, il est de passage à l’Université George Washington (Washington DC) où il « obtient » un Master of Business Administration (MBA), « appuyé de plusieurs stages » dans des institutions internationales. Voici l’image que les canaux officiels donnent du prince. Yep !
Sur le plan politique, en 1999, Faure Gnassingbé est élu député de la première circonscription de la préfecture de Blitta. Il est choisi pour présider la Commission des Relations Extérieures et de la Coopération de l’Assemblée nationale. Réélu en 2003, il est nommé ministre de l’Équipement, des Mines et des Postes et Télécommunication le 27 juillet. Le 05 février 2005, par la faveur de «la catastrophe nationale», il devient Président de la République le 07 février et le 25 février il y renonce pour rebondir le 24 avril 2005 avec 60,6% des suffrages. Le scrutin est marqué par l’irruption de militaires dans les bureaux de vote et le vol des urnes. L’opposition accuse d’irrégularités et des affrontements entre partisans de l’opposition d’un côté et forces de l’ordre couplés de milices du Rassemblement du Peuple Togolais de l’autre, font un carnage. La LTDH parle de 790 morts parmi les opposants, 154 selon la commission d’enquête officielle togolaise et l’ONU annonce entre 400 et 500 morts.
Il faut souligner que, après plusieurs visites médicales entre l’Allemagne et l’Israël, se sachant devant une mort imminente, en décembre 2002, Gnassingbé Eyadema avait fait amender la Constitution, avec entre autres mesures, la réduction de l’âge nécessaire, pour postuler à la présidence, de 45 à 35 ans. A l’époque, le dauphin Faure avait 35 ans. Les élections législatives de 2007 lui sont favorables, bien que leur représentativité reste toujours un serpent de mer pour cause d’un découpage électoral biaisé au crédit du parti au pouvoir. Il faut dix mille électeurs pour élire un député dans certaines régions acquis au pouvoir mais cent milles pour d’autres acquises aux opposants.
Encore le 07 mars 2010, le président de la Commission Electorale Nationale Indépendante, Issifou Taffa Tabiou, déclare le prince vainqueur de l’élection présidentielle du 05 mars dont il parle de 60,9 % des suffrages. L’opposition estime les chiffres publiés par la Commission Électorale Nationale Indépendante de pures fabrications. Oui, la commission électorale avait changé le mode de transmission des résultats des bureaux de vote au bureau central de la CENI aux derniers moments sous prétexte de pannes du système VSAT implanté par le PNUD. L’expert du PNUD, Yoro Thiam, déniera la version racontée par la CENI et parle d’attaques virales sans en donner la source.
Élection présidentielle de 2015, le voici encore. Il est réélu le 29 avril 2015 avec 58,75 % des suffrages. Si aux premiers jours de ce dernier braquage électorale, les populations estimaient que l’opposition avait une balle de réserve, elle finira par savoir à ses dépend que c’était un définitif et suspect silence de cimetière. Le climat politique ne promet rien, les réformes constitutionnelles et institutionnelles puis la décentralisation promises pour équilibrer le jeu politique deviennent un lointain rêve. Même sur le plan régional, le prince, désormais seul contre tous, s’oppose à une initiative de limitation des mandats présidentiels.























