Plus aucun avion ne décolle de l’aéroport de Hong Kong. Les autorités aéroportuaires ont annulé tous les vols prévus et suspendu les procédures d’enregistrement parce que les terminaux sont bloqués pour la deuxième fois en deux jours par des milliers de manifestants prodémocratie.

« Les opérations aux terminaux de l’aéroport international de Hong Kong ont été sérieusement perturbées en raison d’un rassemblement public », ont indiqué les autorités aéroportuaires dans un communiqué.

« Il est conseillé à tous les passagers de quitter l’enceinte des terminaux dès que possible », ont-elles ajouté.

Le communiqué ne précisait pas le nombre de vols au départ concernés et si les vols à l’arrivée seraient affectés. Des vols continuaient cependant d’atterrir en fin d’après-midi.

Les manifestants vêtus de noir, signature du mouvement prodémocratie, clament : « Lève-toi Hong Kong, lève-toi pour la liberté. »

Le collaborateur spécial de Radio-Canada à Hong Kong, Charles Pellegrin, a expliqué à l’émission RDI Matin en direct de l’aéroport que les protestataires ciblent l’infrastructure parce qu’ils savent qu’il constitue un symbole fort, puisque la cité constitue « une plateforme mondiale de la finance » et qu’elle accueille des passagers provenant de partout sur le globe.

« Ils savent donc qu’ils ont ici un levier de négociations, si négociations il y a, pour essayer de faire pression sur le gouvernement à Pékin », a-t-il affirmé.

Il ajoute : « Il paraît assez clair que le gouvernement, que ce soit à Hong Kong ou Pékin, ne semble pas bouger de ses positions. Pire que cela, il semble vraiment se retrancher sur ses positions en qualifiant les manifestants de terroristes ».

Les militants ont afflué mardi après-midi à l’aéroport quelques heures à peine après que la cheffe de l’exécutif hongkongais pro-Pékin, Carrie Lam, les a avertis que leurs manifestations poussaient la ville sur « un chemin sans retour ».

Lundi, Pékin avait dénoncé la paralysie de l’aéroport et parlé d’événements « terroristes ».

Deux médias publics, émanations directes du Parti communiste au pouvoir, ont diffusé des vidéos censées représenter des blindés de transport de troupes se dirigeant vers Shenzhen, la métropole située aux portes de Hong Kong.

Une longue guérison

Mme Lam a déclaré mardi que la réhabilitation de Hong Kong, en raison du mouvement de contestation qui le secoue depuis le printemps, pourrait être longue.

Elle a dénoncé la violence des manifestants qui ont selon elle plongé la cité semi-autonome dans un « état de panique et de chaos ».

Hong Kong, en tant que cité ouverte, libre, très tolérante et économiquement stable aura des blessures graves […] La guérison pourra prendre un long moment.
Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de Hong Kong

« Prenez une minute, regardez notre ville. Pouvons-nous tolérer qu’on la pousse vers l’abîme, pouvons-nous la voir éclater en morceaux? »

Le mouvement de contestation, né en avril du rejet d’un projet de loi qui aurait permis l’extradition de suspects vers la Chine continentale, s’est élargi depuis le mois de juin à des revendications plus larges, dont la démission de Carrie Lam et la protection des libertés et de l’autonomie dont jouit Hong Kong depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Nombre de Hongkongais estiment que ce régime particulier, résumé par la formule « un pays, deux systèmes », est aujourd’hui menacé par le gouvernement central chinois.
La Chine réagit

« Les manifestants ont fréquemment utilisé des moyens dangereux pour attaquer la police ces derniers jours, ce qui constitue de graves crimes, sans compter l’émergence de tendances terroristes », a déclaré le porte-parole du bureau des affaires de Macao, Yang Guang, à Pékin.

Certains experts juridiques de Hong Kong disent que la description officielle de terrorisme pourrait conduire à l’application de lois antiterroristes.

Le régulateur de l’aviation civile chinois demande à la compagnie Cathay de sanctionner le personnel qui a soutenu les manifestants.

De leur côté, les manifestants affirment que la police a eu recours à une force excessive et demandent une enquête indépendante.
Une « enquête impartiale » réclamée

La haute-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU s’est déclarée mardi préoccupée par la répression des manifestations prodémocratie à Hong Kong et a réclamé une enquête impartiale dans l’ex-colonie britannique.

Michelle Bachelet « condamne toute forme de violence […] et enjoint les autorités hongkongaises à ouvrir une enquête rapide, indépendante et impartiale » sur le comportement des forces de l’ordre, a indiqué son porte-parole Rupert Colville lors d’une conférence de presse à Genève.

Elle rappelle que le droit à la liberté d’expression et au rassemblement pacifique, ainsi que le droit de participer aux affaires publiques sont reconnus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans la Loi fondamentale qui régit Hong Kong.

Mais elle souligne que son Bureau a en sa possession « des preuves crédibles montrant que des agents des forces de l’ordre ont fait usage de leurs armes d’une manière interdite par les normes internationales ».

Le Haut-Commissariat cite notamment des tirs de grenades lacrymogènes « dans des zones peuplées et confinées, directement sur des manifestants […] avec le risque considérable de tuer ou de blesser gravement ».

« Le Bureau demande expressément aux autorités de Hong Kong d’enquêter immédiatement sur ces incidents […] et d’agir avec retenue afin que les droits de ceux qui expriment leurs opinions pacifiquement soient respectés et protégés », a indiqué le porte-parole.

À Londres, le dernier gouverneur britannique de Hong Kong, Chris Patten, a estimé qu’une intervention de la Chine à Hong Kong serait une « catastrophe ».

Au lieu de mettre en garde les manifestants hongkongais, le président chinois Xi Jinping devrait avoir la sagesse d’essayer de rassembler la population, a-t-il ajouté. « Ce qu’il faut à l’évidence, c’est un processus de réconciliation. C’est la seule manière je pense de refermer [la crise] et de revenir à la paix et à la stabilité à Hong Kong », a-t-il déclaré.

Source : Reuters + Agence France-Presse + Radio-Canada + Euronews