Etat – Major Général

Projet d’Eloges Funebres au General Memene Seyi Kerike

« Ci-git MEMENE Séyi Kériké, officier général, ami des hommes, soutien des siens, attaché à l’effort et à l’excellence, sportif émérite, et humaniste accompli, qui bien qu’ayant cheminé aux cotés des grands de son temps, fut un modèle de compassion envers les plus humbles. Passants, jetez-lui des fleurs !»

Tel pourrait être, distingués participants à ces moments d’hommages et d’adieu, l’épitaphe à graver sur la pierre tombale de celui dont le départ de ce monde nous unit en ces instants, tant elle résume à perfection une vie entièrement dédiée aux siens, aux forces de défense et de sécurité de notre pays, et au service de la nation.

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Chers membres, proches et amis de la famille éplorée ;
Distingués personnalités ici présentes, en vos différents rangs, tous protocoles observés ;
Chers ainés, messieurs les officiers généraux ;
Chers frères d’armes des forces de défense et de sécurité, en vos différents rangs et grades ;
Membres des organisations et associations socio-professionnelles ici présentes ;

Mesdames et messieurs,

C’est avec, à la fois, un sentiment de tristesse et de privilège que je m’acquitte ce jour, au nom des plus hautes autorités des forces armées togolaises, d’un devoir difficile, celui d’apporter un témoignage sur la vie et la carrière de celui que nous pleurons tous aujourd’hui.

Exercice bien difficile pour moi, en effet, de prétendre porter témoignage sur un homme de votre trempe, mon général et grand ainé, vous dont le parcours singulier et la riche carrière ont servi d’exemple pour les officiers de ma génération et pour tous ceux qui s’efforcent de marcher dans les glorieux sillons que vous avez tracés.

Exercice périlleux aussi, car je ne m’estime pas vous connaître assez pour parler de vous avec justesse et vérité, mais votre dossier me révèle, nous révèle en sa première partie, une carrière exemplaire de sous-officier, qui, après des débuts prometteurs comme conducteur dévoué, se transforme en cadre appliqué des transmissions, avant d’entamer un brillant parcours d’officier d’intendance.

Les traces laissées dans les archives militaires par le général Mémène, militaires nous font remonter, distingués invités, à ses premiers pas dans l’armée coloniale française où, engagé le 1er août 1958, il fut affecté à Niamey, puis au peloton de transport de Myriah à partir de 1962, avant de rejoindre la 1ere compagnie du 8e Bataillon d’infanterie de Marine à Ouidah, le 08 novembre 1964.

Libéré peu après de ses obligations envers l’armée coloniale, il intégra l’armée nationale togolaise naissante à compter du 1er mars 1965, au grade de sergent. Commença alors une nouvelle étape de sa vie professionnelle, marqué par son admission le 1er septembre 1972 à l’école militaire d’administration de Montpellier, comme élève-officier.

Les archives garderont de lui, à la sortie de cette formation, le souvenir d’un officier de grande valeur intellectuelle, morale et professionnelle, ayant une haute idée de son métier, s’acquittant de ses fonctions avec pragmatisme, rigueur et efficacité, et suscitant l’admiration de tous par ses nombreuses décorations nationales et étrangères.

Cet état de service enviable, ajouté à son amour fou de la pratique du sport lui avait valu, en effet, de nombreuses distinctions, notamment, celles de commandeur de l’ordre du Mono, de commandeur du mérite sportif de Côte d’Ivoire, de commandeur de l’ordre national du mérite et d’officier de la Légion d’honneur française, d’officier de l’ordre d’Arabie Saoudite et d’officier de l’Ordre du Lion du Sénégal.

Le général Mémène était quelqu’un d’entreprenant, enclin au renforcement des capacités personnelles et de ses pairs, et animé du sentiment d’appartenance à une communauté singulière, qui exige de ses membres un dévouement total et une recherche continue de l’excellence. Les correspondances qu’il adressait à ses supérieurs au cours de sa formation à l’école militaire d’administration de Montpellier l’attestent à suffisance, car elles dépeignent un futur cadre soucieux de l’efficacité des armées, qui n’hésite pas à proposer l’envoi par le Togo d’autres stagiaires après lui.

Au cours de cette même formation, il avait donné des signes de sa prédisposition naturelle à la carrière administrative, ce qui sera confirmé plus tard par ses notateurs de l’école d’état-major de Compiègne en 1982. Nommé plus tard au poste de major des forces armées, il contribua à poser les fondations de l’administration militaire moderne que l’on connait aujourd’hui, et les bonnes pratiques de rigueur et de probité qu’il instaura alors continuent d’inspirer tous ceux qui lui ont succédé.

Parallèlement à cette carrière militaire exemplaire, le Général Mémène laisse les marques d’une personnalité éprise de valeurs sûres, dans le management des organisations étatiques et internationales. Ses qualités de gestionnaire rigoureux ont, ainsi, permis aux douanes togolaises d’engranger des recettes exceptionnelles lors de l’exercice 1984, ce qui lui a valu les chaleureuses félicitations du chef de l’Etat d’alors. Les hommes et les femmes de la police nationale aussi se souviennent encore de son goût prononcé pour l’excellence, son sens de la rigueur et la qualité de ses analyses, toutes choses qui ont contribué à déjouer la tentative de déstabilisation de notre pays lors des événements du 23 septembre 1986.

Il fit montre des mêmes qualités et valeurs dans l’exercice des autres hautes fonctions qu’il a assumées dans une vie à facettes multiples, notamment, celles d’administrateur du Port autonome de Lomé, de la Régie nationale des eaux du Togo, de la Compagnie énergie électrique du Togo et de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Les hautes compétences du général, sa loyauté sans faille et son sens élevé du devoir lui ont fait gravir, au soir d’une existence trépidante, d’autres marches, celles-là ministérielles. C’est ainsi qu’il fut rappelé, malgré l’âge qui annonçait son départ imminent à la retraite, pour diriger le ministère de l’intérieur et de la sécurité le 29 novembre 1995, celui de la justice de 1999 à 2002. L’accession au rang de général de brigade le 25 avril 1997 fut, pour lui et pour tous ceux qui avaient suivi son parcours hors du commun, la consécration d’une carrière bien remplie.

Mais, l’on ne saurait épuiser la vie et l’œuvre du général Mémène, sans évoquer l’engagement qui fut le sien en faveur du développement du sport en général, et du football en particulier, au plan national, africain et global.

Son goût passionnel pour le sport-roi, l’ont, ainsi, porté à différents niveaux de responsabilités. L’on peut citer, sans être exhaustif, ses fonctions d’entraîneur de DYTO de Lomé, de sélectionneur national de la fédération togolaise de football, du président de la fédération togolaise de football, du président de l’union des fédérations ouest-africaines, de membre du comité exécutif de la confédération africaine de football et, surtout, de vice-président de la confédération africaine de football. Les éminents services rendus à cette haute instance de football continentale lui feront décerner la distinction de « l’Ordre du mérite en or ». Le point d’orgue de ce parcours captivant fut le rôle hors pair qu’il joua dans la qualification inédite, de notre équipe nationale pour la Coupe d’Afrique des Nations en 1972.

Il sera admis à la retraite le 1er juillet 2011, aux termes de bons et loyaux services rendus à la nation et aux institutions internationales de grande renommée.

L’homme au regard vif et perçant s’en est allé dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 novembre 2020, rappelé dans la mémoire silencieuse de son Créateur, des suites d’une maladie.

L’immense œuvre qu’il a accomplie et que nous célébrons aujourd’hui, nous l’aurions compris, a donc traversé les décennies et les frontières et touché divers horizons à la fois militaire, administratif, politique et sportif.

Mesdames et Messieurs,

Les figures marquantes qui ont rempli les pages de notre vécu collectif sont chacune rentrées dans l’histoire avec leur vision singulière de la chose publique. Le Général Séyi MEMENE est sans aucun doute de celles-là. D’une vie remplie, pleine de combats et de turpitudes mais en sachant toujours renaître tel un phœnix, il est de ceux à qui le proverbe arabe suivant pourrait le mieux correspondre, je cite : « Souviens-toi qu’au moment de ta naissance, tout le monde était dans la joie et toi dans les pleurs. Vis de manière qu’au moment de ta mort, tout le monde soit dans les pleurs et toi dans la joie. » fin de citation.

« Les vieux soldats ne meurent pas, ils ne font que s’effacer », nous dit le général Macarthur de célèbre mémoire. Nous croyons qu’il a raison, mon général. Nos yeux, certes, ne peuvent bientôt, plus vous contempler, mais nous savons, avec le poète que, “les morts vivent tant qu’on les aime“. Nous continuerons donc à chérir votre mémoire car nous vous savons plus vivant que jamais, affranchi des chaînes terrestres et s’élevant à la recherche de l’Etre Suprême.

En nous inclinant respectueusement devant votre dépouille, nous disons que « C’est à Allah qu’appartient ce qu’Il a pris et c’est à Lui qu’appartient ce qu’Il a donné ». Que Sa volonté soit faite.

En ce qui nous concerne, nous de la jeune génération, nous engageons à garder de vous l’amour qui vous animait, amour de la vie, du travail, de l’honneur, du courage et de l’audace ! Et peut-être plus que tout cela, amour du métier des armes, de vos frères d’armes et de vos combats ! Et au moment où nous vous disons «Adieu», nous reviennent dans le cœur, ces vers : (je cite) « Le soleil s’est couché sur une vie bien remplie, mais il continue de briller dans le jardin des souvenirs » (fin de citation) ; souvenirs que Victor Hugo rappelait si bien la présence invisible.

A ta famille ici présente, à tous ceux qui t’ont connu et aimé, nous partageons la peine et exprimons, au nom des hautes autorités des forces armées togolaises, et au nom de tes frères d’armes, nos très sincères et douloureuses condoléances.

Allez en Paix mon Général, et puisse la terre de nos aïeux vous être légère.