
L’affaire fait grand bruit depuis le 11 mars dernier : 43 élèves de la région éducative des Plateaux-Ouest ont été exclus de leurs établissements scolaires pour avoir enceinté leurs camarades filles. Derrière cette sanction radicale, quoique légale, se révèle tout un système éducatif en crise. Du manque de sensibilisation aux lois à la surprotection des élèves et à la déresponsabilisation des acteurs éducatifs, l’école togolaise est à la croisée des chemins.
Le 29 novembre 2022, l’Assemblée nationale togolaise a adopté le projet de loi relatif à la protection des apprenants contre les violences à caractère sexuel au Togo. Le texte vise à garantir un environnement sûr et propice à l’épanouissement des apprenants des deux sexes.
Selon l’article 34 du nouveau cadre juridique, « Si l’auteur de la violence à caractère sexuel est un apprenant, il est exclu de l’établissement d’enseignement, du centre d’apprentissage ou de formation professionnelle, et le motif de l’exclusion fait l’objet de mention à son dossier ».
Cette disposition, visiblement méconnue de la majorité des concernés, n’aurait pas suffi à inquiéter certains élèves. Dans la région éducative des Plateaux-Ouest, 43 d’entre eux, dont un en classe de 6e, se sont rendus coupables en enceintant leurs camarades filles. La réaction du Directeur régional de l’Éducation, Alpha Kao Mollah, ne s’est pas fait attendre : les auteurs ont été exclus. Mais à qui faut-il s’en prendre ?
Si l’adoption de la loi n°2022-020 du 2 décembre 2022 avait pour objectif de protéger les apprenants contre les violences sexuelles et de lutter contre les abus en milieu scolaire, on s’interroge sur le fait que cette loi, notamment son aspect répressif, soit réellement connue par les premiers concernés que sont les apprenants. Rien n’est moins sûr.
La loi, votée et promulguée sans réelle vulgarisation, n’a suscité une mobilisation des directeurs régionaux et inspecteurs de l’Éducation qu’après l’exclusion des 43 élèves. Ils ont été poussés à rassembler d’urgence les directeurs d’écoles pour leur ordonner enfin d’expliquer ses implications aux enseignants et aux élèves.
Le gouvernement, qui devrait assurer la vulgarisation des textes, brille par son absence, tandis que les députés, après avoir voté les lois, ne prennent pas l’initiative d’en informer leurs circonscriptions. Malheureusement, la tendance récurrente d’adopter des textes sans accompagnement pédagogique ouvre la voie à des décisions parfois arbitraires et souvent inadaptées.
Même si l’exclusion des élèves repose sur un cadre légal, son bien-fondé suscite des interrogations. Pourquoi la loi prévoit-elle uniquement l’exclusion des garçons alors que « la faute » a été commise à deux ? Cette décision, loin d’être une solution, risque de s’avérer pire que le mal : certains garçons exclus risquent de se retrouver définitivement hors du système scolaire si leurs parents n’ont pas les moyens de les inscrire dans une autre région éducative du pays.
La problématique des grossesses précoces en milieu scolaire dépasse la simple question de la responsabilité des élèves. Elle est la résultante d’un ensemble de dysfonctionnements : manque d’éducation sexuelle, absence de dialogue entre parents et enfants, faiblesse du contrôle parental, mais aussi conditions socio-économiques exposant les jeunes filles à la sexualité précoce.
L’autre facette du phénomène des grossesses en milieu scolaire, qui prend de plus en plus une propension inquiétante, est la crise de l’autorité dans les établissements scolaires du Togo. Au fur et à mesure de l’évolution du cadre juridique, les enseignants affirment se sentir dépouillés de leur pouvoir disciplinaire. La protection des élèves, bien que nécessaire, a parfois pris une tournure excessive, empêchant une éducation équilibrée dans laquelle droits et devoirs vont de pair.
Sans un retour à une discipline où les enseignants retrouvent leur autorité tout en respectant les droits des élèves, sans une meilleure vulgarisation des textes afin que chacun connaisse ses droits et ses obligations, et sans un renforcement de l’éducation sexuelle en milieu scolaire intégrée aux programmes, l’application exclusive du droit ne saurait être une alternative.
L’exclusion des 43 élèves est un symptôme d’un mal profond qui interroge l’ouverture d’un débat national sur l’éducation, non pas dans une logique répressive, mais dans une approche constructive visant à bâtir une école plus adaptée aux réalités sociales.
François Bangane
Source: lalternative.info























