Une partie de l'opposition togolaise lors d'une conférence de presse à Lomé | Photo: DR
Une partie de l’opposition togolaise lors d’une conférence de presse à Lomé | Photo: DR

« Le pouvoir trouvera quelques acteurs politiques se présentant comme de l’opposition, et organisera un semblant de dialogue avec eux. Quelques partis semblent avoir déjà donné leur accord, mais la taille critique n’est pas atteinte, et la présence de certains semble indispensable pour crédibiliser l’opération. À l’issue de cela, les résultats de ce dialogue de complaisance vont préconiser une révision de la Constitution que le pouvoir va se précipiter à mettre en pratique…» (Nathaniel Olympio, dans «Liberté» N° 4087 du 19 mai 2026)

L’entêtement de Faure Gnassingbé à vouloir être et demeurer éternellement au sommet de l’état togolais, quelle que soit l’appelation qu’il se donne, ne peut pas être compris par grand monde, aussi bien au Togo, qu’à l’international. Cette attitude méprisante à l’égard de son peuple est d’autant plus révoltante et incompréhensible que son accession au pouvoir, à la mort de son père, en février 2005 ne fut pas un long fleuve tranquille. Les malheureux souvenirs de massacres des manifestants, d’arrestations arbitraires et de départs massifs en exil, pour les plus chanceux, sont encore frais dans les mémoires. Installé donc au pouvoir contre la volonté des Togolais depuis aujourd’hui 21 ans, les mêmes violations des droits de l’homme, qui sont la seule source de sa légitimité, sont toujours à l’ordre du jour, pendant que la gouvernance calamiteuse, faite de corruption emdémique, avec en prime une totale impunité, constitue le lot quotidien des Togolais.

Nous voulons, comme beaucoup de démocrates togolais le font, rappeler la nécessité pour les leaders de l’opposition de ne pas perdre de vue le caractère sacré de leur engagement, de leur choix de se mettre du côté du peuple pour le défendre et défendre ses intérêts. Le drame socio-politique actuel de notre pays, avec ce comportement méprisant de Faure Gnassingbé, qui considère le pouvoir politique comme un bien de la famille hérité de son père, est tel qu’il ne devrait plus y avoir de la place pour des Togolais qui se disent opposants en ne pensant qu’à leurs intérêts personnels et dont les actes posés ne font que renforcer les positions du régime de dictature d’en face, pourtant décrié par tous et de partout. Pour être plus clair, l’objectif poursuivi aujourd’hui par le peuple togolais dans sa grande majorité, aux côtés de l’opposition, la vraie, consiste à se mettre d’accord et ensemble pour mettre fin à la gouvernance hasardeuse de Faure Gnassingbé qui, en dehors de la jouissance presque maladive des attributs du pouvoir, est très loin d’être la personne qu’il faut à la place où il est actuellement. En d’autres termes, il n’est plus question qu’une opposition quelconque accepte de discuter avec le régime Gnassingbé des conditions d’une élection quelle qu’elle soit. Il devrait être clair pour tout le monde qu’après les malheureuses expériences faites avec le pouvoir d’en face, quant à sa mauvaise foi, d’Éyadéma à Faure Gnassingbé, qu’aucune autre forme de pourparlers ou dialogue n’est plus envisageable. Et ce bout de phrase de notre extrait du début de l’article, «quelques partis semblent avoir déjà donné leur accord, mais la taille critique n’est pas atteinte…» montre très bien qu’il existe encore malheureusement une classe d’«opposants» plaisantins, mais très dangereux, toujours prêts à se rendre, sans conditions, à la «table de négociations», du régime de prédateurs en mal de légitimité.

Et c’est ici que le rôle des leaders de la vraie opposition, ou considérée comme telle par beaucoup de Togolais, devient intéressant et primordial. C’est pourquoi le regard du peuple togolais est désormais tourné vers les deux entités de l’opposition qui, même si l’union n’est pas encore à l’ordre du jour, représentent quand même aujourd’hui ce qu’il reste de l’opposition traditionnelle, du temps de la C14, par exemple. Nous voulons parler du « Cadre National de Concertation pour le Changement au Togo »(CNCC), structuré autour des leaders, pas des moindres, comme Jean-Pierre Fabre, Maître Apévon, les Professeurs Wolou et Dossey, pour ne citer que ceux-là; et du deuxième regroupement organisé avec, entre autres, Natahniel Olympio, Madame Brigitte Adjamagbo Johnson, ou Tchagnaou OURO-AKPO. Les premiers responsables de ces deux regroupements de l’opposition jouent aujourd’hui leur crédibilité et il n’est pas exagéré d’affirmer, comme nous l’avons fait dans le titre de notre réflexion, que l’opposition togolaise serait désormais à la croisée des chemins. Il y a enfin le troisième groupe composé de pseudo-opposants que nous qualifions de plaisantins dangereux, qui se réunissent depuis plusieurs mois, au sein du fameux cadre permanent de concertation (CPC) avec des représentants du pouvoir. Pour la vraie opposition togolaise, il s’agit aujourd’hui d’être clair en faisant savoir au régime de dictature, par des actions concrètes, qu’elle ne serait désormais prête qu’à des pourparlers qui auraient pour agenda les conditions d’une transition politique à l’issue de laquelle seront tenues des élections présidentielles sans Faure Gnassingbé. Et seule une forte entente entre les deux groupes de l’opposition que nous avons cités plus haut, qui devraient être fermes sur leurs positions et parler d’une voix, pourrait mettre hors jeu nos «opposants», béquilles du pouvoir et leur couper l’herbe sous les pieds.

Nos voisins de l’est, les Béninois viennent d’installer leur 5e président démocratiquement élu depuis le début des années 1990. Les Togolais ont aussi droit à la démocratie et à l’alternance au sommet de l’état. Notre pays ne peut demeurer éternellement un îlot de déni du droit et de terreur politique. Et c’est pourquoi aucun citoyen, soit-il «président du conseil» autoproclamé, ne peut et n’a le droit de faire ce qu’il veut comme si le Togo était la propriété privée de sa famille. Il est question aujourd’hui d’empêcher Faure Gnassingbé de remodifier à nouveau la constitution pour organiser des élections législatives truquées pour se donner une illusion de légitimité. Pour atteindre cet objectif, aucune compromission, quelle qu’elle soit, avec le régime RPT-UNIR n’est plus permise, et les deux entités de l’opposition togolaise que nous avons aujourd’hui sur le terrain se doivent de rapprocher leurs points de vue et parler comme un seul homme.

Samari Tchadjobo
Allemagne

Samari Tchadjobo
Samari Tchadjobo | Photo: S.T