6. Embargo Financier Contre le Peuple Malien : Résultat Différent Selon Dieu ou Jupiter

L’embargo financier contre l’Etat malien demeure illégal au regard du droit africain et international.
Les institutions dites « Communauté économique régionale », telles l’UEMOA et la CEDEAO, n’ont pas à leur tête des parangons de vertu élus démocratiquement, mais des individus qui ont phagocyté le droit constitutionnel, avec un 3e mandat présidentiel usurpé en Côte d’Ivoire, un 4e mandat présidentiel usurpé au Togo, des coups d’Etat constitutionnels et souvent militaires, voire les deux. Par contre-coup, l’Etat français, qui ne se résout pas à quitter l’espace africain, du fait de la présence de certaines de ses entreprises multinationales dont il préserve les intérêts dans un esprit de caste, se trouve aujourd’hui face à des contradictions de plus en plus exacerbées.
Au demeurant, les 3e et 4e mandats présidentiels, sont rebaptisés selon un tour de passe-passe sémantique par les faussaires de la Constitution de leur pays, des 1er et 2e mandat de la « nouvelle République » … Donc il suffit de changer de « République » en Afrique pour s’éterniser au pouvoir avec la bénédiction de la France, non sans organiser le quadrillage militaire du pays, et le silence des médias indépendants, discrètement ou pas.
D’une part, adouber le coup d’Etat militaire du Tchad en refusant de parler de « junte militaire » dans ce pays et, d’autre part, condamner le coup d’Etat militaire du Mali et parler de « junte militaire » permet de prendre la mesure du « deux poids, deux mesures » d’Emmanuel Macron, de son gouvernement et de la diplomatie française. Mais les africains n’ont pas la mémoire courte. Ils se souviennent qu’Emmanuel Macron a tenu à assister personnellement à N’Djamena, le 23 avril 2021, aux obsèques de Idriss Déby Itno, profitant de l’occasion pour adouber la prise de pouvoir de Mahamat Idriss Déby, fils du défunt. Contribuer ainsi à la perpétuation d’une dynastie familiale n’a nullement gêné Emmanuel Macron ni suscité chez le grand démocrate qu’il prétend être le moindre problème éthique. Comment peut-il s’étonner alors que les Maliens, dans leur grande majorité, ne le portent pas dans leur cœur ? Il n’y a donc pas de « French Bashing » au Mali, mais un rejet d’une certaine élite française non respectueuse du Peuple souverain malien.
Outre les contradictions de la politique française en zone franc en Afrique, transparait l’impossibilité et surtout son incapacité à envoyer comme par le passé, quelques militaires français ou des barbouzes de la légion étrangère française, agissant officiellement ou officieusement comme des mercenaires, pour changer le cours de l’histoire africaine.
Par ailleurs, comment ne pas s’étonner des décisions unilatérales du Président Emmanuel Macron à l’égard du Mali, alors que depuis le début de la pandémie Covid-19, sous couvert de lutte contre un virus, il dirige la République française avec un Conseil de Défense, donc hors contrôle du parlement français et qu’il n’a jamais jugé utile de réunir le Conseil des Ministres de la France depuis plus de deux ans sur ce sujet ? Mieux encore un décret publié en septembre 2021, a classé sous le sceau du « Secret Défense » toutes les délibérations du dit Conseil de défense, écartant de facto la possibilité de tout contrôle. Doit-on en déduire que le rapport à la démocratie d’Emmanuel Macron souffre de graves déficiences ? Et cette démocratie que la France cherche à exporter au Mali et ailleurs en zone franc ?
L’Afrique change, mais la France du Président « jupitérien[16] » a perdu de son agilité. Il serait donc un chef de l’État qui est seul maître à bord après le Dieu qui gouverne la terre, le ciel et tous les autres vrais ou faux « dieux-présidents » africains, dotés eux d’un caractère dictatorial, tyrannique, et autocratique. Pourtant, « Jupiter » dans la mythologie est le roi des dieux et protecteur de la cité, de l’ensemble des citoyens. Or, il a dû y avoir un raté pour que le roi des dieux et ses dieux-décentralisés d’Afrique, ne s’occupent que des intérêts « en-haut-d’en haut » en méprisant les « en-bas-d’en bas ». Autrement dit, l’équation militaro-ésotérique couverte par quelques présidents africains « peaux noires, masques blancs » et se présentant comme des dirigeants « civils », ne fonctionne que pour la défense des intérêts bien compris d’un club très restreint et fermé, de plus en plus mafieux et violeur des droits des Peuples. Il est vrai comme l’a dit Aminata Traoré qu’ils ont choisi de violer les imaginaires africains[17]. Quelle bassesse !
Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi certains dirigeants veulent « rester au-dessus de la mêlée » et ne promouvoir que les « premiers de cordée[18] ». Or lors d’une interview télévisée en 2017[19], le Président français avait déclaré que « Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui dégringole ». Est-ce que le Mali d’Assimi Goïta n’est pas, sans le vouloir, en train de précipiter toute la « cordée Macron » vers les « ténèbres extérieures là où il y a des grincements de dents[20] » … De même, le jour arrive où les « visages des « infidèles et libertins » seront recouverts de ténèbres[21]…
Pourquoi ? parce que le niveau d’injustice de l’Etat français et de ses entreprises multinationales en Afrique a dépassé les limites autorisées par le Dieu et les Ancêtres qui protègent l’Afrique et les Africaines et les Africains. A partir de ce constat qui échappe à l’esprit dit « cartésien », il est possible pour les Africains conscients des enjeux, de se « libérer » du joug de la puissance tutélaire et de ses agents déconcentrés en Afrique. C’est donc avec cette approche fondée sur l’« Afrocentricité », consistant à se réapproprier l’histoire de l’Afrique sous le prisme des valeurs africaines fondées en priorité sur l’innocence et la Maât, qu’il faut refaire la lecture libératrice de certains coups d’Etat en Afrique. Autrement dit, si l’oppression politiquement correcte n’avait pas sévi, le coup d’Etat militaire ne serait pas advenu. Jerry Rawlings[22] ou Thomas Sankara[23] sont quelques exemples qui servent de référence dans la sous-région.
Pour revenir à l’embargo financier contre le Peuple malien, on n’est donc pas dans une logique financière mais dans une logique de rapport de force géopolitique et géostratégique, qui pourrait éventuellement conduire à l’isolement de la France de la part de l’ensemble des partenaires qui l’ont accompagnée aveuglément dans l’aventure libyenne, avec les conséquences de la déstabilisation de la Libye et des pays du Sahel.
Il s’agissait pourtant en réalité de rétablir une présence militaire occidentale permanente. Mais c’est sous-estimer la capacité du Peuple libyen à se battre pour son indépendance et son autodétermination.
Par extension, c’est la même détermination du Peuple malien et des peuples africains à prendre conscience des enjeux géostratégiques et géoéconomiques, qui change la donne du néocolonialisme déconcentré.
7. Les Sept Pays de l’UEMOA Qui Ont Exclu le Mali Ne Respectent Pas les Traités de l’UEMOA
Les autorités maliennes, ont été « lâchées[24] » en plein vol par l’UEMOA, la CEDEAO, la BCEAO et par la France, au motif que la durée d’une transition dictée par des non-Maliens devait se terminer en 27 février 2022. Il est donc évident que le fait de rallonger la période d’organisation d’une transition politique pour le rétablissement d’un processus démocratique qui ne laisserait plus la place à des agents maliens agissant pour des intérêts propres ou des intérêts étrangers, n’est pas du goût de ceux qui se complaisent à voir le Mali se contenter de son état de pauvreté et d’humiliation passée, dans un espace néocolonial.
Il fallait rapidement trouver une solution de rechange respectueuse des ambitions des autorités maliennes pour leur peuple. Très rapidement, le réseau qui gravite autour de la puissance française ou souhaite en tirer parti a choisi de porter un coup « prétendument fatal » à la souveraineté financière et politique de la République du Mali en optant illégalement pour le gel de ses avoirs maliens domiciliés auprès de la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest, régionale, nationale et des banques secondaires, notamment commerciales en zone CEDEAO. Il reste à démontrer que le Nigéria, le Ghana et la Guinée appliquent ces mesures.
Cette décision unilatérale concerne surtout les pays qui utilisent le franc CFA, soit huit pays ouest-africains, dont le Mali. Il est clairement décidé que les sanctions se transforment en asphyxie financière de l’Etat malien afin d’engager la crédibilité et la solvabilité de l’Etat malien dans cet espace régional. Il est question de ne plus mettre à sa disposition des liquidités afin de l’empêcher d’honorer ses engagements et contrarier délibérément l’activité économique d’un pays enclavé, classé parmi les Pays les moins avancés (PMA) et confronté à un double contexte de crise covid-19 et de lutte contre le terrorisme.
Cette mesure est illégale. Aucune des sanctions prévues par les différents protocoles (additionnels ou pas) de la CEDEAO, notamment sur la démocratie et la bonne gouvernance, n’a prévu le blocage temporaire des avoirs d’un gouvernement membre de la zone, encore moins de le priver des opérations courantes avec sa banque centrale nationale et régionale. Par ailleurs, aucun article du Traité de l’Union monétaire ouest-africaine, signé par les pays-membres, ce depuis sa création en 1962, ni celui de l’UEMOA[25], créée en 1994, ne donne à l’UMOA ou l’UEMOA l’autorité de prononcer une telle sanction contre un Etat membre. Les prérogatives figurant dans l’article 7 du traité de l’UEMOA sur les prérogatives des Chefs d’État et de gouvernement n’autorise pas de blocage financier. Il s’agit donc bien d’une décision illégale, interdite, prohibée et donc à condamner.
Par ailleurs, selon l’article 8 du Traité de l’UEMOA, les « décisions de la Conférence, dénommées « actes de la Conférence », sont prises à l’unanimité. Or la décision a été prise en l’absence du représentant de l’Etat malien. Il y a là un vice de procédure en droit. La suspension du Mali par la CEDEAO intervenue en mai 2021 est illégale.
Pourquoi l’UEMOA a choisi de suspendre le Mali seulement le 9 janvier 2022 ? (Art. 8).
Cela n’a pas été le cas pour la décision de suspendre le Mali, prise juste avant le sommet de la CEDEAO, puisqu’aucun représentant de l’État malien n’était présent. Alors que la CEDEAO a suspendu le Mali de ces instances fin mai 2021, l’UEMOA a donc attendu le 9 janvier 2022 pour le faire alors que le Mali continuait d’avoir accès sans problème au marché financier sous-régional entre le 18 août 2020, date du coup d’Etat du Colonel Assimi Goïta et le 9 janvier 2022. « Selon les statistiques publiées par la BCEAO, il a émis des bons et obligations du Trésor d’un montant de 126,5 milliards de FCFA pour le restant de l’année 2020. En 2021, les émissions souveraines maliennes ont atteint 755 milliards de francs CFA[26] ».
En définitive, avec la Côte d’Ivoire à leur tête, ce sont les sept pays de l’UEMOA qui ont exclu le Mali qui ne respectent pas les traités de l’UEMOA. Pour encourir une « peine d’exclusion automatique » de l’UEMOA selon l’article 113 du Traité de l’UEMOA[27], il faut avoir porté atteinte aux « règles génératrices de l’émission », à « la centralisation des réserves monétaires », à « la libre circulation des signes monétaires et la liberté des transferts entre États de l’Union ». Or, ce n’est pas le Mali qui a enfreint les règles mais les sept (7) autres pays-membres de l’UEMOA. En réalité, ces sept (7) pays auraient dû être sanctionnés. Mais, c’est justement ces sept (7) pays qui, agissant en bande organisée et téléguidés de l’extérieur, ont choisi collectivement et lâchement d’assécher et de bloquer l’accès du Mali à ses avoirs auprès de la Banque centrale régionale, elle-même dépendant du Trésor français, et donc de la France.
8. La BCEAO A Violé Ses Propres Statuts d’Institution Indépendante
La BCEAO a choisi de violer son statut d’institution indépendante prévu par les statuts dans son article 4 qui stipule que : « ses organes, un membre quelconque de ses organes ou de son personnel ne peuvent solliciter, ni recevoir des directives ou des instructions des institutions ou organes communautaires, des Gouvernements des États membres de l’UMOA, de tout autre organisme ou de toute autre personne. Les institutions et organes communautaires ainsi que les Gouvernements des États membres de l’UMOA s’engagent à respecter ce principe. ».
La BCEAO a délibérément choisi de violer ses statuts en organisant de manière machiavélique la déstabilisation de l’économie malienne en refusant « d’œuvrer à la stabilité des prix et à la stabilité financière du Mali ». C’est bien suite à la sanction édictée par la CEDEAO et l’UEMOA, que la BCEAO a instruit toutes les banques et établissements financiers d’appliquer un embargo économique et financier pour asphyxier le Mali, générant ainsi volontairement et avec préméditation une envolée de l’inflation au Mali, et paradoxalement aussi dans les sept (7) pays de l’UEMOA du fait de l’intégration régionale des chaines d’approvisionnement. La volonté d’imposer au Mali le défaut de paiement relève de la machination pour que le Mali qui dispose de liquidités et d’un compte créditeur auprès de la BCEAO, se retrouve mécaniquement en défaut de paiement de la partie de sa dette venant à échéance au cours de l’année et libellée en Franc CFA, soit 127, 7 milliards FCFA pour les bons et 233,5 milliards FCFA pour les obligations du Trésor[28].
Si la BCEAO affiche sa vraie « fausse » indépendance » sur papier, la réalité est qu’elle n’est ni indépendante vis-à-vis des gouvernements africains, ni vis-à-vis des gouvernements français, ne serait-ce que par l’obligation de se soumettre religieusement au bon vouloir de la France pour assurer la convertibilité, non garantie, par le Trésor français.
Cette arme monétaire de Paris est devenue une servitude liberticide pour la gouvernance économique du Mali. Le système du Franc CFA hérité des propriétaires d’esclaves depuis 1953[29] et mis en œuvre en 1945 en mimétisme du « nazisme monétaire[30] » pose problème au sein de la zone franc. C’était vrai hier et cela semble encore plus vrai aujourd’hui et plus particulièrement dans le cas du Mali. Du coup, le contenu de la Transition ne peut se résumer à organiser des élections selon le schéma occidental de la contre-vérité des urnes en Afrique.
9. Transition : Vers la Restauration de l’Espace Territorial et des Institutions Fortes au Mali
Le Mali du Colonel Assimi Goïta ne peut être réduit à un coup d’Etat par une junte militaire. Il s’agit d’un processus militaire de restauration : de l’espace territorial, des institutions fortes et du nouveau paysage minier, économique, financier, politique, culturel et environnemental du Mali. La transition n’est donc pas limitée à l’organisation des élections selon le schéma occidental, dans lequel la vérité des urnes est bafouée et validée par les observateurs occidentaux et africains du sérail françafricain et ésotérique.
Il s’agit d’un processus de rupture pour rétablir une mutation démocratique avec des institutions indépendantes et sans possibilité d’ingérence extérieure. Cette mutation n’est pas une réforme, encore moins un changement téléguidé de l’extérieur. C’est pour cela qu’en interrogeant la transparence, c’est-à-dire la véracité des textes officiels et légaux sur lesquels reposent les interventions au Mali des uns et des autres, il sera possible de refonder de nouvelles relations partenariales fondées sur un rapport de force plus équilibré.
Les interventions des puissances extérieures au Mali, si sollicitées par l’Etat malien, doivent donc dorénavant répondre à un cahier des charges rédigé par les Maliens pour servir les intérêts du Peuple malien.
Le Mali ne peut se laisser impressionner par des institutions sous-régionales majoritairement dominées par des Chefs d’Etat qui ont imposé leur propre interprétation, voire procédé à des falsifications des Constitutions nationales de leurs pays, qui sont régulièrement et unilatéralement modifiées ou interprétées selon leur humeur et leur intérêt partisan pour la conservation du pouvoir.
Ces chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest sont majoritairement issus de la contre-vérité des urnes et sont incapables d’afficher la vérité des comptes publics à leur peuple, vérité des comptes qui devra être vérifiée par un comité d’experts panafricains patriotes et indépendants pour être acceptable pour le Peuple africain. Les institutions qui les représentent (CEDEAO, UEMOA, BCEAO) et dont les responsables sont désignés par les mêmes chefs d’Etat, se sont éloignés des préoccupations du Peuple africain.
En conséquence, le maintien du statu quo de l’autocratie des dirigeants « africains » qui opprime le Peuple « africain » n’est plus acceptable. Il sera systématiquement combattu tant par les populations locales que par la Diaspora africaine, de plus en plus conscientes de l’usurpation de leur vie et de leur avenir. Cette lutte pour se libérer des griffes des « traitres » africains se conjugue avec la lutte pour libérer l’Afrique de la « néocolonisation économique et financière ».
Les institutions nationales ou supranationales instrumentalisées par les pouvoirs militaro-ésotériques sous des apparences civiles ne sont pas davantage acceptables pour les Peuples africains. En effet, ces pouvoirs militaro-ésotériques sont souvent instrumentalisés par des puissances étrangères qui en profitent pour faire défendre leurs intérêts par des pouvoirs locaux, en déphasage avec l’intérêt du Peuple africain.
La solution passe par un changement de logiciel fondé sur une culture de la transparence qui pourrait mettre fin à la culture de l’impunité à l’égard de la corruption et des corrupteurs. De ce point de vue, il n’y a pas en réalité de « french Bashing » ou un sentiment anti-peuple français, mais une prise de conscience des enjeux et donc du rôle des dirigeants français au Mali. Malgré les 53 morts et un journaliste français encore en captivité au Mali, il faut bien constater que trop peu de médias évoquent le nombre important de morts africains – maliens et des pays africains voisins -, dans cette lutte officielle contre le terrorisme, alors qu’il s’agit aussi d’une lutte pour le contrôle des matières premières du sous-sol malien.
Certains militaires africains qui jusqu’à présent étaient systématiquement du côté des pouvoirs qui s’alignaient sur les tenants du néocolonialisme implicite, ou qui agissaient en mode télécommandé pour des intérêts allant en l’encontre des intérêts des Peuples africains – malien en particulier -, sont en train de changer de camp, face à l’échec de la France au Mali dans la lutte contre le terrorisme. Cet opportunisme de circonstance pourrait entrainer une prise de conscience plus profonde et une vigilance accrue de la société civile et de la jeunesse africaine pour écarter les velléités d’installation durable et de recolonisation du Mali par des entreprises multinationales privées, tirant parti du Mali sans retour pour les populations en termes de transfert d’emplois décents et de transferts de technologies.
C’est face à cette forme larvée de la recolonisation du sous-sol et de l’espace malien, que des militaires conscients des enjeux et non corrompus, ont été saisis par le syndrome de feu le Président Capitaine Jerry Rawlings du Ghana et de feu le Président Capitaine Thomas Sankara du Burkina-Faso.
Il faut sortir de la néocolonisation politique et de la postcolonie économique. Les institutions supranationales comme la CEDEAO qui ont supprimé en catimini le terme « développement » dans les activités de la communauté économique sous-régionale ont officiellement confirmé leur rôle de « syndicat de chefs d’Etat » au service de leurs intérêts personnels et des intérêts de leurs mandants. Mais face à un manque de transparence et une colère des Peuples, la « CE des EAO » a continué en toute illégalité à utiliser le sigle CEDEAO, faisant croire que les chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest sont encore intéressés au développement des Peuples de la sous-région. Mais, personne n’est dupe !
10. L’Échec de la France au Mali : Deux Versions Qui Vont Influencer les Élections Présidentielles Françaises
Le 17 février 2022, le Président français Emmanuel Macron a fini par mettre fin à une coopération militaire qui est passée des interventions apparemment sollicitées sous la présidence de François Hollande à des interventions-ingérences non-sollicitées par les autorités maliennes. Avec la mort de 53 militaires français et plus de 10.200 morts depuis 2015[31] – civils et militaires confondus du côté malien –, sans compter les troupes étrangères africaines, le bilan est négatif compte tenu de l’agilité renforcée des terroristes- groupes djihadistes sur le terrain, avec des cellules dormantes dans les pays de la sous-région. Au plan opérationnel, la France aurait besoin d’au moins six (6) mois alors que les autorités maliennes souhaitent un départ immédiat et « sans délai », ce sous la supervision des autorités maliennes.
Emmanuel Macron a donc mis fin à neuf ans de présence militaire française au Mali, certes ponctuée de résultats partiels excellents, mais avec un bilan global d’échec sur le terrain. Il a affirmé ceci : « On ne peut pas rester militairement aux côtés d’autorités de fait dont nous ne partageons ni la stratégie ni les objectifs cachés. La lutte contre le terrorisme ne peut pas tout justifier[32]».
Il faut d’ailleurs rappeler la coïncidence avec la volonté de l’Union européenne, dont il est le Président en exercice jusqu’en juin 2022, de « réinventer la relation entre l’Union européenne et l’Union africaine ». Il y a manifestement plus qu’une rupture car la réaction des autorités maliennes ne s’est pas fait attendre par la voix du porte-parole et Ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation le Colonel Abdoulaye Maiga[33]. « Le Gouvernement prend acte du retrait des forces militaires de Barkhane et de Takuba[34] du Mali ». L’accent est mis sur la responsabilité des autorités françaises dans la plupart des décisions passées comme étant « unilatérales », « sans préavis », « sans consultation préalable avec les autorités maliennes » et « en violation flagrante du cadre juridique liant la France et le Mali et impliquant d’autres partenaires ». Le Mali constate que « les résultats obtenus n’ont pas été satisfaisants » et rappelle les objectifs de l’intervention française au Mali. L’absence de preuves d’une demande formelle du Mali au niveau de Bamako a conduit à ne pas préciser ce point dans l’intervention des autorités maliennes.
Les objectifs de l’opération Serval en 2013 consistaient à « détruire le terrorisme, restaurer l’autorité de l’Etat malien sur l’ensemble du territoire national et faire appliquer les résolutions de l’ONU ». Les objectifs de l’opération Barkhane en 2016 étaient de « lutter contre le terrorisme, aider à faire monter en puissance l’armée malienne, et intervenir en faveur des populations ».
Entre 2013 et 2021, le Mali a risqué la partition et a vu le terrorisme, initialement localisé au Nord, se diffuser sur l’ensemble du territoire malgré la présence des militaires français. Par ailleurs, l’opération Serval n’aurait pas été nécessaire si l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), sur requête française, n’était pas intervenue en Libye en 2011, sans avoir tenu compte des propositions pacifiques et alternatives des chefs d’Etat africains portées par l’Union africaine.
La France est donc bien le principal responsable « à la base des problèmes du Mali en particulier et du Sahel en général ». Les autorités maliennes « en vertu de leur droit souverain ont diversifié leur partenariat pour une montée en puissance des forces maliennes avec des améliorations significatives de la situation sur le terrain au cours des six (6) derniers mois ». L’objectif étant de créer les conditions sécuritaires pour la tenue des élections. Afin de faciliter un retour rapide à des élections, le Gouvernement de transition a mis en place un cadre de concertation visant à adopter un calendrier consensuel sur la durée de la transition, ce avec la participation de la CEDEAO, l’Union africaine, les Nations Unies et certains pays de la sous-région.
Suite aux manquements répétés des accords de défense entre le Mali et la France, ce sont les autorités maliennes de transition qui « invitent sans délai, les autorités françaises, à retirer les forces Barkhane et Takuba du Mali sous la supervision des autorités maliennes », ce dernier point ayant été répété trois fois. Les forces militaires maliennes ont été exhortées à plus de « vigilance et détermination pour défendre l’intégrité territoriale et de sécurisation des personnes et des biens ». Les autorités maliennes de transition ont mis à l’honneur les victimes de l’insécurité civiles et militaires, maliennes et étrangères. Enfin, la coopération sera maintenue avec « les partenaires soucieux de la prise en compte des intérêts vitaux du Mali dans le respect de la souveraineté nationale et de la dignité du Peuple malien et garantir la sécurité à l’ensemble de la population ».























