11. Mali First : Obligation de Politesse et de Respect du Peuple Malien Avant Toute Reprise de Coopération avec la France

Face à une telle réaction, est-ce que le Président français Emmanuel Macron et son Ministre des Affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian, ainsi que l’ensemble des autorités françaises ne sont pas d’abord victimes d’une forme grave de non-respect du Peuple malien, voire d’impolitesse néocoloniale qui pourrait se décliner en un manque de civisme sans égard pour la dignité du Peuple malien ? Vraisemblablement, c’est le cas. Pourquoi alors, les chefs d’Etat de la CEDEAO se prêtent à ce jeu, alors qu’ils connaissent tous l’importance du respect mutuel pour le vivre-ensemble dans la sous-région ? De fait, c’est peut-être le syndrome de la trahison de certains Africains contre leurs frères et sœurs, que certains tentent de revaloriser au Mali, ce en réminiscence des agressions territoriales occidentales contre l’Afrique avec la mise en place de l’esclavage et de l’exploitation gratuite de la force de travail…
Les possibles effets collatéraux de l’échec d’Emmanuel Macron au Mali sur les élections présidentielles françaises ne peuvent pas être négligés, surtout si cette méthode de travail de « Jupiter » avec ses partenaires semble avoir été institutionnalisée, ce que déplorent les principaux adversaires politiques d’Emmanuel Macron en France.
Le « Mali First » est devenu le fondement du combat de souveraineté des autorités de transition au Mali. La France, sous couvert de l’installation d’une base militaire au Mali a en réalité contribué à une forme de partition de fait du Mali, avec une partie du territoire malien interdite aux autorités et militaires maliens. Cela a été ressenti comme une forme d’annexion militaire française en temps de paix. Ce débat ne peut être occulté même si les officiels et médias français politiquement corrects, occupent le terrain médiatique en croyant être les seuls à formater la pensée des Maliens et des Africains… Bref, l’Afrocentricité se décline aussi en politique dès lors que le Peuple malien a pris conscience des enjeux et que les militaires patriotes se sont rangés du côté du Peuple malien. Ce grâce à une partie de la société civile malienne et des Diasporas maliennes et panafricaines actives à l’étranger et sur les réseaux sociaux.
Comment est-ce qu’une banque centrale présumée indépendante peut encore en 2022 convertir le franc CFA en demandant et obtenant d’abord l’accord de la France ? Un véritable véto des autorités françaises pose le problème de l’ingérence française dans les décisions des institutions sous-régionales en Afrique de l’Ouest. Alors la Françafrique relève-t-elle du passé ou s’agit-il d’un renouveau néocolonial d’un coq dans le désert sahélien qui semble lui servir de « basse-cour » ?
En réalité, les autorités actuelles de la France ont perdu le Mali sur le plan militaire, sur le plan diplomatique, sur le plan de la communication dans les médias et dans les réseaux sociaux.
Il est temps pour la France de comprendre que les informations diffusées par ses médias et promouvant la centralité de la France dans les solutions à apporter à l’Afrique, au Mali en particulier, sont souvent entachées de partialité et d’ingérence. La France doit savoir que la parole des Africains et des Noirs qui ont choisi de trahir l’Afrique et le Mali sonnent creux dans un environnement de décolonisation culturelle et économique avancée en Afrique. Vouloir imposer à une population consciente des enjeux et de l’échec d’une intervention française qui s’est enlisée, sans perspective d’une victoire contre les groupes de terroristes-djihadistes, a eu pour effet de reclasser, voire de dégrader, la France au rang d’une puissance moyenne incapable d’un minimum de politesse et de civisme diplomatique.
Cette attitude a été interprétée comme un retour de l’asservissement militaire et culturel français au Mali. Les militaires français au lieu d’épauler et de renforcer les militaires maliens ont eu des instructions pour se comporter comme une armée de substitution, voire d’occupation. De fait, le Mali en pleine mutation a choisi la rupture en laissant la place à la palabre intelligente constructive, le fameux cadre de concertation décidé depuis le 11 février 2022. Comme s’il s’agissait d’un match de ping-pong, les autorités françaises semblent avoir réagi avec la mise en place de « l’initiative d’Accra »[35] qui rassemble le Ghana, le Togo, le Bénin, le Burkina-Faso, qui serait un autre cadre d’intervention et de collaboration régionale y compris militaire.
Aussi, pour tenir compte de la réalité de terrain, vue d’Afrique, la phrase du Président français, doit être réajustée comme suit : « On ne peut pas rester militairement aux côtés d’autorités françaises qui échouent dans leur mission d’éradication du terrorisme, dont ils sont responsables, suite à une intervention en Libye non sollicitée par les dirigeants africains et dont nous ne partageons ni la stratégie ni les objectifs cachés. La lutte contre le terrorisme ne peut pas tout justifier ».
Il est vraiment temps de réinventer la relation entre la France et le Mali.
12. France : On Ne Mange Pas Seul en Afrique Puis On Demande aux Autres de Payer l’Addition
Lorsque tout un Peuple malien se lève et prend conscience des enjeux et de la richesse de son territoire, il ne peut accepter la partition, encore moins que ses richesses ne soient pas utilisées pour améliorer le mieux-être de chaque citoyenne et citoyen malien. Les sanctions disproportionnées et s’appliquant dans un cadre néocolonial et de tentatives de vassalisation des autorités maliennes et donc du Peuple malien étaient vouées à l’échec. En effet, ce n’est plus le Mali que l’on sanctionne mais tout le peuple africain.
Avec une faible diversification, l’économie malienne enclavée est fortement dépendante du monde extérieur. Les importations, notamment de denrées et intrants agricoles ou de produits raffinés (gas-oil, essence, kérosène) mais aussi les exportations d’or, de coton et de denrées agricoles (mangues, karité, etc.) supposent que les infrastructures et une logistique de désenclavement du pays soient mis en place et que l’essentiel des activités agricoles ne subissent pas les aléas climatiques. Le Fonds monétaire international[36] annonce un déficit de la balance commerciale de -2,7 % du produit intérieur brut (PIB – richesse quantifiée du pays) pour 2021 avec une amélioration en 2022 avec -1,9 % du PIB, ce grâce aux résultats du gouvernement de transition au niveau de la lutte contre la corruption et l’impunité.
Au cours des années à venir, l’économie malienne devrait confirmer sa résilience avec un taux de croissance économique négatif en 2020 à –1,6 %, qui est passé à 4,0 % en 2021, avec une estimation de 5,3 % en 2022[37]. La croissance malienne en 2021 était supérieure à la moyenne de 3,7 % enregistrée par l’Afrique subsaharienne et inférieure à la moyenne de 4,5 % de la zone franc en 2021. Avec une inflation de 3 % en 2021, la croissance économique effective de 1 % du Mali en 2021 était au rendez-vous, ce sous le gouvernement des autorités maliennes de transition.
La dette extérieure publique du Mali s’est élevée à 30 % en 2021 et est largement inférieure au seuil plafond fixé par la CEDEAO à 70 % du PIB. Le Mali est donc solvable et sa crédibilité financière ne peut être mise en cause, même avec les sanctions unilatérales et illégales[38].
Avec des cours mondiaux exceptionnellement et durablement élevés, la production et les exportations d’or connaissent une très forte progression, surtout avec l’arrivée de nouveaux opérateurs dans le secteur minier. Selon le FMI, dans le secteur agricole et pour la période 2021/2022, la production de coton devrait connaitre une forte hausse et permettre au Mali de redevenir le 1er producteur d’Afrique (800 000 tonnes). La production de céréales devrait être de nouveau excellente à la faveur notamment de conditions climatiques favorables. Pourquoi la CEDEAO s’organise pour empêcher le Mali de partager les fruits de la croissance avec sa population en prononçant des sanctions entachées d’illégalité ?
La France demeure pour le moment le principal partenaire économique du Mali et le deuxième (2e) en termes d’investissement étranger direct, même si le premier (1er) des investisseurs miniers est une société canadienne. Plus de 125 filiales et sociétés à capitaux français ont été recensés au Mali, contribuant en moyenne à 20 % des recettes fiscales maliennes, employant directement plus de 5.500 salariés notamment dans le transport aérien (Air France), les infrastructures (Bolloré), la téléphonie mobile (Orange), la distribution des carburants (Total), l’agroalimentaire (Castel Bramali, GIE AMI) le BTP (Razel, Sogea-Satom, Somafrec), les titres et documents sécurisés (Idémia), la certification (Bureau Veritas), la restauration (Servair Mali), les médias (Canal+) ou encore le ciment et les matériaux de construction (ATC métallurgie, Métal Soudan, Vicat/CMM). En 2020, les échanges commerciaux bilatéraux restent concentrés et s’élèvent à 370 M €[39].
Pour 2021, les perspectives macroéconomiques sont jugées bonnes.
Les deux coups d’Etat maliens résonnent alors comme une volonté et une détermination de militaires patriotes maliens de restaurer l’honneur national et la souveraineté territoriale du Mali.
Pour ce faire, il fallait s’assurer le concours d’un allié militaire qui pouvait faire contrepoids à la France, c’est la Russie, mais aussi la Chine et plus discrètement des pays comme l’Algérie, la Mauritanie, la Turquie, et de nombreux pays arabes du Golfe. Mais face au jeu trouble du Nigéria, l’Afrique du sud, intéressée par l’Or et les matières premières maliennes, ne restera pas longtemps inactive et s’emploiera pour aider à trouver une solution de contournement des sanctions ou s’emploiera diplomatiquement pour susciter le rétropédalage des chefs d’Etat de la CEDEAO qui risquent eux-mêmes d’être balayés par les populations excédées du niveau de mépris et d’arrogance à leur égard. La France, qui n’a jamais cru aux changements spirituels compte tenu de la croyance institutionnelle aux vertus de la laïcité et de l’athéisme, pourrait bien être surprise par l’évolution en profondeur du Peuple malien déterminé à ne plus se faire usurper ses biens, mais tout en restant courtois et ouvert à la palabre africaine intelligente.
Le Mali du Président Assimi Goïta risque de passer de la résistance à la rupture conditionnelle avec ses pairs africains et certains dirigeants occidentaux pour retrouver une marge de manœuvre économique et financière au service de son Peuple.
Le débat sur la durée de la transition devient secondaire dès lors qu’il faut du temps pour restaurer la sécurité territoriale, réformer les institutions et débarrasser l’environnement de la corruption et de l’impunité.
Après la sécurité, le problème de fond demeure la décolonisation économique et financière des Etats ne bénéficiant pas de leur participation à l’UEMOA, à la CEDEAO et à la BCEAO, toutes instrumentalisées par une puissance étrangère qui n’arrive pas à convaincre l’Union européenne, ni la Russie de l’accompagner dans la croisade anti-autorités maliennes.
Le peuple français devrait s’interroger sur les véritables motifs pour lesquels ses dirigeants n’ont pas facilité l’accès à l’autonomie financière des pays africains en refusant de faire sauter le contrôle unilatéral de la convertibilité du FCFA par le Trésor français, lors de l’abandon du franc français et de l’avènement de l’Euro. De plus, pourquoi la France a refusé à l’Union européenne d’avancer vers l’EURO-CFA afin d’intégrer l’ensemble des pays de l’Union européenne dans le Conseil d’administration de la zone Euro, qui jusqu’à récemment fonctionnait sur la base d’un droit de véto de la France. A vouloir toujours tout manger toutes seules, les élites françaises ont organisé leur perte d’influence et de crédibilité au Mali. On comprend pourquoi les partenaires européens ont insisté sur la refondation du partenariat entre l’Union européenne et l’Union africaine, une alternative à l’approche française de la néo-françafrique.
13. Injonctions ou Discussions d’Égal à Égal au Mali : Reconsidérer la Palabre Africaine
L’armée française quitte le Mali suite au succès militaire initial du Président François Hollande, à savoir l’élimination de groupes terroristes djihadistes (Al Qu’Aïda et L’Etat Islamique) et leurs dissidences recomposées qui ont systématiquement été remplacés, et l’échec des opérations militaires au Mali sans coalition européenne solide. Les libérateurs sont devenus des occupants et n’ont fait aucun effort pour appliquer la palabre africaine intelligente, à savoir écouter le Peuple malien et ses dirigeants patriotes.
Ainsi, la France d’Emmanuel Macron s’est retrouvée dans une situation d’ingérence explicite et de néocolonialisme militaro-économique au point de voir sa forte crédibilité se transformer en une forte défiance du Peuple malien, et plus largement des citoyens africains. Ceux-ci ont fini par faire la corrélation entre la présence militaire française et la multiplication des attentats terroristes-djihadistes en Afrique. Autrement dit, les terroristes djihadistes ont choisi l’Afrique au Sahel pour s’attaquer à la France et à ses « alliés africains ».
Par ailleurs les chefs d’Etat choisis par la France sont souvent venus au pouvoir grâce à des coups d’Etat constitutionnels, parfois militaires et gèrent les pays en plaçant les intérêts français au-dessus des intérêts du Peuple africain. La désinformation médiatique qui accompagne ce mouvement ne peut plus tenir face à la force des réseaux sociaux.
Bref, l’information fournie par des médias français ou des experts français autoproclamés spécialistes de l’Afrique a été dévaluée par les citoyens africains, de plus en plus conscients des enjeux mondiaux, et surtout seuls à porter le poids de l’énorme bêtise ou erreur stratégique commise par le Président français Nicolas Sarkozy. Lequel a entraîné dans son sillage les Nations Unies, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) obtenant l’assentiment du Président Barack Obama, et plusieurs pays de l’Union européenne dans une entreprise de déstabilisation de la Libye et l’assassinat de son dirigeant, Mouammar Kadhafi, avec de très lourdes et incalculables conséquences à moyen et long-terme sur la déstabilisation de l’ensemble de la région du Sahel. Il convient de s’interroger et d’analyser les raisons pour lesquelles tous les pays du Sahel où les fameux groupes terroristes djihadistes ont sévi sont, soit des pays sur lesquels sont implantées des bases militaires françaises, soit sont dirigés par des chefs d’Etat bénéficiant du soutien inconditionnel et pérenne de la France : Tchad, Mali, Niger, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, ou même la Guinée.
De fait, le Peuple malien a demandé et obtenu le départ de la France diplomatique (ambassadeur français Joël Meyer, déclaré non-gratta) et de la France militaire (opération Barkhane élargie à l’opération Takuba, ou de leurs versions édulcorées consistant en des reconversions en missions MINUSMA de l’ONU avec 14.000 casques bleus[40]) en attendant les élections présidentielles françaises en Avril 2022 en France. Décidément, l’aura du Dieu Jupiter Emmanuel Macron a perdu de son éclat. Jupiter était un dieu du ciel. L’une de ses plus anciennes épithètes est Lucetius, autrement dit le « Briseur de lumière ». Le Peuple malien ne veut pas qu’un étranger vienne briser la lumière du renouveau du Peuple malien. La rupture était inévitable au plan spirituel. La rupture au plan opérationnel (militaire et diplomatique, et demain économique) n’est qu’un service après-vente d’un changement géo-spirituel.
Bien sûr, les individus ou les peuples « athées » ne peuvent saisir la dimension du sacré pour les Africains des conflits entre les usurpateurs et les propriétaires du sol africain. Pourtant, il ne s’agit que d’une forme de sanction envers des décennies de violences, d’humiliation, d’ingérence et d’asservissement des dirigeants africains par une puissance néo-tutélaire.
La logique mimétique de certains dirigeants africains, devenus des moutons et des courroies de transmission de la gloutonnerie prédatrice de certains pays riches en Afrique, ont conduit à sortir de sa torpeur légendaire le Peuple africain pacifique pour l’aider à prendre son destin en main. Certains militaires patriotes l’ont compris et se sont rangés du côté du Peuple africain. La notion de coup d’Etat militaire prend alors des connotations salvatrices pour un Peuple pauvre et humilié mais ayant une soif de retrouver sa liberté.
Aucune expérience d’émancipation politique, économique, sociale, environnementale, culturelle et spirituelle ne pourra être menée au plan africain et a fortiori au plan national, sans la levée du tabou central de la régulation d’origine externe des économies africaines, du contrôle de ces pays grâce à l’usurpation des résultats électoraux par la contre-vérité des urnes et une gouvernance fondée sur la contre-vérité des comptes publics. Le Peuple malien a compris que la rupture et la reconstruction qui doit s’en suivre passe par l’émergence de responsables éthiques, soutenue par une vigilance et une mobilisation permanente et massive de la grande majorité des citoyens déterminés à « faire leur propre histoire » et non pas laisser une ou des puissances étrangères « utiliser le Mali » – et plus largement les pays africains – pour asseoir une domination du monde sur le dos des citoyens maliens et africains.
L’enjeu est donc bien de retrouver un rééquilibrage des rapports de force en faveur des pays africains dont les dirigeants sont de véritables patriotes. Cela ne peut donc pas se faire sans une modification fondamentale du modèle de développement sous-jacent, aujourd’hui néocolonialiste abusivement appelé « post-colonial ».
Le refus ou l’incapacité de certains dirigeants africains de faire le lien entre d’une part, le néoprotectionnisme, plus communément connu en zone franc comme étant la « françafrique » et d’autre part, le lien entre une oligarchie mondialiste ultra-minoritaire et dominant abusivement les Peuples, en Afrique comme partout où le Peuple perd en pouvoir d’achat et en liberté, n’est plus possible en Afrique. Le Peuple africain conscientisé se réveille et luttera dorénavant pour retrouver le droit à rester maître de son destin.
14. Dégradation de l’Image de la France au Mali et en Afrique
Ainsi, comment l’image de la France au pu se dégrader à un tel niveau et faire tache d’huile dans les pays voisins, Burkina-Faso, Guinée et même indirectement au Tchad ? La réponse tient en quelques mots : les œillères de la classe dirigeante française – plus largement occidentale – et l’arrogance des élites françaises. A force de clamer dans les médias :
* que la France vient « aider » malgré un retour sur investissement de l’aide plus substantiel que l’aide elle-même ;
* que cette même France élitiste n’est responsable de rien ; et
* que les informations fournies par la France sur la réalité des richesses du sous-sol malien (plus globalement africain) ne correspondent pas avec celles fournies par des satellites concurrents,
il y a problème !!!
L’échec de la France face à l’insécurité au Mali est d’abord un problème d’absence de transparence et de mutualisation des efforts avec les dirigeants maliens et africains au sens Africain. Face à des positions ambivalentes et parfois carrément hostiles à l’intégrité territoriale malienne, il n’y avait pas d’autre alternative pour des militaires maliens humiliés que de rejoindre et d’exécuter la volonté du Peuple malien. Le Peuple malien s’est libéré du joug d’une élite française néocoloniale en organisant un rapport de force original qui s’appuie sur les militaires maliens patriotes et l’armée russe et ses démembrements. De la résistance passive des décennies passées, le peuple malien a convaincu ses nouveaux dirigeants d’aller à la rupture`– vraisemblablement passagère – avec la France, pour réorganiser au cours d’une transition les voies, les institutions et les moyens de retrouver une souveraineté territoriale, militaire, économique.
15. Maliennes et Maliens : Des Héritiers de Grands Empires Pré-coloniaux en Afrique
Les élites françaises devraient apprendre que le Mali a été fondé au 11e siècle et a été unifié vers 1222/1230 par Soundiata Keïta, roi du Mandé, espace qui recouvre approximativement le Mali actuel, une partie de la Guinée, du Sénégal, etc. Le Mali a été le berceau de trois grands empires : l’empire du Ghana, l’empire du Mali et l’empire Songhaï avant la colonisation française entre 1895 à 1960. Il a accédé à l’indépendance avec Modibo Keïta, puis la néocolonisation pris le dessus sous la dictature du Président Moussa Traoré instrumentalisé par cette même élite française, puis des formes de démocratie télécommandée qui conduisaient graduellement à la désintégration territoriale du Mali.
En adhérant à la palabre africaine intelligente héritée en partie de la « Charte du Mandé[41] », datant de 1222/1236, les élites africaines, conservatrices ou progressistes d’une part, et les élites françaises et internationales, conservatrices ou progressistes d’autre part, devraient savoir que cette Charte est l’aboutissement d’une sagesse issue de guerres sanglantes unissant des peuples très proches.
Aussi, les élites françaises et étrangères, adeptes de l’ingérence, alors que les Peuples africains n’ont rien demandé, devraient ranger leur arrogance au vestiaire. De même, les chefs d’Etat africains adeptes de l’alignement néocolonial devraient faire leur introspection et les dirigeants maliens doivent savoir qu’un Coup d’Etat militaire qui perdure sous le couvert d’une transition où les pouvoirs sont concentrés ne répond pas aux exigences de l’esprit de la Charte du Mandé[42].
Il est souhaitable que la mise en place en Janvier 2022 d’un « mécanisme de concertation », sous le leadership du Mali – avec la participation de la Présidence de la Commission de la CEDEAO, de l’Union africaine, des Nations Unies, du Ghana en tant que Président en exercice de la CEDEAO et en tant que Ghana, la Mauritanie, le Sénégal en tant que Président de l’Union africaine et du Sénégal, la Sierra Leone, le Nigéria et le Togo –, permette de trouver une solution sur le contenu des activités à réaliser au cours de la période de transition et, de fait, facilite la présentation d’une chronogramme consensuel qui rencontre les aspirations du Peuple Malien. Encore faut-il qu’aucune puissance extérieure ne vienne torpiller le processus en passant par certains chefs d’Etat africains adeptes du double langage.
Rappelons l’article 22 de la Charte du Mandé : « La vanité est le signe de la faiblesse et l’humilité le signe de la grandeur » et l’article 23 « Ne vous trahissez jamais les uns les autres. Respectez votre parole d’honneur ».
Afrocentricity Think Tank recommande donc deux conférences basées sur la Constitution Mandé dite « Kurukan Fuga[43] » suite à la bataille de Kirina en 1235 où 12 royaumes d’Afrique de l’Ouest se sont retrouvés pour établir l’empire Mandé. Les institutions supranationales en Afrique de l’Ouest dont la CEDEAO devraient être déconstruites pour être reconstruites sur de nouvelles bases inspirées de ces principes. Cette mutation de la CEDEAO n’est pas impossible. C’est une question de volonté avec des femmes et des hommes défendant les intérêts du Peuple africain.
En attendant cet évènement, mutualisons nos efforts pour faire vivre la palabre africaine intelligente pour un consensus entre Africains non-alignés, avant toute négociation avec des puissances étrangères. La France doit intégrer la résistance des Peuples africains pour actualiser son logiciel démodé, déphasé et obsolète du primat de la défense des intérêts français avant ceux des Africains. Elle doit aussi laisser vivre la démocratie en Afrique, en retirant son soutien inconditionnel et pérenne aux dirigeants africains autocrates, la plupart du temps illégitimes mais alignés sur la France. Il ne pourra pas y avoir de transition politique au Mali réussie sans des réformes constitutionnelles, institutionnelles et économiques, notamment la lutte déterminée contre la corruption, contre l’impunité et des accords de défense et monétaires basés sur la réciprocité. Pour ce faire, le Gouvernement de transition devra privilégier les relations bilatérales, se méfier des relents de vengeance surtout si les 4 à 6 mois nécessaires pour une sortie « ordonnée » des militaires français du Mali devrait être inversement proportionnel aux 4 à 6 heures pour débarquer en terre malienne. YEA.
Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur Afrocentricity Think Tank
21 février 2022
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