Quelques figures de "l'opposition" togolaise | Photo: DR
Quelques figures de « l’opposition » togolaise | Photo: DR

Un analyste géopolitique camerounais parlant de son pays, le Cameroun, et de la longévité de Paul Biya au pouvoir, disait ceci: «…Il s’agit d’une confiscation du pouvoir, il s’agit d’une usurpation, il s’agit d’un régime qui utilise les moyens de répression les plus féroces pour se maintenir au pouvoir. Donc cette longévité entre guillemets, elle n’est pas le fait d’un mérite politique particulier qu’on pourrait lui attribuer; non, c’est juste le fait d’une violence incroyable, une capacité incroyable à se maintenir au pouvoir par la violence, la peur, la terreur et la corruption…»

Si nous nous amusons à remplacer dans cette réflexion de l’analyste camerounais, les mots «Cameroun» et «Paul Biya» par «Togo» et «Gnassingbé Éyadéma» hier et «Faure Gnassingbé» aujourd’hui, nous serions justement en train de parler du Togo avec le drame politique que vivent ses citoyens depuis plus d’un demi-siècle, comme notre ami le fait pour son pays. Et ce qui est encore plus dramatique pour les Togolais est qu’il est aujourd’hui difficile d’envisager la fin de la traversée du désert, tant le régime politique autour de Faure Gnassingbé est dans la logique de la conservation à tout prix du pouvoir, sans égards pour ce qui se passe ailleurs, et surtout sans égards pour les populations dont il prétend diriger aux destinées. Après le charcutage constitutionnel unilatéral de 2024 qui accoucha de la fameuse 5e république qui fait désormais du pouvoir togolais un régime parlementaire, il y eut une levée de boucliers de la part des populations togolaises et de l’opposition pour condamner cet énième coup de force de la part du régime Gnassingbé. Et comme pour conforter les Togolais dans leurs revendications, la cour de justice de la CEDEAO, par un arrêt, condamne la procédure et met l’accent sur son caractère antidémocratique. Un coup de pouce pas des moindres au peuple togolais et à son opposition.

Mais que peut un arrêt de justice, fût-il de la cour de justice de l’organisation sous-régionale, face à un régime autiste et impitoyable pour son peuple, qui a déjà, à plusieurs reprises, rejeté du revers de la main des condamnations et recommandations pour différents délits, surtout dans le domaine des violations des droits de l’homme, de la part de l’Union Africaine ou des Nations-Unies? Le régime togolais est aujourd’hui pratiquement l’un des rares en Afrique noire, à gouverner dans l’opacité totale, et surtout, contre les intérêts du peuple. Il est un secret de Polichinelle que le pouvoir togolais, incarné par Faure Gnassingbé, est un régime dont la mauvaise gouvernance faite de méthodes dictatoriales, avec pour corollaire, les massives violations des droits de l’homme, la corruption endémique, la pratique du népotisme et du tribalisme, au vu et au su de tout le monde, et le tout couronné par une totale impunité. En un mot, le régime togolais a tellement confisqué tous les secteurs du pouvoir politique pendant très longtemps que l’observateur local ou étranger aurait l’impression que les citoyens ne savent plus qu’ils ont des droits et se sont résignés à subir ce sort impitoyable. Ailleurs en Afrique, la frange du peuple constituée par ce que nous appelons l’armée, est celle qui a contribué à libérer les peuples des griffes des prédateurs politiques impitoyables, comme le sont aujourd’hui Faure Gnassingbé et sa bande de sans-coeur pour les Togolais. Comme frappé par une malédiction, le peuple togolais n’a pas eu cette chance; car si le régime Gnassingbé peut faire tout ce qu’il veut, manipulant la constitution togolaise à sa guise, pour rester le plus longtemps possible au pouvoir, c’est qu’il compte sur le soutien de la force publique, l’armée, payée par le contribuable.

Ailleurs, si se faire enrôler pour défendre le drapeau national est un honneur et une fierté d’appartenir à une nation, nous nous demandons ce que ressentent les jeunes togolais au sein de cette armée qui a pris fait et cause pour le régime qui maltraite son peuple, qui est très loin d’être la grande muette qu’elle devrait être. C’est ainsi que les Togolais et leur opposition, pris en étau entre le régime répressif et l’armée qui le soutient, sont persécutés, bâillonnés, humiliés, sans personne pour leur venir en aide. Et nous constatons par ailleurs que l’arrêt de la cour de justice de la CEDEAO qui condamne l’état togolais, n’a qu’un effet théorique, et qu’il ne reste à l’opposition que la possibilité de s’unir en parlant d’une voix. Et c’est ce que les deux regroupements actuels de l’opposition sur le terrain ont fait. En effet, le Manifeste Génération Togo (MGT) et le CNCC (Cadre National de Concertation pour le Changement), deux entités comptant chacune en son sein des partis politiques et des associations de la société civile, se sont retrouvées le 25 août 2026 à Lomé pour présenter un mémorandum consacré à la sortie de crise dans notre pays. L’opposition ainsi unie propose notamment un retour à la Constitution de 1992, l’ouverture d’une transition politique et un accompagnement de la communauté internationale. Le pouvoir Gnassingbé de son côté, fort et confiant du fait qu’il a justement la force et la terreur politique à sa disposition, et selon des informations qui circulent depuis un certain temps, serait en train de se préparer à une nouvelle révision de la constitution togolaise pour se donner une légitimité qu’il n’a pas, et qu’il n’aura jamais, à l’allure où vont les choses avec cette volonté de Faure Gnassingbé de toujours chercher à s’appuyer sur du faux contre la volonté populaire, pour rester au pouvoir.

Et quand des observateurs se demandent quel comportement l’opposition adopterait-elle au cas où la constitution serait vraiment de nouveau révisée, nous pensons que la seule possibilité qui reste aux forces de l’opposition est l’union et la mobilisation des populations togolaises, car le régime Gnassingbé, de mauvaise foi, est désormais disqualifié pour jouer un rôle quelconque dans l’élaboration de l’avenir politique, et de l’avenir tout court du Togo. L’exigence d’un retour à la Constitution de 1992 et l’ouverture d’une transition politique face à un régime de terreur comme celui que nous avons au Togo, et après toutes les malheureuses expériences du passé, pourrait prêter à sourire, vu justement le rapport de forces; mais que peut un pouvoir illégitime, impopulaire, et à juste titre rejeté par tous et de partout, même soutenu par une armée qui a délibérément choisi de se tromper de mission, face à la colère et à la détermination d’un peuple, derrière une opposition unie et parlant d’une voix?

Samari Tchadjobo
Allemagne

Samari Tchadjobo
Samari Tchadjobo | Photo: S.T