
Qu’est-ce qui a mis le peuple malien en ébullition[1] ? Onze (11) points parmi tant d’autres ont été retenus à savoir :
* la manipulation des résultats des élections législatives de mars-avril 2020 et la contre-vérité des urnes ;
* la faiblesse du budget affecté aux militaires du fait d’actes de corruption entre 2013 et 2020 avec des résolutions introduites par la France aux Nations Unies sans concertation avec les autorités maliennes ;
* la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite qui a échoué avec des corrompus qui veulent une transition courte ;
* la dévalorisation de l’armée malienne par manque d’équipements et de munitions du fait de la corruption ;
* l’impunité avec la disparition forcée de journalistes et la contre-vérité des comptes publics ;
* la tentative de révision manquée et à plusieurs reprises de la Constitution depuis 2001, car le Peuple exige des réformes politiques et institutionnelles en profondeur ;
* la mauvaise application des différends accords dits de paix ou de défense de manière à éviter la partition du Mali ;
* l’incompétence du premier gouvernement de transition qui a été incapable de mettre en œuvre les revendications du mouvement insurrectionnel ;
* la trahison envers les militaires dont 80 % ont été formées en Russie et sont donc indépendants du réseau militaire françafrique ;
* le fait que l’armée française a créé de fait une enclave à Kidal, empêchant l’armée malienne d’entrer dans cette partie du territoire malien, créant ainsi une partition de fait au Mali ;
* le fait que les chefs d’Etat de la CEDEAO limitent la transition à des élections alors que les conditions qui ont conduit à la mauvaise gouvernance militaire, politique, électorale et économique au Mali n’ont pas été corrigée.
La France a oublié qu’elle avait à faire au retour au pouvoir des représentants d’un Peuple de résistants, ce qui a permis d’éviter la trahison au sein de la résistance malienne et d’organiser une déstabilisation au sommet de l’Etat, un jeu dévolu souvent à certaines chancelleries occidentales en Afrique. La réalité est de savoir qui a intérêt à empêcher le Mali de sauvegarder son indépendance sécuritaire, souveraineté économique et financière. Suite aux sanctions de la CEDEAO, c’est pour que cet agenda voie le jour que 3,5 à 4 millions de citoyennes et citoyens maliens sont sortis le 14 janvier 2022 pour manifester leur soutien aux autorités militaires issues du 2e coup d’Etat. Le discrédit des autorités maliennes que certains se sont employés à répandre, s’est retourné contre ses instigateurs. Notamment ceux qui ont unilatéralement, sans échange, prononcé des sanctions contre les autorités patriotes de transition au service du Peuple malien.
En effet, le Mali avait prévu de discuter le calendrier de 5 ans de la période de transition au 31 janvier 2022 avec la CEDEAO[2]. Mais quelle a été la surprise d’entendre que la CEDEAO avait engagé des sanctions contre le Mali, vraisemblablement téléguidées d’ailleurs ?
Paradoxalement, les peuples de la CEDEAO ont commencé à demander des comptes à chacun des présidents des pays formant la CEDEAO, avec les risques d’effets collatéraux.
1. Mali, Deux Coups d’État pour la Dignité, l’Honneur et la Souveraineté
Depuis l’indépendance du Mali en 1960, après au moins cinq (5) coups d’Etat que ce pays a connu de 1968 à nos jours, le énième du 18 août 2020, non sanglant, va porter au pouvoir une junte militaire organisée, à partir de la base militaire de Kati située à une quinzaine de kilomètres de la capitale Bamako.
Toutefois, il existait depuis juin 2020 des manifestations de mécontentements à l’égard de la gouvernance du feu Président Ibrahim Boubacar Keïta, sur fond de corruption, de pandémie de COVID-19, de frictions inter-ethniques, d’un terrorisme à multiples facettes. Tous ces griefs ont été accentués par un sentiment d’ingérence de la France, voire de contrôle ou de soutien larvé à la partition-indépendance d’une partie du territoire malien.
Le bilan de cette gouvernance « chaotique » s’est soldé, par plusieurs dizaines de morts et de blessés qui ont été recensés au cours des 9 années passées. Il s’agit d’une période de turbulences politiques et sécuritaires qui a vu la mort de 53 militaires français et de 10.200 civils et militaires africains, principalement maliens et de la sous-région, dont ne parlent presque jamais les acteurs politiques et les médias occidentaux de l’autre côté de la Méditerranée.
C’est en décembre 2021 que, sur proposition de ce qui tient lieu d’Assemblée de transition du Peuple malien, les représentants des « Assises nationales pour la refondation (ANR) » tenues du 15 au 21 novembre 2021, ont proposé une période de transition de six mois à cinq ans pour permettre de mener, selon la VOLONTÉ DU PEUPLE MALIEN, des réformes constitutionnelles, institutionnelles, économiques et juridiques en profondeur. L’objectif affiché est d’éviter que les erreurs du passé sous des gouvernements, présumés « démocratiquement » élus, ne se reproduisent plus[3].
2. La Volonté du Peuple Malien : Antinomique à la Volonté de la CEDEAO et de la France
La conception du Colonel Assimi Goïta pour une transition politique effective est différente de celle des chefs d’Etat de la CEDEAO, et certainement de celle de la France. Cette conception repose sur la volonté de réformer en profondeur le Mali avant d’organiser des élections sécurisées, libres et transparentes qui devront conduire au retour au pouvoir de civils compétents et porteurs de valeurs éthiques.
Pour ce faire, le jeune Colonel Assimi Goïta, âgé de 37 ans, a annoncé que la période de transition sera prolongée de cinq (5) ans, avant de suggérer de la ramener à quatre (4) ans suite à des négociations avec les chefs d’Etat de la sous-région. Au cours de cette période, il est prévu, entre autres, de proposer :
* entre 2022 et 2024 de réformer les principales institutions et de réajuster les textes y afférents pour un meilleur vivre ensemble et une gouvernance économique créatrice de richesses partagées ;
* en janvier 2024, la rédaction d’une nouvelle Constitution avec son adoption par référendum ;
* en novembre 2025, des élections législatives et sénatoriales ; et
* en décembre 2026, une élection présidentielle[4].
Cette proposition fut discutée lors du sommet extraordinaire de la CEDEAO du 9 janvier 2022[5]. À l’issue de celui-ci, la CEDEAO a rejeté la proposition pour une transition de quatre ans, décidé la fermeture des frontières avec le Mali, procédé au rappel de ses ambassadeurs et décrété un blocus économique. Le Mali a réagi par la réciprocité et a rappelé ses ambassadeurs. Entretemps, le ton s’est durci entre Paris et Bamako autour de l’ingérence de la France dans les affaires intérieures du Mali, le tout débouchant sur le renvoi de l’ambassadeur français du Mali[6]. Le Mali dit non de manière définitive à un retour dans l’espace « françafrique[7] » de la zone franc. La rupture avec l’empire françafrique[8] est inéluctable. Le Rwanda l’a compris et l’a fait pour « respirer » avant de choisir les conditions dans lesquelles ce pays pourrait collaborer à nouveau avec la France. Il semble que les pays africains dont les peuples et les militaires sont conscients des enjeux, finiront par passer par cette case, au risque de voir leurs hésitations ou tergiversations se solder par un contrôle du pouvoir par une armée ethnique favorable à la France, comme le démontre l’exemple du Togo.
En cas de « vacance », c’est le Président du Conseil National de Transition, le Colonel Malick Diaw, membre de l’équipe du Coup d’Etat du 18 août 2020, qui prendra la relève pour terminer la transition. Il reste donc à fixer « la durée de la transition » et justifier les réformes indispensables à faire pour que la crise malienne avec la CEDEAO, l’UEMOA et la BCEAO trouve une issue favorable pour le Peuple malien.
Le 5 février 2022, un projet de loi supprime le poste de « vice-président de la transition », renforçant de facto le pouvoir du Colonel et président Assimi Goïta et de son ministre de la défense. Le Conseil national de la Transition dont les membres sont issus des différentes régions du Mali mais nommés par l’exécutif sera élargi à 121 membres afin d’assurer la participation plus équilibrée du pays et justifier l’inclusivité.
La « reconsidération » de la durée de la transition de 5 ans, ramenée déjà à 4 ans par l’exécutif, devrait faire l’objet d’une nouvelle recommandation des Assises Nationales, ce en fonction des activités et tâches à exécuter au cours de la Transition. C’est à ce prix qu’un consensus pourra être trouvé, qui assume la volonté du Peuple du Mali et surmonte les intransigeances des dirigeants des institutions sous-régionales, toutes non élues par le « Peuple africain », et sur lesquelles se sont alignées des puissances étrangères.
3. La Françafrique : Un Mort-Vivant Que le Mali Enterre par la Rupture
Loin de se déliter, la Françafrique a été renforcée sous le mandat du Président Emmanuel Macron, par un système du « en même temps » où l’approche officielle fondée sur des accords secrets (militaires, monétaires, diplomatiques, culturels, fonciers, etc.), coexiste allègrement avec des approches officieuses. Celles-ci sont caractérisées par des transferts d’argent, des soutiens en termes de sécurité rapprochée des chefs d’Etat, des fraudes multiples, l’évasion fiscale, des délits et crimes, la violation des droits des citoyens et des peuples, une organisation mafieuse au service de puissances étrangères, dans le cadre de systèmes ésotériques décentralisés où les responsabilités se diluent au contact des médias politiquement corrects.
Les élites françaises finissent ainsi par choisir leurs autocrates africains.
Ces derniers sont qualifiés d’amis de la France et sont souvent adoubés sur la base d’un coup d’Etat constitutionnel, militaire et/ou ésotérique. C’est ce système pervers qui permet de faire perdurer la doctrine néocoloniale dans la zone Franc.
Aussi, dès lors que les nouveaux dirigeants du Mali ne répondent pas à ces critères, ils sont farouchement combattus par un establishment qui se gausse des règles élémentaires de la démocratie. Le Mali vient donc de mettre fin au « droit de véto » de la France sur l’avenir du Peuple malien. La volonté du peuple malien est définitivement antinomique à la volonté de la CEDEAO, de l’UEMOA et donc de la françafrique.
Le paradoxe de la Françafrique est que son « logiciel autonome », d’une part, interdit l’avènement d’une alternative africaine concurrentielle à celle de la France et, d’autre part, se doit, de fait, de l’empêcher d’exister par tous les moyens. La position française étant faussement « réputée » comme étant dans l’intérêt des Peuples africains et érigée en doctrine, les autres positions concurrentielles, celle du peuple malien en l’espèce, ne peuvent venir remplacer la position française, sans susciter un antagonisme irréconciliable. De fait, la réconciliation des positions ne peut se résoudre que la palabre africaine intelligente, ce que refusent aujourd’hui les autorités françaises, comme celles de la CEDEAO/UEMOA.
La seule solution qui émerge dès lors dans l’esprit des peuples d’Afrique reste la rupture. Le Coup d’Etat populaire est l’illustration de cette rupture, pour mettre fin à cet antagonisme, même au risque calculé que cette rupture passe par la désapprobation d’une partie des élites africaines. Notamment celles qui ont choisi leur intérêt personnel, en contrepartie de la vente ou de l’échange du droit à l’autodétermination du Peuple africain, celui du Mali en l’espèce, contre une cuisse de poulet congelé ou quelques colifichets.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a voulu imposer aux autorités militaires l’acceptation d’une organisation rapide d’élections sans modification en profondeur des causes des erreurs successives des démocraties téléguidées de l’extérieur. Dans la foulée, une partie minoritaire de l’opposition malienne a clamé sur les ondes qu’elle souhaitait refaire la « transition » en annonçant qu’elle ne reconnaîtra plus les actuelles autorités à partir du 25 mars 2022. Un chantage qui ne devrait pas changer le cours de l’histoire de la renaissance malien sous le signe de la liberté et de la fin du joug d’une puissance étrangère. La lutte réelle contre le terrorisme ne peut servir à assouvir des ambitions cachées de la France, ce aux dépens du Peuple malien.
Plus de neuf (9) ans dans l’enlisement militaire au Mali et surtout une incompréhension de la situation sur le terrain ont décrédibilisé les autorités françaises sans pour autant dévaloriser le rôle des militaires français, envoyés au « charbon » dans des conditions non optimales pour gagner. C’est ce qu’a rappelé le Général Pierre de Villiers, le chef d’état-major des armées françaises[9] qui a démissionné le 19 juillet 2017, principalement pour ne pas être tenu responsable, d’une part des 53 militaires morts, sans compter les mercenaires français officiels ou officieux, et d’autre part, de la débâcle prévisible de la France au Sahel sur fond de coupes budgétaires[10]. Il considérait sa démission comme une obligation lui permettant de lever son devoir de réserve, d’expliquer les enjeux de sécurité et de défense auxquels la France allait faire face sur le terrain… Il n’a pas été écouté, ni compris… Une erreur stratégique des autorités politiques françaises !
Un point permet toutefois de considérer que la crédibilité des autorités au pouvoir demeure intacte. En effet, le projet de Charte révisée de la Transition interdit au Président de la transition, Assimi Goïta, arrivé au pouvoir en mai 2021, de se porter candidat aux prochaines élections.
4. La CEDEAO, l’UEMOA et la BCEAO : Responsables de la Désorganisation des Circuits Commerciaux, Financiers et d’Approvisionnements du Mali
Suite au non-respect du calendrier original de tenue des élections maliennes imposé unilatéralement par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et fixé au 27 février 2022 et la non-production d’un calendrier alternatif acceptable par cette même CEDEAO, instrumentalisée[11] et sous pression extérieure, le Mali s’est vu infliger des sanctions. Celles-ci sont accompagnées d’injonctions néocoloniales, de directives illégales, et parfois de tentatives d’asphyxie de l’économie malienne par des chefs d’Etat africains issus en grande majorité de coups d’Etat militaires et/ou constitutionnels, dont certains n’ont pas hésité à modifier arbitrairement les constitutions de leurs pays pour s’éterniser au pouvoir.
Que vaut la parole de tels dirigeants qui, tels des satrapes contemporains, piétinent chez eux les principes élémentaires de la démocratie et viennent, la main sur le cœur, donner des leçons de morale au Peuple du Mali ? Ceux-là ont oublié que politique et morale sont inséparables en démocratie. C’est ainsi que les concepts d’éthique et de morale, les « valeurs républicaines », respect de l’autre, dignité, égalité, liberté, responsabilité, justice, prennent tout leur sens et sont ancrés dans le champ politique.
Ainsi, ce sont des dirigeants dont la plupart ne sont porteurs d’aucune « valeur républicaine » qui siègent dans les instances dirigeantes de l’UEMOA et la CEDEAO, et qui ont le 9 janvier 2022, sanctionné le Mali en prononçant une série de mesures confiscatoires, diplomatiques, économiques et politiques, limitant les droits de l’Etat malien, mesures amplifiées par des sanctions personnelles à l’encontre des dirigeants de la transition du Mali.
Il est vrai que les produits de consommation courante, de première nécessité et certains produits pharmaceutiques sont exclus pour épargner le Peuple malien. Mais quels impacts dès lors que des pays amis et d’autres non concernés ne vont pas respecter ces sanctions ? Par ailleurs, les dirigeants du patronat des pays qui ont sanctionné le Mali vont trouver des solutions alternatives pour ne pas perdre leur marché. À commencer par la France du business. On ne décrète pas l’efficacité des sanctions comme on décrète les coups d’Etat constitutionnels. En filigrane, il est utile de rappeler le modèle de sanctions appliquées au Président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire pour imposer Alassane Ouattara qui n’a pas fonctionné au Mali.
L’impact de ces sanctions reste limité à court terme. Cela avait été anticipé par les nouvelles autorités maliennes et plusieurs alternatives planifiées vont se mettre en place pour des « contournements ». Ces voies parallèles seront proposées par des entreprises françaises membres du patronat français.
Il n’y a pas d’embargo pour le patronat français ou les entreprises françaises. Ce sont des entreprises françaises, membres du patronat français, qui ont même trouvé le plan B pour contourner les décisions de l’UEMOA, de la CEDEAO, de la BCEAO et donc de la France. Par exemple, les pays qui ne sont pas membres de la CEDEAO comme la Mauritanie ou l’Algérie sont des espaces de passage pour les entreprises françaises, et donc pour les entreprises maliennes. Mais il y a des pays comme la Guinée qui ont refusé de fermer leurs frontières, ce qui permet à toute initiative de maintien des affaires avec le Mali de rester ouverte.
Le vrai problème est que pour le Mali, il n’y a pas de « résolution de l’ONU » qui permette de justifier l’ingérence dans les affaires maliennes. Il faut d’ailleurs remercier la Russie et la Chine qui ont opposé leur véto au Conseil de Sécurité contre une résolution française d’ingérence et d’agression de l’Etat malien. Les Etats-Unis restent bien silencieux, ce qui en diplomatie signifie que la vision géostratégique du Président Biden n’oppose pas d’objection majeure au rôle de soutien de la Russie à l’émergence de l’indépendance économique du Mali.
En effet, le paradoxe est que la décision d’empêcher l’Etat malien d’utiliser son argent pour payer ses traites régaliennes, ce qui est illégal au regard des textes des institutions sous-régionales, risque de servir d’effet de levier pour trouver des alternatives à l’ingérence française dans les affaires de gouvernance du Mali. En parallèle, cela va générer de l’inflation et des problèmes de logistique, de retard dans l’acheminement des produits. Cela va surtout engendrer des effets collatéraux, par exemple la création sur le terrain d’un marché secondaire du commerce des biens et services qui passera par les pays voisins non concernés par l’embargo néocolonial, comme la Mauritanie, la Guinée, l’Algérie, etc. Du coup, le seul résultat, c’est la désorganisation des circuits commerciaux, financiers et d’approvisionnement.
Pourtant, chacun dans la sous-région devra trouver une alternative pour ne pas perdre son marché ou continuer ses activités avec le Mali, avec en filigrane, la préservation des activités économiques qui permettent en définitive la distribution de salaires… Alors est-ce que les Chefs d’Etat de la CEDEAO/UEMOA et ceux des pays occidentaux qui les ont mis sous pression, n’ont pas mis en place un embargo contre eux-mêmes ? Certainement pas ! Est-ce qu’ils connaissent même le fonctionnement les circuits commerciaux au plan opérationnel ? Les relations et liaisons linguistiques, ethniques, spirituelles, sont au cœur des liaisons commerciales en Afrique. Les chefs d’Etat de la sous-région qui se sont alignés sur la France, à savoir le Sénégal, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Togo et le Bénin, sont les premiers responsables de l’inflation, de la contrebande et de l’institutionnalisation d’un marché parallèle au Mali, mais aussi dans les pays qui participent à cet embargo illégal.
De fait, l’histoire retiendra que les institutions africaines sous influence prépondérante de la France, à savoir la CEDEAO, l’UEMOA, la BCEAO et bien d’autres, moins connues, sont les premières responsables de la désorganisation des circuits commerciaux, financiers et d’approvisionnement du Mali. Quelle lâcheté de s’attaquer à un pays pauvre, classé parmi les pays les moins avancés et les pays à faibles revenus, du fait que les pays néocoloniaux ont choisi d’empêcher le Mali d’exploiter en priorité ses richesses pour améliorer le bien-être de sa population !
5. La BCEAO Kidnappe Illégalement l’Argent des Maliens : Ces Derniers Réagissent !
Le Mali se trouve donc sous lourdes sanctions de la CEDEAO et de l’UEMOA depuis le 9 janvier 2022[12]. La Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, une structure inféodée au Trésor français, décide unilatéralement et illégalement d’agir pour asphyxier le Gouvernement malien.
La suspension des avoirs du Mali à la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est un abus de droit, voire un rançonnage, une sorte de détournement provisoire des fonds du Peuple malien contre une demande de rançon collective demandée par la CEDEAO, l’UEMOA, la BCEAO, la France et ses alliés. En filigrane, l’exigence de la réduction de la période de transition de quatre (4) ans à un délai « raisonnable », par exemple estimé à 16 mois par les autorités algériennes – auxquelles on n’a rien demandé. Il s’agit de trouver un moyen de faire plier les autorités maliennes. Le non-paiement des échéances des prêts bancaires ou des salaires des fonctionnaires maliens devraient pouvoir trouver une solution dans le cadre de la finance islamique.
Le Peuple malien n’a pas été dupe et s’est rangé derrière ceux par qui la libération du joug français est arrivée. Encore une erreur de parallaxe de la France qui confirme son « déclin[13] » à force de vouloir préserver des acquis, en usant d’une géopolitique à géométrie variable, qui la conduit à soutenir sans sourciller un coup d’Etat militaire sanglant au Tchad à l’initiative d’une caste, et à rejeter un coup d’Etat militaire au Mali sans effusion de sang, dont la caractéristique déterminante est qu’il dispose d’un très large soutien populaire.
Au lieu de discuter les conditions d’ajustement de la période de transition à partir des activités qui doivent être remplies au cours de ladite période, les autorités françaises ont choisi, comme aux temps de l’esclavage et de l’exploitation coloniale, de donner des ordres aux représentants du Peuple malien, considérés comme des vassaux. L’arrogance et le paternalisme français[14], à l’égard de certains chefs d’Etat africains « amis », devenus des courroies de transmission des instructions françaises dans la sous-région et au sein de l’Union africaine, ont pris le dessus sur les principes de base de la civilité et de la politesse en diplomatie. Le tout s’est soldé par l’expulsion de l’ambassadeur de France du Mali[15].
La réalité est que derrière l’arrogance des dirigeants, se cache une grande ignorance du Peuple africain et de sa culture, plus particulièrement celle du Mali. La complexité de l’Afrique a systématiquement été niée et est répétée sans modération par l’extrême droite française par une diarrhée verbale d’effluves nauséabondes faisant office de thème de campagne électorale. L’impossible assimilation qui s’est invitée dans la campagne électorale française de 2022 risque à terme de servir de fondement à une France à deux vitesses, compte tenu des cultures multiples de chaque française et français issus d’une immigration récente ou ancienne.
Pire, l’esprit infantilisant de la bien-pensance prodiguée par certaines élites françaises sorties du moule des grandes écoles, a conduit ces élites à systématiquement croire qu’elles pouvaient « reformater » les élites africaines à leur image à coups de corruption. Aujourd’hui, la France paie très, très, cher cette arrogance, et sa méconnaissance de l’Afrique d’en bas et des Africains en général, comme Peuple premier doté de l’esprit de liberté respectueux du Créateur unique des humains et des traditions africaines fondées sur l’innocence et la Maât. Cette ignorance des élites françaises a sous-estimé la réalité du continent, au point de produire des analyses périmées et fausses, tant en termes de puissance militaire, culturelle et économique, qu’avec la négation du potentiel de la Diaspora africaine, considérée comme une quantité négligeable à « assimiler » en France, par le mépris et la promotion de l’asservissement. Quelle pauvreté d’esprit !!!
Le refus de la palabre africaine intelligente a conduit à la perte de nombreuses vies humaines françaises et africaines au Sahel. La France devrait le reconnaître avant de s’inscrire dans une fuite en avant et d’embarquer ses alliés de l’Union européenne dans une guerre néocoloniale qui ne dit pas son nom. Que refusent poliment des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche.
Mais la réalité est que la perte de crédibilité de la France au Mali et les effets des sanctions sur les entreprises et le patronat des pays « censeurs », pourraient très rapidement se retourner contre les gouvernements africains et français qui veulent imposer leur agenda au Mali. En effet, la perte des marchés plutôt « juteux » avec le Mali, pourrait devenir irrémédiable si le patronat malien décide d’institutionnaliser les alternatives opérationnelles avec d’autres partenaires militaires, économiques, financiers et commerciaux. Le vrai problème sur le terrain demeurera le problème des infrastructures de communication, notamment routières, vers les pays non membres du « syndicat » des chefs d’Etat de la CEDEAO, qui condamne le Mali au lieu de faire des propositions en respectant les travaux à exécuter pendant la période de quatre ans, recommandées in fine par les Assises Nationales maliennes et le Conseil national de transition (CNT). Que la période soit réajustée en fonction des tâches fondamentales à accomplir ne fait pas de doute. Mais la décision ne peut en aucun cas venir des non-Maliens.
La Chine pourrait trouver là une occasion d’offrir dans le cadre des « routes de la soie », un financement pour une autoroute et d’une ligne de chemin de fer qui relieraient le Mali avec les pays amis du Mali. Cela permettrait un désenclavement du Mali et un accès à la mer échappant ainsi aux fourches caudines de la France et de ses courroies de transmission dans la sous-région, ce à l’instar la ligne de chemin de fer Addis-Abeba-Djibouti. La présidence tournante de l’Union Africaine, sous l’égide du Sénégal de Macky Sall, ne devrait pas se positionner aux avant-postes des donneurs de leçon, au risque de perdre son statut d’Etat impartial pour l’instant dans ce dossier.
En définitive, les sanctions contre le Mali pourraient alors paradoxalement servir d’effet de levier pour accélérer la gouvernance de la rupture avec les formes perverses du néocolonialisme et de la françafrique, comme ce fut le cas au Rwanda qui a rejeté jusqu’à la langue française. Sauf qu’au Mali, la langue française pourrait être maintenue à côté des langues nationales, dont le Bambara.























