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Le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique, avec une population de près de 220 millions d’habitants, ce qui en fait également la plus grande économie du continent. Lorsqu’on évoque le Nigeria, beaucoup d’Africains pensent à l’opulence, car l’extravagance et l’exhibitionnisme des célébrités nigérianes sont frappants et impressionnants. De plus, le Nigeria est souvent perçu comme le pays des milliardaires : il compte à lui seul la majorité des milliardaires du continent africain. Pour certains, c’est un pays où coulent pétrole et argent, et donc le potentiel économique de ce pays semble tout simplement inimaginable.

Cependant, la réalité est bien éloignée de ces soirées mondaines, de ces mariages extravagants, et du train de vie luxueux que les célébrités nigérianes affichent sur les réseaux sociaux. Tout récemment, le ministre des Finances du Nigeria affirmait dans une interview que seulement 5% des Nigérians possèdent plus de 500 000 Naira sur leur compte bancaire, soit environ 320 dollars ou 200 000 FCFA. Une autre étude affirme que seulement 3,7 millions de Nigérians, soit moins de 2% de la population, gagnent au moins 10 dollars par jour. Cela signifie que plus de 97% des Nigérians gagnent moins de 300 dollars par mois. Les milliardaires nigérians ne représentent même pas 0,1% de la population nigériane, ce qui nous ramène à une réalité : l’inégalité.

De nos jours, le mercantilisme américain est devenu le modèle promu par tous les créateurs de richesse sur les réseaux sociaux, où l’on veut faire croire à tous que tout le monde peut devenir milliardaire : il suffit de savoir vendre, et nombreux sont nos jeunes qui pensent qu’avec la maîtrise de quelques astuces de vente, ils deviendront le prochain Dangote d’Afrique. Tout le monde parle de business à tel point que ceux qui pointent du doigt les problèmes structurels sont perçus comme des paresseux, car ils ne sont pas capables de quantifier leurs solutions en dollars. L’entreprenariat est devenu la solution magique à tous les maux de la société dans une société ou les états ont failli et les populations sont résignées.

La réalité est que le modèle américain fonctionne pour les États-Unis parce que c’est un pays bâti sur le système de crédit, et leur pouvoir d’achat est boosté par la dette. On ne peut rien vendre à des gens qui n’ont pas de quoi acheter. En Afrique, dans la grande majorité des cas, nous sommes dans la subsistance. Loin de moi l’idée de dire que les affaires ne sont pas rentables en Afrique ou que les gens ne peuvent pas devenir riches en Afrique : si, mais ce sera toujours une minorité qui pourra devenir riche, voire extrêmement riche. Et cela, parce que nous avons des problèmes structurels qui empêchent la création de la richesse. La distribution de la richesse est un principe très simple : il s’agit de fournir les mêmes chances de réussite à tous. Cela commence par l’accès à une éducation de qualité, à l’eau potable, à l’énergie, à une nutrition adéquate, et aux services de santé.

Un enfant mal nourri, qui lutte contre les parasites dans son ventre, qui subit des crises palustres tous les trois mois, est constamment anémié et n’a pas d’électricité pour étudier, n’aura pas les mêmes chances de réussite que celui qui grandit dans le confort. Et le confort ne veut pas forcément dire luxe.

Dans plusieurs pays du monde, notamment les pays scandinaves, les gens ne sont pas obsédés par cette envie de devenir milliardaires à l’américaine, car même aux États-Unis, moins de 1% de la population l’est, même si la grande majorité n’est pas dans la pauvreté comme c’est le cas au Nigeria. Mais ils vivent bien et plus longtemps que les Américains parce que leurs sociétés sont parmi les plus égalitaires du monde.

Nous devons commencer à comprendre que si nous choisissons de nous accrocher au rêve de devenir milliardaires et refusons de nous attaquer aux problèmes structurels qui minent nos sociétés, seulement 0,1% d’entre nous deviendront peut-être riches un jour, 2% d’entre nous feront partie de la classe moyenne, et 97,8% resteront pauvres. Mais si nous travaillons ensemble pour résoudre les problèmes qui creusent le fossé entre les riches et les pauvres et construisons des sociétés égalitaires, au moins 80% d’entre nous ne seront pas pauvres.

Sur ce continent, dans la plupart de nos pays, la fortune est illusoire. Il suffit d’un accident, d’un parent malade, d’un conflit familial, d’un problème politique ou administratif pour que la petite fortune que vous pensez avoir amassée disparaisse.

Par ailleurs, même en supposant que le capitalisme outrancier à l’américaine soit ce qui nous attire le plus, comprenons une chose : les personnes les plus importantes dans la chaîne capitaliste sont les travailleurs et les consommateurs. Une société qui n’a pas de travailleurs qualifiés ne pourra jamais devenir riche, et une société sans pouvoir d’achat ne pourra jamais consommer.

En investissant une partie de vos efforts et de votre temps à œuvrer pour la construction d’une société égalitaire, à défaut de gagner la loterie capitaliste pour rejoindre les 0.1% de milliardaires, vous ne finirez tout de même pas dans la pauvreté abjecte que connaît la plupart de nos populations.

Farida Bemba Nabourema
Citoyenne Africaine Désabusée!

Farida Bemba Nabourema
Farida Bemba Nabourema | Photo: FB