Misère galopante dans les villes et campagnes du Togo. Un enfant dans un village quelque part au Togo, 3 mars 2011 | Photo : Sigrid Spinnox
Misère galopante dans les villes et campagnes du Togo. Un enfant dans un village quelque part au Togo, 3 mars 2011 | Photo / Archives: Sigrid Spinnox

Les élections locales de juin 2019 et de juillet 2025 devaient marquer un tournant dans la gouvernance territoriale au Togo. Après plus de trois décennies sans scrutin local, en 2019, les nouveaux maires promettaient un développement de proximité, une meilleure prise en compte des besoins des populations et une gestion plus efficace des collectivités territoriales. Les mêmes promesses étaient revenues en 2025. Pourtant la décentralisation peine à produire les résultats annoncés. Entre communes dépourvues de plans de développement, difficultés de mise en œuvre des Plans de Développement Communaux (PDC) et forte dépendance vis-à-vis du pouvoir central, les collectivités territoriales togolaises sont restées l’ombre d’elles-mêmes.

Les communes togolaises semblent toujours à la recherche de leurs repères. Malgré les discours officiels sur le renforcement de la décentralisation, de nombreuses collectivités continuent d’évoluer sans véritable boussole. Certaines ne disposent toujours pas de PDC, tandis que d’autres, bien que dotées de cet outil stratégique, éprouvent d’énormes difficultés à le mettre en œuvre.

Pourtant, le PDC constitue le document de référence qui définit les priorités de développement d’une commune sur plusieurs années. Sans lui, les investissements risquent d’être décidés au gré des circonstances, sans cohérence ni vision à long terme.

Malgré l’appui de partenaires techniques et financiers, notamment la coopération allemande à travers le Programme Décentralisation et Bonne Gouvernance (ProDeG), plus d’une dizaine de communes n’ont toujours pas achevé le processus d’élaboration de leur PDC. Vingt communes n’ont même pas encore commencé l’élaboration. Parmi elles figurent plusieurs collectivités de la région de la Kara ainsi que du Grand Lomé.

Le constat est encore plus préoccupant pour certaines communes ayant déjà élaboré leur plan. À Kpendjal Ouest 2, par exemple, les autorités locales attendent encore l’appui des partenaires pour assurer la vulgarisation du document. Faute de moyens, elles peinent à produire des versions simplifiées, à les imprimer et à les distribuer aux citoyens. Dans ces conditions, comment espérer une appropriation populaire d’un document censé guider l’action publique locale ?

Sur le terrain, plusieurs élus reconnaissent que l’élaboration des PDC ne suffit pas. « Les PDC élaborés n’ont pas bénéficié de validation politique, rendant ainsi leur mise en œuvre difficile », confie un élu local sous couvert d’anonymat. Pour lui, la décentralisation togolaise souffre d’un mal profond : « C’est une décentralisation centralisée. »

Derrière cette formule se cache une réalité dénoncée par de nombreux acteurs locaux. Les communes disposent de faibles ressources financières, leurs marges de décision demeurent limitées et les initiatives locales restent souvent suspendues à des arbitrages venus du pouvoir central. Dans ces conditions, les maires apparaissent davantage comme des gestionnaires administratifs que comme de véritables acteurs du développement territorial.

Cette situation contraste avec les déclarations officielles. Dans son message de vœux à la nation pour l’année 2026, Faure Gnassingbé affirmait pourtant que « la décentralisation n’est pas un slogan, c’est une manière de gouverner autrement ». Sur le terrain, les résultats tardent cependant à convaincre.

Au-delà des difficultés techniques et financières, certains observateurs pointent également les limites du mode de gouvernance. En plaçant à la tête des collectivités territoriales des responsables davantage choisis pour leur loyauté politique que pour leur capacité à porter une vision de développement, le pouvoir a reproduit au niveau local les mêmes mécanismes qui caractérisent la gestion du pays depuis plusieurs années.

Près de 8 ans après l’installation des conseils municipaux, les populations attendent toujours les retombées concrètes de cette réforme présentée comme l’un des piliers de la modernisation de l’État.

Entre absence de planification, insuffisance de moyens, dépendance à l’égard des partenaires et centralisation persistante des décisions, la promesse d’un développement porté par les territoires demeure largement inachevée.

François Bangane

Source: Lalternative.info